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Ainsi les modifications de l'appareil génital (menstrues, grossesse) entraînent des modifications de l'appétit. La faim à des perversions connues (pica, malacia), semblables aux perversions sexuelles. Et mieux encore, ces perversions de la faim sont très souvent corrélatives à l'augmentation des désirs sexuels, et réciproquement.
Ainsi ce mangeur de chair pourrie dont parlent les Archives de médecine de 1825, qui déterra des cadavres pour en faire sa nourriture, avait, nous dit l'observation succincte que nous possédons, des penchants vénériens extrèmement développés.
D'un autre côté, voyons Alexandre Siméon, le nécrophile : Bédor insiste sur son appétit formidable, « il mangeait de la craie, du charbon, de la terre ». Voyons Garayo: « Sa plus grande préoccupation était de manger... la veille de son exécution il demande un grand plat de viande en sauce et le mange tout entier avec un extraordinaire appétit, consomme de plus une livre de pain. » Voyons Ardisson : au régiment son capitaine s'étonne de sa voracité; à la maison d'arrêt de Draguignan, il lui faut le régime de trois détenus ; au Muy, il mangeaïit des chats, des rats. On lui donne un jour de la viande pourrie, il s’écrie : « Es boin, boin, serva mèn mai! » ce qui signifie : « C’est bon, c'est bon, servez-m'en encore. }
Enfin que, dans les actes de nécrophagie, les morsures simples soient attribuables au sadisme, c’est possible, mais manger la chair des cadavres, c’est une perversion de la faim. Autre chose est mordre, autre chose est mâcher et avaler.
La nécrophagie n’est pas le seul cas de cannibalisme
sexuel. Garnier (1) à rapporté l'observation d'un homme que ses impulsions génitales obligeaient à manger de la peau de jeune fille vierge. Comme il n'avait jamais eu l’occasion de trouver la peau désirée, il se découpait aux bras des lambeaux de peau fine qu’il dévorait avec délices.
On voit donc que si, dans certains cas, l'instinct sexuel se dévie vers l'instinct destructif, dans d’autres, il se dévie vers la faim. Ces quelques remarques donneraient lieu à de plus longs développements qui n’entrent pas dans le cadre du sujet que je me suis tracé.
Quoi qu'il en soit, c’est la nécrophagie qui semble être le point extrême du vampirisme, qu’il soit sexuel ou non.
Æ Classification.
On a tenté des classifications assez nombreuses des perversions sexuelles. Et l’on a donné à la nécrophilie une place diverse suivant les catégories adoptées.
Damhouder dans le Praxis disait déjà : Postremo, cum libidinum species absolvere statueram, casu incidit in memoriam execrandus tlle libidinis ardor, quo quidam feminam cognoscunt mortuam. Primo dubitabam ad quam libidinum speciem reducere potissimum conveniebat: sed, cum ad nullam superiorem proprie spectare debeat, aptissime ad sodomitica reducendum esse tandem statut.
(1) Garnier : Les pervertis et les invertis sexuels, in Annales d'hygiène et de médecine légale, 1895.
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Damhouder faisait entrer la nécrophilie dans la sodomie. C’est là une proposition inacceptable de nos jours.
Parmi les classifications modernes, trois principales sont données par Chevalier dans son ouvrage sur l’inversion sexuelle. Celle de Magnan se base sur les actions réflexes, celle de Lacassagne sur la nature qualitative et quantitative des phénomènes sexuels, celle de Krafft- Ebing. sur leur localisation et leur origine anatomique.
Ces auteurs n’ont pas classé tous les faits de vampirisme sexuel. Magnan ne parle pas de la nécrophilie.
Lacassagne avec raison place la nécrophilie entre la pédérastie et la bestialité. Mais il ne s'occupe point du nécrosadisme.
Krafft-Ebing au contraire néglige la nécrophilie telle que je l’ai comprise pour ne voir sous ce terme que le nécrosadisme. Dans sa Psychopathia sezualis (1), il dit: « Augroupe horrible des assassins par volupté les nécrophiles font naturellement suite, car, chez ces derniers comme chez les premiers, une représentation qui en soi évoque l'horreur et fait frémir l’homme sain ou non dégénéré, est accompagnée de sensation de plaisir et devient ainsi une impulsion aux actes de nécrophilie. » Rien n’est plus vrai pour le nécrosadisme. C’est faux pour la nécrophilie : Ardisson s’imagina-t-il jamais accomplir un acte horrible en pratiquant le coït sur un cadavre ?
Thoinot (2) a vu le faible de cette explication. Se
(4) Krarrr-EBinc : Psychopathia sexualis, traduction française, 1895, DPN9S7 (2) THouor: Les attentats aux mœurs et les perversions sexuelles, 1898.