‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 23 sur 75 · SECOND VOYAGE EN ANGLETERRE. 2W · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE EN ANGLETERRE. 2W

leur de la présente les portraits de lord et de lady Arundel, exécutés dans de faibles dimensions et roulés dans une petite caisse. J'ai fait tout mon possible pour déterminer Sa Seigneurie à vous envoyer ses grands' portraits, mais il ne veut point s'en séparer, à cause de leur parfaite ressemblance : il y tient donc et m'a commandé ceux-ci de moindres proportions. J'espère que Votre Seigneurie voudra bien les accepter et les estimer comme un faible présent du comte d'Arundel ; n'ayant épargné ni soins, ni peines pour les faire de mon mieux, je laisse à votre jugement de décider le résultat que j'ai obtenu.

« J'ai été à Sharckney pour voir si je trouverais l'occasion de peindre Son Altesse royale, mais le prince étant à la chasse et devant partir après pour aller plus loin, je suis retourné à Londres, où j'attendrai un moment favorable, quand il sera revenu.

« Voilà pour aujourd'hui le but de ma lettre à Votre Honneur, que je vous prie d'accepter de votre pauvre et indigne serviteur; il sera toujours prêt à vous témoigner son obéissance, lorsque vous voudrez bien la mettre à l'épreuve. En attendant, Monseigneur, je prie le ciel de conserver, de protéger votre santé et votre bonheur jusqu'à ce que vous jouissiez de la gloire éternelle.

« Aux ordres de Voire Honneur, « Daniel Mytens. »

Le ton d'humilité profonde avec lequel l'artiste parle au noble amateur est des plus remarquables ; cette lettre a un caractère allemand plutôt que hollandais. Van Dyck avait une autre tenue et ne témoignait à personne, même aux rois, cette obséquiosité servile.

Le 28 septembre, Dudley Carleton répondit de La Haye au comte d'Arundel :

0 Le tableau que Votre Seigneurie désirait à Amsterdam, je

m'ea suis occupé avec l'intenlion de vous l'offrir, el si je puis en faire l'acquisition (je ne néglige rien pour cela), Voire Seigneurie n'en sera pas privée. Je vous remercie humblement pour les deux portraits sur une même toile, exécutés par voire peintre, que vous m'avez envoyés, el j'aurais été heureux s'il avait aussi bien saisi la ressemblance de mon épouse que celle de Votre Honneur, mais j'observe que les femmes onl, en général, autant de désavantages dans leurs portraits que la nature leur a donné d'avantages dans la réalité. »

Ainsi Daniel Mytens ne passait point pour un artiste infaillible, el son pinceau commettait des erreurs sur lesquelles on ne se faisait point illusion. Les œuvres de sa main qui nous restent inspirent des jugements analogues. On en voit une au musée de Turin, oii une longue inscription latine accompagne la date el la signature. Elle représente Charles 1" debout, tète nue, appuyé sur une canne, dans un grand palais. Agé alors de vingl-sept ans, il a une mine tout à fait juvénile, el c'était en vérité un joli homme. L'édiGce occupe la plus grande partie de la toile, où le prince, on ne sait pourquoi, se trouve placé sur la gauche. Le catalogue dit que ce monument avait été peint avant le portrait, par Henri vanSleenwick, au mois de novembre 1626. Charles, en conséquence, aura pu être mis à l'écart pour ne pas masquer la grande perspective d'architecture, qui se déroule au milieu du tableau. L'édifice terne et gris ne méritai', pas tant d'égards. Le Hoi porte une large fraise amidonnée, un pourpoint jaunâtre, une culotte grise et des bottes de cuir fauve. C'est un ajustement fade dans un intérieur décoloré. On ne peut dire que le travail soit dépourvu de qualités : il y a du soin, du talent, mais un talent timide, sans vigueur et sans entrain; la couleur est froide, le clair-obscur faible et pauvre; on cherche en vain les dons supérieurs qui signalent les niaitres.

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