SECOND VOYAGE EN ANGLETERRE
d'un efTorl suprême, qui donne la mesure complète du talent de l'auteur. 11 le classe parmi les bons portraitistes de la fin du seizième siècle. Au point de vue historique, l'œuvre est extrêmement curieuse. Elle nous montredans toute sa beauté, dans toute la fleur de la jeunesse, un des hommes les plus charmants que la nature ait jamais modelé de ses mains capricieuses. Les traits sont d'une délicatesse en même temps que d'une régularité admirables, les sourcils dessinés comme par un artiste, les cheveux bruns touffus et splendides. Une petite barbe, des moustaches légères accentuent le visage un peu trop féminin. Une énorme collerette à plusieurs rangs pare ce beau gar<^on comme une jeune fille. Ce n'est pas un type propre à charmer et à séduire autant qu'il le croyait le sexe faible et gracieux, qui aime dans un galant, pour toutes sortes de raisons, les signes extérieurs de la force et de la virilité. La délicatesse androgyne de Buckingham inspire même un soupçon vague : on se demande pourquoi Jacques 1" tenait tant à trouver dans ses favoris ce charme équivoque (1).
Pour bien juger lansen van Ceulen, il faudrait avoir vu les nombreux ouvrages de sa main qui ornent les châteaux des comtés
(<] On voit au palais Pilti, à Florence, une autre image de Buckingham, peinte par Rubens et entièrement semblable, quant au dessin ; mais, comme la facture est des plus hardies, le personnage paraît moins elTémind. C'est encore un (rëS joli homme cependant, une vraie Vile de mignon royal. Ses épais cheveux bouclés, d'un ton plus clair que sur l'œuvre de lansen, encadrent merveilleusement sa belle Ogure. Il porto un costume noir, & crevés blancs, et se détache d'une manière très nette sur le fond giis sombre. Et puisque l'occasion se présente, je ferai une autre comparaison, en l'honneur de Sutlermaus. AcOté du portrait de Buckingham se trouve le buste d'une princesse inconnue, peinte par lui (n* 3!3j. Eh bien, le travail de Juste soutient sans pâlir ce redoutable voisinage. La personne est charmante, culmc et avisée : elle pense, elle regarde. Ses cheveux bruns, serrés autour de la tôle, sont décorés au chignon d'une bijouterie et d'une aigrette penchée en arrière, suivant la mode du temps. Elle porte une grande fraise, très riche, un somptueux costume de brocart, et se déloche sur un fond sombre. Ses étoffes, son linge, ses jojaui, tous les détails de son ajustement sont peints avec autant d'adresse et de délicatesse qu'aurait pu le faire François Fourbus le jeune.
de Kenl el de Dorsel. Le Louvre possède une œuvre qui donne de son talent l'opinion la plus favorable. C'est le portrait en buste d'un tout jeune homme, à la tète charmante, délicate et pensive : ses légères moustaches, sa barbe qui pointe, annoncent qu'il est à ta fleur de l'âge. Mais le malheur ou des luttes religieuses ont donné à sa physionomie une gravité précoce. Avec son rabat, son ■pourpoint noir et son manteau de même couleur, qu'il ramène vers lui de ses deu.T mains et soutient autour de sa taille, son air réfléchi, concentré, il a tout à fait la mine, l'expression, l'attitude d'un sectaire. Ses cheveux noirs, divisés au milieu du crâne, tombent à flots sur la droite et sur la gauche, formant des touffes sombres el opulentes. Les traits sont d'une régularité admirable, les sonrcils bien dessinés ; le galbe ovale de la flgure, la correction et l'élégance du nez achèvent d'en faire un attrayant docteur. Les mains fines et délicatement traitées sont en harmonie avec le visage et tout le reste de la personne {i).
Cette efflgie est d'un style plus avancé, beaucoup plus moderne que le portrait de Buckingham. Elle a été sans le moindre doute peinte longtemps après, sous l'influence même de Van Dyck, lorsque lansen eut ta bonne foi d'imiter son rival, de se laisser instruire par un homme supérieur.
Le vicomte Du Bus de Ghisignies, à Bruxelles, possède un tableau peint dans le même style et de ta même qualité. C'est le buste d'un jeune militaire, qui porte une cuirasse, un haussecol et des brassards. Ses épais cheveux châtains forment autour de sa tète une abondante et magnifique toison. Mais, chose singulière, une calotte abrite le sinciput, et un rabat blanc tombe sur le hausse- col. Ces deux pièces d'ajustement donnent au personnage un air clérical, en désaccord avec sa panoplie. Sa figure délicate, ses beaux yeux bruns, sévères et médita-
(I) Galerie (lumandc du Louvre, n° l'ii.