CHAPITRE VI
ARTISTES QUE VAN DVCK FRÉQUENTE A GÉHES.
Outre les frères De Wael, Van Dyck rencontra dans la ville de Gênes toute une petite société, qui ne tarda pas à former autour de lui un cercle amical. La république maritime était le seul État de la Péninsule, où n'avait pu naître et se développer une école nationale de peinture. Peut-être la domination de l'esprit mercantile et des sentiments vulgaires qui l'accompagnent avaitelle frappé de mort cette plante délicate. Il court en Italie un singulier dicton sur la grande ville commerciale ; « Gènes a une mer sans poissons, une campagne sans arbres et des citoyens sans foi. » Et presque à notre époque, Alfieri dénonçait l'avarice et la faiblesse intellectuelle des Génois. Apostrophant la cité ellemême, il lui dit:
« Ton opulence avare, et pourtant corrompue, fait un voile épais d'ignorance aux uns ; la superstition domine les autres, et la nuit les enveloppe tous (1). »
Tue richezze non spese, e pur corrotte, Fan d'igDoranza un denso vélo agli uni, Superstizion tien gli allri ; ed a tutti la notte.
Malgré ces dispositions fâcheuses, la prospérité Gnaocière de la République avait inspiré aux familles principales le goût du luxe, des riches habitations, des mobiliers somptueux et des œuvres d'art, qui complètent toute magnificence. Les artistes étrangers venaient donc y chercher fortune, et la mauvaise réputation des citadins ne parait pas s'être justiGéeà l'égard d'un seul d'entre eux.
La personne la plus importante avec laquelle Van Dyck se trouva en relation dès son arrivée, ce fut une coloriste maintenant peu célèbre, qui jouissait alors d'une réputation immense, conquise par son habileté à peindre le portrait, Sophonisbe Anguisciola. Elle était née à Crémone en 1540. Amilcar, son père, et Bianca Punzona, sa mère, appartenaient tous deux aux plus nobles familles de la ville. Ayant montré dès sa première jeunesse une rare intelligence, ils lui firent apprendre les belleslettres, la musique et ta peinture. Elle eut pour maître dans l'art de charmer les yeux par la ligne et la couleur Bernardino Campi, un des chefs de l'école indigène, et fit des progrès si rapides qu'elle fut bientôt en état de l'enseigner à ses quatre sœurs, Minerve, Lucie, Europe et Marie-Anne. Campi ne forma point de meilleur élève. Quoiqu'elle ne laissât pas de traiter avec talent les sujets d'histoire et de fantaisie, elle excella surtout dans le portrait. La galerie des Offices contient son image, peinte par elle-même à l'âge de vingt ans, et cette effigie passe pour une de ses meilleures toiles (Ij. C'est une jeune fille aux grands yeux, au
(I) Elle porte cette iascriplion, qui forme plusieurs ligoes : Sophonisba Angusctola erem-piclrix, seta. sue ann. XX. Sur une autre image de l'artiste, peinte par elle-mâme el conservée dans la galerie de Vieane, aile parait avoir Kans: or, ony litcette phrase: BOPBONisBA ANGD1S3DLA viRGO SE iPSAH FECiT IS54. Elle était donc née en 1640 et non pas en 1330, comme le répèlent tous les biographes : elle mourut, par suite, Agée de 82 ans et non de 92. H. HorelU à Bergame, possède un charmant tableau de sa main, qui représente la Sainte Famille et porte également sa signature avec une date : sophonisba ANAGDSSOLA {stc) ADOLESCENS P. 1559. Elle ne se serait pas qualifiée à'adoUscente sur cet ouvrage, si elle avait eu près de ta trentaine quand elle l'exécuta. Vojez les QcUeries de Rome, par le cntique russe Iwan LcrmoIielT.
front pur, aux traits assez réguliers, avec une jolie bouche. Elle avait beaucoup de dignité dans sa petite taille, suivant les biographes, et semblait née pour les grandeurs qui firent à sa vie un brillant cortège. Assise devant une tablette, elle déroule de la main droite un papier, tient de la main gauche des pinceaux. Elle porte une robe garnie de fourrures, dont le col monte et s'évase comme un fragment de corolle, dont les manches, par le haut, sont ornées de bouffants. Une résille entoure ses cheveux. Sa figure exprime la candeur et l'aménité de la jeunesse ; les contours de son buste ne dénotent point la vigueur qui lui permit d'atteindre un âge exceptionnel.
On voit au château d'Althorp, dans la famille des comtes Spencer, une autre image d'elle-même, où elle s'est représentée jouant du clavecin. « L'œuvre est peinte btcc un aimable et délicat sentiment de la nature, dit Waagen, et soigneusement exécutée d'un pinceau moelleux (1). »
Sophonisbe devait avoir, hélas ! un aspect bien différent, lorsque Van Dyck la connut : elle était âgée de SI ans, et la nature, dans ce vestibule de la mort, avait éteint ses yeux ; elle marchait à tâtons vers les demeures souterraines d'où l'on ne revient pas. Mais le temps n'avait pas voilé, affaibli son intelligence : elle par^ lait avec amour, avec une expérience consommée, de l'art qu'elle pratiquait jadis. Ses entretiens étaient recherchés par la jeunesse avide de s'instruire, et Van Dyck a souvent déclaré qu'il avait plus appris par les discours d'une femme aveugle que par la vue et l'étude des meilleurs tableaux (2).
La destinée de Sophonisbe avait été à la fois tranquille et bril-
(1) Kunst tinti Kûnatler in England, L H, p. S39.
(3) Antoaio Van Djclc si riputava Tortunato per aver godnto la conversazione di costel : e soleva dire di aver ricevuto nell'arle maggior lume di una donna cieca, che dallo stu> diaro le opère de' piu iosigai maeslri. Sopbam, Vite de' Pitlori, scultori ed architetti genoo«i,t I", p. 416.
ARTISTES QU'IL FRÉQUENTE A GÊNES. 9(ï
lante. Elle ne reproduisait pas seulement avec habileté le modèle virant: elle composait des scènes familières et copiait admirablement les œuvres d'autrui, soit pour perrectionner sa manière, soit pour les vendre. « Il y a peu de temps, M. Tommaso Cavalieri, gentilhomme romain, envoya au ducCosme, dit Vasari, outre un dessin de Michel-Ange, qui figure Çléopâtre, un dessin de Sophonisbe, où une petite fille rit d'un petit garçon qui pleure, parce que la jeune espiègle ayant posé devant lui une corbeille pleine d'écrevisses vivantes, l'une d'elles lui mord le doigt ; sujet si bien traité qu'on ne pourrait voir une chose plus agréable et plus pareille a la nature. C'est pourquoi, en souvenir de Sophonisbe, parce qu'elle vit en Espagne et que ses œuvres sont peu nombreuses en Italie, j'ai placé ce croquis dans mon lÀvre des dessins. Nous pouvons dire conséquemment, avec le divin Arioste, que les dames excellent dans tous les arts dont elles s'occupent. » « J'ai vu cette année, de Sophonisbe, à Crémone, dans la maison de son père, dit ailleurs le même historien, les portraits de ses trois sœurs aînées, peintes avec beaucoup de soin sur une même toile, en train déjouer aux échecs et accompagnées d'une vieille gouvernante, si bien exécutées, avec tant de verve et de soin, qu'elles paraissent vivantes et qu'il ne leur manque que la parole. Un autre tableau de la même Sophonisbe contient l'image de son père, entre sa fille Minerve, très habile dans les lettres et dans les arts, et son fils Asdrubal, portraits si bien rendus que les personnages semblent respirer. A Plaisance, on voit encore de Sophonisbe, chez l'archidiacre de la Grande-Église, deux très beaux tableaux: l'un représente cet archidiacre; l'autre, Sophonisbe elle-même, et à tous deux il ne manque que la parole. » C'était le duc d'Albe qui l'avait attirée en Espagne. Le farouche proconsul avait fait'de son mérite un éloge si enthousiaste devant Philippe II, quelque temps après son mariage avec Elisabeth de
France, célébré à Tolède le 2 février 1560, que le prince l'avait engagée à franchir la mer. Le duc de Sessa, gouverneur de Milan, avait été chargé de lui en faire la proposition ; pour obtenir le consentement de son père, on lui avait accordé certaines faveurs, si bien que le digne homme avait fini par la conduire lui-même chez le seigneur étranger. Pendant qu'elle attendait le jour de son départ, elle exécuta le portrait du noble personnage, qui la récompensa généreusement, lui donna entre autres choses quatre pièces de brocart d'or et divers objets précieux d'une valeur considérable. Le lieutenant du Roi tenait sans doute à faire preuve de libéralité envers une artiste qui allait résider près de son maître.
Philippe 11 l'accueillit avec des marques d'estime souverainement flatteuses, venant d'un si rude personnage et d'un si grand connaisseur. Elle peignit d'abord le portrait de la Reine, auquel succédèrent les efûgies du Roi et du malheureux Don Carlos, qu'elle représenta vêtu d'un costume original, ayant les épaules couvertes d'une peau de loup-cervier. Non seulement les modèles récompensèrent généreusement l'arlisle, mais le despote ombrageux, sûr désormais de son talent, lui assigna une pension annuelle de 200 écus. Toute l'Espagne s'éprit alors de son pinceau : le maître ayant parlé, chacun voulut poser comme lui devant l'Italienne; les amateurs sollicitaient quelque œuvre de sa main, les artistes lui écrivaient pour lui demander une ébauche, un dessin, un fragment de toile. Sa renommée franchit même d'une aile légère les flots et les montagnes : le souverain pontife Pie IV désira obtenir un portrait de la reine Isabelle, et, Sophonîsbe l'ayant exécuté avec empressement, le chef de l'Église l'en remercia par une lettre que nous a conservée Raldinucci ; plusieurs chapelets composés de pierres précieuses serties dans l'or et des reliques enchâssées dans des joyaux accompagnaient la missive.
L'exattalioQ croissant, Philippe II nomma Sophonisbe dame d'honneur de la reine et la chargea d'enseigner à l'infante Isabelle les secrets de son art. Et comme elle était alors dans la fleur de la jeunesse, il résolut de la marier avec un noble espagnol, pour l'enchaîner par un lien définitif. La savante coloriste ne déguisa point qu'elle préférait un homme de son pays. Toujours plein de courtoisie à son égard, le despote ne voulut point contrarier son patriotisme amoureux : il lui proposa pour futur un seigneur sicilien, don Fabrice de Moncade, qui gouvernail au nom de l'Espagne l'ancienne Trinacrie. Son nom figure dans notre histoire, car un de ses aïeux accompagna Charles VIII en Italie: Van Dyck lui-même devait peindre un autre membre de la famille, François de Moncade, premier ministre de l'infante Isabelle : son effigie, que possède le Louvre, passe avec raison pour un de ses meilleurs portraits équestres. Le roi d'Espagne offrit en dot à sa protégée une somme de 12,000 écus et une pension annuelle de 1 ,0(XI, assignée sur les revenus de la douane de Palerme et transmissible à son fils, dans le cas où la nouvelle union fructifierait. Et toute la cour la vit partir avec chagrin pour sa résidence lointaine.
Elle y passa quelques années au milieu des honneurs, étant vice-reine de cette grande province, et la cour d'Espagne lui témoignant de loin ses regrets en la comblant de faveurs. Elle peignait néanmoins comme si le travail lui était nécessaire, exécutait nombre de portraits et aussi, à l'occasion, mettait en scène quelque donnée d'histoire. Mais les jeux du sort devaient lui enlever celte position princière, la lancer de nouveau sur la mer sans bornes des événements fortuits : son noble compagnon la laissa veuve. Le roi et la reine d'Espagne lui témoignèrent aus*sitôt le désir de la rappeler près d'eux ; mais, voulant revoir sa patrie et sa famille, elle opposa tant d'adresse aux vœux de ses
protecteurs qu'ils lui accordèrent la permission d'agir à sa guise. Elle s'embarqua donc sur un navire génois que commandait Horace Lomellino, un de ces nobles marcbands des républiques italiennes, qui traûquaient en grands seigneurs, conduisaient les vaisseaux et maniaient l'épée, bravant tour à tour les fureurs de la mer et les chances des batailles. C'était un beau capitaine, dont les attentions ne furent pas indifférentes à l'artiste célèbre. 11 se montra si empressé, si courtois dans ses manières, que Sophonisbe se crut obligée envers lui, au rapport d'un biographe italien. El il ajoute naïvement. « Le meilleur moyen de lui témoigner sa reconnaissance lui parut être de se donner à lui par l'ofiTre de sa main (1). » C'est une manière de payer ses dettes fort au goût des jeunes dames. Sophonisbe obtint encore pour ce mariage l'assentiment de Philippe 11, qui lui envoya comme présent de noces quatre cents écus. Mais cette union amoureuse l'empêcha de retourner dans sa ville natale : une fois descendue à terre, elle ne s'occupa que de ses noces, et, quand elle fut enchaînée au galant capitaine, ne voulut pas avoir d'autre séjour que sa résidence patrimoniale. Au siècle dernier, on y voyait encore son portrait de dimensions restreintes, qu'elle avait exécuté elle-même.
Soutenue, entraînée par son goût naturel pour l'art du pinceau, elle continua de travailler, tant que ses yeux et sa main purent seconder son imagination. Elle s'était acquis une si grande renommée qu'on la déclarait supérieure à tous les portraitistes du monde, sauf Titien, dont elle égalait seulement le mérite (2). Influencé par cette immense réputation, Van Dyck lui-même
(I) Soprani : le Vite de' piilori, sculloii ed architetti genovesi, 1. 1", p. 411 et ss. — Baldihdcci, t. V[1I, p. i9i.
(3) Nel ritrarre dttl naturale non solo Buper6 SofonUbariirtificio de' più perili colorilori, ma Qguale a quella di Tiziano fece comparire l'eccellenza de' suoi pennelli. Balbinocu, t.Vin, p. 193.
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prit note de ses conseils dans un albufn, qui existait encore en 1842 et que je n'ai pu retrouver. 11 voulut même reproduire sur la toile son visage flétri par la vieillesse, mais éclairé, ennobli par les dernières lueurs d'une haute inspiration. Qu'est devenue cette image ? Elle a disparu, comme les tableaux de Sophonisbe elte-même. Exemple curieux d'un brillant succès, jugé, condamné, aboli par le temps I Les productions de l'ingénieuse Italienne, qui avait apprivoisé Philippe II, n'ont pu supporter l'examen réfléchi, impartial, des générations nouvelles. Dans les grandes assises de l'opinion publique, où elle prononce ses arrêts posthumes, assigne à chacun sa place définitive, les tableaux de la femme illustre ont été maicqués d'un signe funèbre. Sophonisbe mourut sans doute avec la conviction que sa gloire brillerait à travers les siècles, protégerait ses œuvres contre la négligence et la destruction ; presque toutes ses toiles ont péri, l'ombre enveloppe son nom, et à peine si de rares savants s'intéressent à elle, dans le profond oubli où elle est tombée. Pour comble de malheur, comme le remarque le critique LermoliefT, les travaux de sa main qui existent encore sont attribués à d'autres artistes. On y observe un caractère naïf, une grande vivacité de conception et une facture très solide : cette facture rappelle la date de l'œuvre, les peintres du seizième siècle ayant conservé les habitudes patientes, le coloris émaitlé du siècle antérieur. Les curieux qui visitaient l'hôtel Justiniani, au faubourg d'Albaro, à Gênes, y admiraient autrefois une peinture de Sophonisbe représentant Loth et ses filles : qu'on la cherche maintenant ! Un très beau portrait d'homme décore, en Angleterre, une salle de Burleighhouse, dans le Northamplonshire : c'est ainsi que Waagen le désigne, sans ajouter aucun détail (1), et le catalogue de cette riche collection dit seulement : Portrait d'un noble véni-
(I) Kunst und Kûnstler in England, t. U, p. 483.
tien (1). Quelques ouvrages de la même arlisle, qu'on peut désigner encore, sont dispersés à travers l'Europe : son image autographe se trouve, dans la Grande-Bretagne, chez le comte Spenser, chez MM. Dauby Seymour et William Stirling. Il parait que Sophonisbc s'admirait et s'aimait beaucoup. On la revoit aussi en Allemagne, à Berlin, chez le comte Raczinzky, peinte avec ses trois sœurs sur une même toile, dans la galerie de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, et dans le musée Degii sludù\ à Naples.
Sophonisbe Anguiscioia mourut en i622, âgée de 82 ans.
Outre les frères de Wael et la célèbre Grémonaise, Van Dyck fréquentait le peintre Jean-Baptiste Paggi, Hé intimement avec Rubens, depuis le séjour du maître flamand à Rome : ils entretenaient même une correspondance. C'était un homme distingué, qui appartenait à une noble famille génoise et avait fait, comme Pierre-Paul, des études littéraires, avant de prendre te crayon et le pinceau. Elles ne lui furent pas inutiles pour son nouveau genre de travail, comme le remarque Lanzi; ayant appris les éléments de la peinture sous la direction de Cambiaso, la poésie l'aida à inventer, la philosophie à rendre les expressions, la connaissance de l'histoire à bien composer les sujets. Une certaine noblesse dans les types, dans les caractères des visages, fut un trait distinctif de sa manière ; et il y joignait une délicatesse, une grâce qui l'ont fait souvent comparer, non-seulement à Baroche, mais au Corrège. Rubens et lui, ayant tous deux les manières du grand monde, ayant reçu le même genre d'éducation, devaient aisément s'entendre ; et une concordance analogue entre te maître italien et Van Dyck augmenta l'elTet des recom-
(I) Cette galerie somptueuse ne renrerme pas moins de GIO tableaux : c'est là que doit se trouver le pendant du Tameux portrait conservé à l'Académie de Bruges, qui représente la Temme de Jean van Eyck, peinte par l'artiste : je lis en effet sur le catalogue cette indication : Jean van Eyck i la tête du peintre.
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mandations de Pierre-Paul. Le type élégant et avisé, le regard scrutateur de Paggi concordaient avec son rang, signalaient une nature d'élite.
Quoiqu'il soil peu connu en deçà des monts, après avoir brillé pendant sa vie comme une étoile de deuxième grandeur, il est resté en Italie quelques traces de sa renommée. Sa têle fine et spirituelle, avec une fraise molle, fixe l'attention du voyageur qui examine, dans la galerie de Florence, les portraits des artistes peinis par eux-mêmes. Plusieurs grands monuments conservent des tableaux de sa main. 11 venait à peine de débuter qu'une aventure singulière le força de quitter sa patrie. Une de CCS connaissances banales, auxquelles on décerne mal à propos le nom d'amis, avait désiré un tableau de sa main, qu'il s'était empressé de faire avec tout le soin possible, en déclarant d'ailleurs son intention de ne pas en recevoir le prix. Mais l'amateur, après avoir considéré la toile, voulut absolument la payer à sa juste valeur. Paggi refusant tout numéraire, le fantasque personnage s'en irrita, le tança même d'une assez dure façon. Pour prendre un moyen terme, le coloriste proposa de faire estimer l'œuvre par Cambiaso et de recevoir seulement la moitié de la somme. Le capricieux individu, chez lequel on avait transporte le tableau, repoussa même cet accommodement.
Les choses en demeurèrent là, et Paggi n'entendit plus parler ni de sa loile ni de l'amateur. 11 lui députa donc un interprète, pour savoir ce qu'il voulait faire et lui déclarer que le peintre accepterait tout arrangement : le brûlai répondit par de mauvais propos. Un second messager, que l'artiste envoya subit le même traitement. Perdant alors patience, le coloriste blasonné voulut éclaircir l'affaire en personne. Feignant d'ignorer les impolitesses commises envers ses messagers, il pria le lunatique de vouloir bien lui rendre son tableau, attendu qu'il
paraissait ne pas y tenir. L'extravagant lui répondit qu'il avait en effet l'intention de le lui rendre, mais quand il aurait trouve une toile pour remplacer celle-là. Jean-Baptiste contint son dépit, n'opposa que des protestations courtoises à cette déclaration hautaine ; mais la suffisance et l'impertinence de l'amateur croissaient à proporlion. Justement indigné, l'artiste finit par lui dire : « Dans votre domicile, vous pouvez agir comme bon vous semble ; mais si nous étions ailleurs, je vous donnerais une leçon qui vous enseignerait à vous mieux conduire. » A peine avait-il prononcé ces paroles, qu'il reçut un violent soufflet et que son prétendu ami, saisissant une hallebarde, parut vouloir attenter à ses jours. Ne pouvant plus dominer sa juste colère et voyant qu'il fallait se défendre, Paggi tira son épée de gentilhomme, s'élança contre le furieux pendant qu'il levait la perluisane, el lui passa deux fois sa lame au travers du corps : blessé mortellement, l'agresseur, avec un reste de force, abaissa son arme, mais déchira seulement les habits du peintre, qui se retirait pour quitter lamaison. Avant qu'il rendit le dernier soupir, une lueur de raison éclaira son intelligence saugrenue; il pardonna au meurtrier involontaire, pria ses frères el ses héritiers de ne pas le poursuivre, recommandation qui ne produisit aucun effet.
L'aKiste, pendant ce temps, avait passé la frontière. S'il avait voulu se constituer prisonnier, il aurait pu sans doute prouver son innocence et rester dans sa patrie. Certain de trouver partout à faire usage de son talent, il dédaigna ce moyen et se mil d'abord en sîireté dans la forteresse de Laulla, où il n'avait pas à craindre les embûches de la famille offensée. II alla ensuite habiter Pise, y travailla quelque temps, puis s'achemina vers Florence : le grand-duc François l'y accueillit de la manière la plus affable. Mais son exil dura vingt ans, une loi de Gênes défendant d'am-
nistier les homicides qui n'avaient point obtenu leur grâce des parents de la victime. En 1599 seulement, lorsque le peintre était devenu célèbre dans loule l'Italie, le cardinal Ginnasio décida les autorités de Gènes à lui accorder un sauf-conduit de cent ans, qui le protégerait contre les suites de son aventure. Une si longue perspective et l'heureux effet du temps amenèrent entre les deux parties adverses une réconciliation franche et durable.
Parmi les œuvres qu'il peignit après son retour, on remarqua principalement le Martyre de Saint Etienne^ que possède encore l'église Saint-Ambroise, et le Massacre des Innocents^ qu'il exécuta pour un noble personnage, Marc-Antoine Doria. Les chroniqueurs de la peinture italienne racontent à propos de celte dernière toile une assez curieuse anecdote. Une femme qui regardait, par une fente de la porte, dans l'atelier de l'artiste, ayant aperçu un des enfants égorgés, crut que c'était un enfant véritable, qu'un crime venait d'être commis, cria au meurtre, au secours, ameuta le quartier pour faire saisir le coupable ; grande fut sa surprise, quand le maître, ouvrant sa porte, lui montra de près la toile.
L'autre morceau m'a occasionné à moi-même une aventure désagréable. L'église Saint-Ambroise, précédemment église des Jésuites, est la plus importante de la ville par les tableaux qu'elle renferme. J'y entrai donc un matin, comptant pouvoir examiner sans obstacle 'les peintures et prendre les noies qui m'étaient nécessaires. Mais j'avais compté sans le sacristain, homme astucieux, opiniâtre et borné, qui traite les voyageurs comme des serfs. On était alors dans la semaine qui précède le dimanche des Rameaux et que suit la semaine sainte. Le gardien, par anticipation, avait masqué tes tableaux d'autel sous leurs rideaux, pour contraindre les voyageurs à financer. Il me montra, me laissa regarder quelques instants les toiles les plus fameuses, la Circon-
àsion de Rubens, qui orne le maître-autel, Saint Ignace guérissant une possédée , œuvre de la même palette, et \' Assomption de la Vierge par Guido Reni, travail considérable, où le maître a déployé toute la vigueur et toute la richesse de son talent. J'avais admiré les trois pages splendides et pris des notes succinctes, au grand déplaisir du sacristain, scandalisé d'un labeur qu'il trouvait inutile et qui prolongeait la séance. Ayant alors demandé à voir les autres tableaux, et spécialement le Rédempteur sur la croix, de Simon Vouel, le Saint Etienne de Paggi, encore plus intéressant pour moi, il me déclara que c'étaient des œuvres sans importance et dont personne ne s'occupait.
— Les autres agissent comme ils le veulent ; moi, j'ai besoin de les voir.
— Mais puisque personne ne les regarde.
— Vous parlez d'oisifs, qui voyagent uniquement pour se distraire ; je voyage pour étudier.
— Alors revenez un autre jour, revenez demain : midi va sonner, il faut que je ferme l'église.
— Oui, et que vous alliez dîner : vous vous souciez peu du reste. Le cerbère fit une grimace et je quittai le monument.
Le lendemain, à dix heures, je renouvelai ma tentative. Mais l'obstiné sacristain, habitué à l'indifirérence des visiteurs pour les morceaux que je désirais voir, me répéta les mêmes propos, me soutint qu'ils ne méritaient aucune attention.
— Ce n'est pas votre affaire de juger les tableaux, lui répondis-je. Vous êtes gardien, je vous donne la pièce; écartez les rideaux et laissez-moi faire ce que bon me semblera.
Mais j'eus beau argumenter, prier, menacer le rustre de me plaindre, lui offrir un salaire inaccoutumé, rien ne put fléchir son immuable sottise. Une troupe d'écoliers qui passait devant le porche et que le bruit de la discussion attira, me seconda même
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inutilement de ses huées. Force me fut d'abandonner la partie, en vouant le bélître à tous les fléaux du ciel et de la terre.
Presque en face de l'église Sainl-Ambroise se trouve le Palais de Justice. L'idée me vint de m'adresser au chef du poste qui le gardait et de lui demander son intervention. 11 m'objecta qu'il ne pouvait employer la force dans un cas pareil, se mêler de l'administration d'une église. Deux notables citoyens de la ville, qui avaient entendu l'explication, me conseillèrent alors de recourir au consul de France, puisque j'avais une mission du gouvernement français ; ils me proposèrent toutefois d'entreprendre une négociation avec le sacristain rebelle, dans l'espoir de le faire céder. Je ne pouvais repousser une offre si obligeante, ils allèrent donc trouver le gardien farouche, le menacèrent et finirent par l'intimider : ils obtinrent de lui la promesse qu'il me montrerait le lendemain, à neuf heures, les tableaux mis en interdit. Calmé par la perspective d'un favorable dénoiiment, j'allai poursuivre ailleurs mes recherches.
Le lendemain, en m'éveillant, ma première pensée fut de regarder si la lumière était belle. Ironie du sort ! la pluie tombait par torrents, clapotait, comme pour me railler, sur le double balcon de ma chambre, et le ciel avare distillait dans la pièce un jour livide. Les fenêtres des églises italiennes sont si étroites et si basses, qu'on ne distingue rien dans l'intérieur, quand le soleil n'y darde pas des gerbes de rayons d'or. J'étais donc sûr que ma visite serait complètement inutile, si les nuages ne prenaient point la fuite, chasses par quelque vent secourable. Mais cet auxiliaire propice ne me vint pas en aide, la blafarde tenture déployée sur la ville ne s'éclaircit pas un moment. Que faire? M'opiniâtrer à mon tour, attendre un heureux caprice de l'atmosphère? Le printemps désolé, qui submergeait les campagnes italiennes, me laissait peu d'espérance. Il me fallut donc partir
sans retourner à l'église Sainl-Ambroise : l'opiniâlreté d'un sot triomphait démon zèle et de ma persévérance. Voilà comment il s'est fait que je n'ai pu voir un des tableaux les plus estimés de Paggi (1).
D'autres ouvrages de sa main subsistent encore, parmi lesquels on vante le tympan du grand cloître de Santa Maria Novella, dans la ville de Florence, où il a représenté Sainte Catherine déWvTant un condamné à m.ort, la Transfiguration, qu'il peignit pour réglise de Saint-Marc, et trois épisodes de la Passion qui ornent la chartreuse de Pavie. Son bon sens l'avait éloigné des fantastiques hyperboles, où les derniers imitateurs de Michel-Ange disloquaient l'organisation humaine, et il s'était afÛlié à l'école lombarde, relevant la noblesse et la grâce du Corrège par une certaine vigueur, que les prédilections de l'époque rendaient nécessaire. Il ne sut pas néanmoins se garantir complètement de l'affectation dans les poses et de l'ostentation anatomique.
Cinq gravures, que possède le cabinet des Estampes, peuvent donner aux curieux une idée de sa manière, sans qu'ils aient besoin d'en aller chercher des spécimens au delà des Alpes. L'une nous montre l'Amour baisant sa mère sur la bouche, donnée profane au plus haut point; la seconde^ inspirée par les sentiments chrétiens, figure Marie de Bethléem tenant sur ses genoux le Rédempteur, auquel saint Joseph présente une pomme. La troisième planche nous ouvre l'enceinte du Paradis terrestre, où a lieu la grande scène qui passe pour avoir perdu le genre humain : elle est traitée d'une façon neuve, agréable et piquante. La première femme, assise sur un tertre que domine un pommier à tige courte, vient d'en abaisser unebran-
(t) No è cosi Tocile a racconliirc il grand numéro di pillure... fra le quali riusci loda- (issima la tavoU dcl M^rtirio di S. Stcraiio, nella cliicaa del Gcsù, posta a conrronto anche d'allre del Rubens, etc. B.iLi>iNurci, l. XI, p. 53.
che et la tient encore. Ue la main droite, elle a cueilli le fruit pernicieux et l'offre à son cher Adam, jeune et joli garçon accoudé sur l'herbe devant elle, qui la regarde d'un œil très vif et ne désapprouve en aucune manière ses avances. Au fond se déploie le jardin enchanté, où paissent et circulent des animaux encore innocents; tout près du spectateur, un tigre considère un lapin sans avoir aucune envie de le manger. Il y a de l'esprit, de la grâce et une pointe de volupté dans cette composition originale. Une Résurrection du Christ, pleine de recherche et d'elTorl, est loin d'avoir la même valeur ; mais le supplice d'un martyr, qu'on a lié à une rampe et qu'on tue à coups de bâton, intéresse par la pose dramatique et l'expression touchante du jeune confesseur (1).
Dans la petite société qui formait, à Gênes, un cercle amical autour de Van Dyck, se trouvait encore le peintre Simon Vouet, né à Paris en 1582. Après avoir été jusqu'en Turquie avec Achille de Harlay, ambassadeur de France, il s'était rabattu sur Venise, d'où il transporta bientôt sa résidence au bord du Tibre, dès l'année 1613. Après un assez long séjour, il fut envoyé à Gênes par Don Paolo Ursini, duc deBracciano, pour faire le portrait de donna Isabelle Aplana, qu'il devait épouser. C'était en 1621 , comme le prouve une lettre écrite de cette ville, le 4 septembre, où il raconte qu'il a été occupé quelque temps a peindre les seigneurs Doria, dans leurs magnifiques maisons de campagne situées au bord de la mer, dans l'espèce de faubourg nommé San Pier d'Arena. Un travail lui en avait procuré un autre, et de nouvelles commandes le retinrent. 11 coloria notamment pour le seigneur Jacques Raggio, qui faisait décorer la chapelle
(1) La première estampe et la troisième portent les mêmes signatures ; Jo. Baptîslx Paggi, patrilius genitensis, picturx studiottis, inventor, — Corn. Qalle tcalpsit, Pkts Oalk excudit. La seconde a été gravée par Jean-Baplisle Barbe ; la quatrième par Cecchi en 1779; la dernière, traitée à la manière noire, est une œuvre anonyme.
de la Crucifixion, dans l'église Saint-Ambroise, le tableau qui devait orner l'autel et qui le pavoise encore : c'est une image du Christ agonisant, autour duquel se lamentent la fille de David, saint Jean et sainte Madeleine, ainsi que plusieurs anges, qui versent des larmes. L'œuvre est « peinte avec beaucoup de sentiment et vraiment digne de son auteur, » suivant l'opinion de d'Argenville, opinion que je suis contraint de rapporter, puisque la malveillance impérieuse du sacristain m'a empêché de voirie tableau.
Simon Vouet dut inspirer au jeune maître flamand une sym~ pathie assez vive, car il prit la peine d'exécuter son portrait, qui a été gravé par Robert van Vorst.
Près des frères de Wael, Van Dyck avait rencontré un élève de leur père, ce Jean Roosen admis dans son atelier en 1G05 (voyez plus haut, p. 57). Le disciple du vieux maître anversois (1) est un peintre plus important qu'on ne se l'imagine de ce côte des Alpes, et nous avons sur sa vie et ses travaux des détails circonstanciés. Lanzi le tient en grande estime. « On s'occupa à cette époque, dit-il, de peindre les animaux. Le Castiglione se distingua fort dans ce genre, mais 11 vécut presque toujours loin de son pays. Jean Rosa (pour Roosen) est plus connu à Rome et dans les États romains, par suite du grand nombre d'ouvrages où il peignit des animaux, travail pour lequel il eut un rare talent. On dit qu'avec des lièvres peints il fît illusion à des chiens de chasse, renouvelant les prodiges de Zeuxis, vantés si fort par Pline. Deux de ses plus grands et de ses plus beaux tableaux sont dans la collection Bolognetti, et l'on y a joint un portrait dont je ne puis dire s'il représente l'artiste lui-même ou un autre personnage. 11 ne faut
(1) Un paf^Hage que le hasard me tait trouver dans VAcadcmta nobilissitme artie jiielorix, de Sandrart, atteste que Jean de Wael s'était acquis de son vivant une grande renommée et une grande Fortune. Et tpse inler pictores arttwerpieities mulla arte clams erot, unde picturis suis et vita honestissima ad divitias emmit insignes.
pas le coofondre avec Philippe Rosa, surnommé de Tivoli, bon peintre d'animaux, mais moins célèbre en Italie et venu au monde plus tard (1). » Son effigie se trouve à Florence, dans la collection des peintres célèbres, où elle porte le n" 225.
Jean Roosen était né à Anvers en 1591 , d'un père qui exerçait une profession mercantile. Après avoir dégourdi sa main, appris les éléments de la peinture chez Jean de Wael, il le quitta en 1610 pour entrer dans l'atelier de François Snyders, oîi il étudia quatre ans. Alors le désir lui vint de respirer le grand air, d'aller chercher fortune à travers le monde, il s'achemina vers Gênes, y passa quelques mois et se rendit ensuite dans la ville éternelle; sur les bords du Tibre, il analysa, copia les œuvres des grands maîtres, lutta contre eux pendant deux années entières. Étant alors retourné à Gènes, qu'il voulait seulement traverser pour regagner sa patrie, quelques amateurs profitèrent de l'occasion, lui demandèrent des ouvrages; d'autres commandes survinrent, qui furent suivies d'autres encore, et Jean Roosen finit par voir qu'il chercherait vainement une cité plus hospitalière, des chances plus avantageuses : il s'établit donc d'une manière définitive dans la cité de Christophe Colomb et, à l'âge de trentedeux ans, y prit femme, bien que les Génoises passent pour les plus farouches des Italiennes.
Il venait de se marier, lorsque le grand élève de Pierre-Paul arriva au bord de la mer Ligurienne. « Corneille de Wael, dit l'Anonyme, nous apprend dans ses lettres à Lucas van Uffel, que l'arrivée de Van Dyck à Gênes réveilla dans le cœur de Roosen son ancien désir de se faire un nom comme peintre d'histoire. Quoique plus âgé de huit ans, il voulut bien prendre les leçons de Van Dyck et réformer entièrement sa manière d'après celle du
(!) Lanzi, Histoire de la peinture italienne, l. II, p. 20i.
no VAN DYCK ET SES ÉLÈVES.
nouveau venu. Le Christ descendu de croix, que Jean Roosen a peint à Gênes dans l'église de Saint-Cosme et Sainl-Damien, en est une preuve, et les portraits qu'il a placés au bas de ce tableau sont, pour la vérité des chairs, pour l'exacte ressemblance, presque égaux aux meilleurs de Van Dyck. » Quoique Soprani n'eût point à sa disposition la même source de renseignements que l'Amateur anversois, il juge de la même manière les œuvres historiques de Jean Roosen. « H fut habile aussi à peindre la ligure humaine, surtout dans les portraits, où ses couleurs approchent beaucoup des tons vigoureux de son compatriote Van Dyck. — Nous n'avons ici qu'une toile de sa main exposée aux regards du public ; mais elle suffit pour légitimer la haute estime dans laquelle il était généralement tenu. Cette œuvre orne une chapelle de l'église Saint-Gosme et Saint-Damien ; elle représente le Sauveur descendu de croix et adoré par les fondateurs de la chapelle, reproduits avec tant de vérité qu'on les croirait de chair et non pas fictifs. »
Les tableaux de diverses sortes qu'exécutait Jean Roosen étaient vivement recherchés au bord du Tibre, en France et en Espagne, d'où lui arrivaient de nombreuses commandes: le grand-duc de Toscane et le prince de Monaco, aimant beaucoup ses ouvrages, lui en demandaient souvent.
Travailleur opiniâtre, Jean Roosen ne sut pas ménager ses forces, tomba en étisie et mourut consumé par la fièvre en 1638, à l'âge de quarante-sept ans, dont il avait passé vingt-quatre parmi les Génois, il fut enseveli honorablement à l'église Sainte-Catherine, où il avait fait préparer lui-même son tombeau (1).
Nagler assure que R. Sadeler a gravé d'après lui une Résurrection de Lazare^ et Kilian, une Assmnption de ta Vierge.
(I) Soprani, Vittds' TpiUon, icuitori ed archiUUi genovesi, t. 1", p. 461.
ARTISTES QU'IL FRÉQUENTE A GÈNES. iH
Van Dyck fut encore lié intimement à Gcoes avec Bernardo Caslello, vanlé par les plus illustres poètes d'Italie, comme le Tasse, Gabriel Ghiabrera, le cavalier Marini, dont il avait exécuté les portraits : il avait même gravé une suite d'estampes pour la Jérusalem délivrée. Mats c'était comme efûgiateur qu'il avait obtenu les plus grands succès. Van Dyck et lui se convinrent si bien qu'ils exécutèrent mutuellement leur image. Bernardo approchait alors du terme de sa carrière. Né en 1557 dans la ville aristocratique, la mort lui arracha sa palette en 1629.