‹ Van der Meer de Delft (volume 2)Chapitre 15 sur 28 · LA COURTISANE · texte numérisé non relu

LA COURTISANE

(Musée de Drescje.)

3o LES ARTISTES CELEBRES

mandes. Nul, du reste, ne peignait mieux que lui les marbres, les vases d'or et d'argent, il abordait l'histoire et le portrait avec bonheur, et son très réel talent devait, dans la suite, permettre à ses œuvres de tenir une place honnête parmi les admirables ouvrages réunis à Dresde, à Vienne. à Amsterdam et à Madrid.

En 1 65 5 et 1 65 6, Léonard Bramer tut nommé doyen de la gilde de Saint-Luc. Son mandat lui fut renouvelé en ibbo et 1 66 1 , puis après la retraite de rigueur, qui devait durer au moins deux années, il fut élu de nouveau pour 1664 et i665. Or, il est à remarquer que c'est précisément pendant cet interrègne de deux ans, en 1662 et 1 663, que Vermeer fut élevé à la dignité de doyen en remplacement du frère de son parrain.

Si l'on tient compte de sa jeunesse, — il n'avait alors que trente ans, — de sa modeste extraction et de son peu de fortune, on est tenté de chercher, dans une protection efficace et dans une intervention amie, l'origine de ce choix flatteur, surtout si l'on remarque que Léonard Bramer étant venu à mourir, Johannes Vermeer dut attendre dix années, pour que l'attention bienveillante de ses confrères se fixât de nouveau sur lui.

Voilà bien des raisons qui nous semblent militer en faveur d'un apprentissage chez Léonard Bramer. Mais, dira-t-on, la manière de notre peintre s'éloigne beaucoup de celle de son prétendu maître. Et où a-t-on vu les élèves peindre comme ceux qui leur ont enseigné ? En quoi Rembrandt ressemble-t-il à Pieter Lastmann, Rubensà Adam van Noort ou à Otto Venius, David à Boucher, qui fut son premier maître, et Eugène Delacroix à Guérin ?

La transformation que Vermeer introduisit dans la technique de l'école de Delft n'est point, au reste, un fait qui lui soit absolument personnel. Un autre maître, aussi grand, plus fameux encore, son contemporain dans le sens le plus strict du mot et sans doute son ami, Pieter de Hooch, marque dans tous ses ouvrages des préoccupations identiques, et j'ai expliqué autre part', et à propos de ce même Pieter de Hooch, l'origine probable de cette évolution.

En i652, était venu se fixer à Delft un homme d'un talent supérieur,

appartenant à une famille patricienne, et qui avait longtemps étudié

chez Rembrandt. Garel Fabritius, car c'est de lui qu'il s'agit, acquit

presque instantanément, dans sa ville d'adoption, une grande renommée,

1. L'Art et les artistes hollandais. Paris, Quantin, 1880. t. III, p. 82.

L AIGUIERE.

(Collection de M. Marquand, de New-York.

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et les très hautes amitiés qu'il avait su se concilier lui demeurèrent fidèles jusqu'au delà de son tragique trépas.

Fabritius, on le sait, mourut en ibSq, tué par l'explosion d'un magasin de poudre, et ses contemporains déplorèrent sa fin prématurée comme un malheur public. Les quelques œuvres de ce maître qui nous ont été conservées, j'entends ses œuvres authentiques, justifient amplement, il faut le reconnaître, sa rapide réputation et la grande admiration qu'il sut inspirer aux Delvenaars. Elles peuvent, en outre, expliquer la transformation si remarquable qui caractérise, dans l'école de Delft, les ouvrages de Vermeer et de Pieter de Hooch.

Gomment Fabritius,- au reste, n'aurait-il pas exercé une influence sérieuse sur ces jeunes peintres cherchant une voie nouvelle, lui qui était riche, bien apparenté, qui venait d'une grande ville sur laquelle l'Europe entière avait alors les yeux fixés, et où il avait vécu dans l'intimité des artistes les plus considérables de son temps? Pieter de Hooch et Johannes Vermeer devaient forcément écouter sa parole, que Hoogstraaten nous montre facile, souvent hardie, toujours ingénieuse '.

Vermeer s'inspira même si bien de ce modèle, fait à point pour le séduire, que, dans l'élégie consacrée par Arnold Bon à la mort de Fabritius, et dont nous avons parlé au commencement de cette notice, ce médiocre poète n'hésite pas à dire que notre artiste marche sur les traces du « phénix », car c'est ainsi — nous l'avons vu — qu'il appelle le peintre dont il déplore la fin -.

On a voulu voir dans ce rapprochement un lien plus étroit, et Immerzeel3 n'a pas hésité à conclure de là, que Vermeer avait été l'élève de Fabritius : « hy was discipel van Karel Fabritius », dit-il.

Nous qui connaissons les règles sévères auxquelles était alors soumis l'apprentissage des artistes, et qui savons en outre, fait ignoré par Immerzeel, que Garel Fabritius ne fut reçu maître qu'en [652, c'està-dire un an seulement avant Vermeer, nous pouvons admettre qu'il fut son inspirateur, mais non pas son maître au sens exact et corporatif de ce mot. Donc et pour conclure, si nous nous en tenons aux probabilités, fort plausibles du reste, révélées par l'état civil, c'est à l'enseignement

i. Voir Ylnleyding tôt de liooge school der Schilderkonst (Rotterdam, 1678, p. 1 1 et 1 s 1 ) .

1. Voir la Beschryvitigc der Stadt-Delf de Bleyswijck. 3. De Levens en Werken, etc.

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