‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 26 sur 75 · SECOND VOYAGE EN ANGLETERRE · texte numérisé non relu

SECOND VOYAGE EN ANGLETERRE

tifs, sa bouche éléganle et circonspecte le feraieal preadre aisément pour un frère du beau docteur que nous venons de décrire. Ce grand front pensif, ce galbe mince, ce nez légèrement cambré, de petites moustaches blondes, un aspect général de grâce féminine et discrète forment un ensemble chimérique. On n'a pas vu souvent un pareil champion dans la fumée des batailles. C'est le type d'un galant cavalier, uni à la réserve d'un sectaire. Qu'un mol offensant pour ses croyances soit prononcé devant lui, et des paroles amères sortiront de ces lèvres séduisantes. (Œluvre très fine, très soignée, où l'exécution est en harmonie avec le sentiment, où l'on retrouve la délicatesse de Van Dyck et son talent d'observation. Les deux pages, qui semblent contemporaines, ont été coloriées l'une et l'autre assez tard, dans les Pays-Bas; la seconde porte l'inscription suivante : Cornélius Jansen van Ceulen fecit 1654 (la première lettre du mot Jansen est effacée).

En 1627, les deux peintres hollandais étant maîtres de l'admiration publique, la vogue et de hautes protections les garantissaient, comme une muraille infranchissable, de toute concurrence passagère. Van Dyck ne tarda point à le comprendre. 11 espérait tous les jours être présenté au Roi, mais cet espoir se trouvait (fonstammeni déjoué ; l'influence du comte d'Arundel. grand maréchal d'Angleterre, ne pouvait lutter contre la faveur plus puissante de Buckingham. 11 paraîtrait d'ailleurs que lord Howard avait encouru le déplaisir de Charles 1", peu de temps après son accession au trône, en mariant avec Elisabeth Stuart, fille d'Esme, duc de Lennox, son fils aîné, lord Maltravers. Otte alliance détruisait l'union projetée par la famille royale entre celte dame et lord Lorne, fils du comte d'Argyle. Deux causes puissantes éloignaient donc le prince d'un seigneur, qui avait les mêmes goûts que lui et toutes les qualités ncces-

saires pour obtenir ses bonnes grâces (1). Une mauvaise carie pouvait aussi se trouver dans le jeu du fils adoptif de Rubens. Attaché une première fois au service de la cour d'Angleterre, comment et pourquoi avait-il quitté la Grande-Bretagne ? Son départ, encore mystérieux pour nous, avait peut-être laissé du mécontentement (2).

Le peintre des grands seigneurs fut donc obligé de revenirdans sa patrie esclave, d'assister encore aux spectacles douloureux qui l'affligeaient et le révoltaient. Par ses fenêtres, dans la maison de la Hanse, il apercevait le cours spacieux de l'Escaut, les terres basses des polders, un vaste horizon qui se perdait au milieu de la brume. Que de fois il dut considérer ce paysage avec tristesse, pendant que les tintements lugubres de la cathédrale, que les notes plaintives des autres clochers annonçaient un nouveau supplice et de nouvelles désolations ! Malheur aux peuples qui n'ont pas su conserver leur indépendance, éloigner d'eux comme un calice les opinions, les lois, les goûts, les moeurs, la tyrannie et l'insolence de l'étranger 1

(1) Hookham CarpenUr : Mémoires et documents inédits sur Antoine van Dyck, page 3f dû la traduction française par Louis Hymans.

(i) Les iiistoriens anglais eux-mêmes s'étonnent d'un échec si complet. « Hearing of the Tavour king Charles showed to Ihe arts. Van Djck cam^to Engtand and lodged nilh bis friend Geldorp, a painter, hoping to be introduced to Ibe king ; it is exlraordinar} he was not. » Anecdotes of Painting in England, t. 1", p. 3ll(. L'habile investigateur Fiorillo est le seul auteur moderne qui ait remarqué ce passage : voyez son Bistoire de la Peinture en Europe, l. V, p. 331 et 334. Descamps se borne à menlionner d'une manière sucdncle la seconde excursion de Van Dyck en AngTelerre : il ignorait complètement son premier voyage.

Page 1