‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 28 sur 75 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

EXCURSION EH HOLLANDE ; RETOUn AL' BOBD DE L'ESCAUT, NODTELtES DÉSOLATIONS.

Cependant la reDommée de Van Dyck, comme la lumière d'un aslre qui monte à l'borizon, franchissait par toutes les frontières l'étroite enceinte des Pays-Bas espagnols. En 1630, il fut appelé à La Haye, pour y peindre Frédéric-Henri, stathouder de Hollande, sa femme la princesse Emilie de Solms et leurs enfants. Venu au monde en 1584, fils de Guillaume le Taciturne et frère de Maurice de Nassau, après la mort duquel, en 1625, il fut nommé capitaine général et amiral des Provinces-Unies, cet homme doux et belliqueux, formé depuis l'âge de treize ans à la vie militaire, agrandit le territoire de la République par son talent et son courage : on le surnomma le preneur de villes. Le Brabant septentrional, MaestrichI, Hulst, le Sas de Gand, qu'il arracha aux Espagnols, ont été à jamais perdus pour la Belgique. C'était un noble modèle qui allait poser devant le maître anversois. H reproduisit avec tant d'habilelé sa tèle calme et bienveillante, traça de la princesse une image si fidèle, que Frédéric- Henri, pour lui témoigner sa reconnaissance, choisit une scène du Pastor Fido et le chargea de la peindre.

Le signal étant donné de haut, les personnages les plus considérables de La Haye, les ambassadeurs même et les envoyés des puissances étrangères voulurent voir leurs traits copiés sur la toile, par un pinceau qui Taisait des merveilles; les riches particuliers, à leur tour, suivirent cet exemple, de manière que Van Dyck put exercer librement et amplement sa force créatrice. L'auteur du manuscrit anonyme promet de donner, en faisant le catalogue de ses ouvrages, la liste spéciale des portraits qu'il exécuta en Hollande; mais l'événement inconnu qui suspendit SCS travaux, qui termina probablement ses jours, ne lui permit pas de réaliser son dessein.

La vente faite en 1703 de la collection des Stathouders, au château de Loo, peut nous fournir quelques indications ; plusieurs des tableaux dus à Van Dyck lui avaient été, selon toute vraisemblance, commandés par Frédéric-Henri. Nous traduisons du hollandais les articles qui les concernent.

1" Production capitale, représentant Marie, Joseph et Jésus, devant lesquels dansent des anges, peinte d'une manière tout à fait admirable par Van Dyck, morceau comme on en a peu vu. Hauteur 7 pieds, largeur 10 pieds. — Ven(îu 12,050 florins.

Celte variante du tableau que Florence possède fut certainement exécutée pour le prince Frédéric-Henri : nous avons à cet égard un témoignage positif (1).

2° Le Temps coupant les ailes de l'Amour, personnages de grandeur naturelle, peinture splendide et forte {H. 6 pieds, L. 4 pieds), vendue 3,000 florins.

3" Achille déguisé en fîUeà Scyros, toile qui contient beaucoup de figures (H. 6 pieds, L. 4pieds), vendue.... 3,100 florins.

[i) Per lo PrïDcipe d'Orange colorl una Tavola dcl Pailor Pido ; il quai siguore camperèancorn un opéra sacra di sua mano, la Vergine col bambino Giesù avanli alcuni (AngîoleUi, che ballaao. Bellori, p. 2S9.)

EXCURSION EN HOLLANDE. 2ï9

4° Image symbolique de l'amour, avec quatre figures (H. 5 pieds, L. 4 pieds), vendue 3,125 il.

5' L'École de l'amour, scène très agréable... 3,600 fl.

6° Renaud elArmide, œuvre capitale et agréable.

Ce dernier morceau doit être celui du Louvre, que nous avons étudié dans le chapitre précédent.

Le portrait d'Emilie de Solms se trouve maintenant à Vienne, dans la galerie du Belvédère. La princesse porte un costume espa gnol, avec une chaîne d'or autour du cou, et tient dans, sa main droite un éventail. Le morceau est d'une grande délicatesse de style, nous apprend Waagen, d'un ton de couleur un peu septentrional, avec des lumières blanches; l'exécution est large et facile (1).

Estimant comme il le méritait ce prodigieux physionomiste que l'on nomme François Hais, Antoine voulut le voir et fit exprès le voyage de Harlem. 11 avait coutume de dire, selon Campo Weyerman : « François Hais sérail un des premiers portraitistes du monde, s'il avait une couleur plus moelleuse, car personne autant que lui n'est maître de son pinceau (2). » 11 crut le trouver chez lui et alla frapper à sa porte. Mais l'artiste insouciant aimait mieux le tintamarre, la fumée des cabarets et les grosses couleurs des servantes joufflues, que la sobre et calme retraite de l'atelier. On finit par le découvrir dans l'arrière-salle d'une tabagie, où il supputait philosophiquement combien de verres renferme une bouteille. « Un beau monsieur vous demande, » lui dit-on. Il avala une dernière gorgée, pour ne pas mourir de soif en chemin, et se dirigea lentement vers sa demeure. Antoine, le voyant paraître après une longue attente, lui dit qu'il était un amateur étranger, que sa réputation lui avait

(1) Dievomehmstm Kumtdmkm^r tn Wien, p. 108.

(2) De Leveas-Besehryvingen der nederland^che KonstscliUders, t. l",p. 356.

inspiré le désir de se faire peindre par lui, mais qu'il ne pouvait rester plus de deux heures. — « Je prendrai mes mesures en conséquence, » repartit François. — Il saisit la première toile qui se trouva sous sa main, arrangea en toute hâte sa palette et attaqua le travail en homme déterminé. Les coups de pinceau pleuvaieut, l'image se dessinait comme par enchantement.

— Ayez la complaisance de vous lever, dit bientôt le joyeux artiste, et de regarder votre portrait.

Van Dyck lui donna les plus grands éloges et se mil à causer sans façon avec lui, ayant soin de n'employer aucune expression technique.

• — La peinture, lui dit-il au bout de quelque temps, me parait une chose bien facile. J'ai envie d'essayer ce que je pourrais faire.

Il prit donc une toile, le Hollandais s'assit à son tour, et Van Dyck trempa son pinceau dans la couleur. II expédia la tâche aussi facilement que François Hais lui-même. Le dernier s'étonnait de ce qu'un novice maniât le pinceau avec tant d'agilité. Ce fui bien autre chose, quand l'artiste flamand lui montra son œuvre. Il n'y eut pas plus tôt jeté les yeux qu'il s'écria : — « Vous êtes certainement Van Dyck : lui seul est capable de travailler ainsi. » Et, lui sautant au cou, il lui témoigna son plaisir d'une manière cordiale et rustique.

Antoine prit son image encore tout humide et donna aux enfants du peintre jovial quelques pièces de dix florins. Les marmots ne les gardèrent pas longtemps : le père se hâta de les mettre à l'abri dans sa poche, puis alla oublier son talent auprès d'une canette et se griser en l'honneur du généreux Anversois (1).

(I) Houbraken, t. I•^ p. 9u. L'auteur hollandais ajoute que Van Dyck fit tous ses efforts pour dâterminer l'ingénieux portraitiste à passer avec lui en Angleterre. C'est une assertion Tausse, puisqu'il ne savait pas encore s'il irait jamais habiter Londres. François Hais, né en iaSi, avait en 1630 quarante-six uns. I) était marié, depuis le

Le grand élève de Rubena dut faire un assez long séjour en Hollande. Il y exécuta les portraits de presque tous les artistes indigènes, qu'il fit graver peu de temps après : Guillaume Hondius, Gérard Honthorst et Jean van Raveslein, à La Haye, Jean Lievens, à Leyde, où il demeurait encore, Jean de Heem, à Utrecht, Palamèdes, Poelenbourg, Michel Mirevelt, Cornelis Sachtieven, en difTérents endroits.

A la fin de l'automne seulement, lorsque la dernière saison de l'année emprunte à l'hiver ses brouillards et ses bises glaciales, il était revenu au bord de l'Escaut. Ce retour fît sur lui une impression terrible. Il venait de voir la Hollande libre, heureuse et fière ; les citoyens respectés par les soldats, qui étaient eux-mêmes des citoyens ; les ports, les chenaux pleins de navires, les maisons pleines de richesses; partout l'activité, la joie et l'espérance ; les flottes victorieuses rentrant au bruit du canon, avec l'or des Espagnols; les étrangers témoignant leur respect pour la grande république, étudiant chez elle le mécanisme des institutions populaires, te commerce, la navigation, l'art des sièges et des batailles (1). Rentré dans les provinces méridionales, autrefois les plus importantes des Pays-Bas, le maître aux nobles sentiments y trouvait l'oppression religieuse, la servitude politique, l'esclavage intellectuel, une population humiliée, une soldatesque impérieuse, l'abaissement des caractères, la peur, l'inquiétude et la tristesse peintes sur les visages ; dans les rues, au bord de l'Escaut, la solitude et le silence; dans les demeures, l'abattement, le chagrin et la ruine. Et les sacrifices humains continuaient d'enfumer les places publiques. Ce

12 septembre 16t7, avec lisbeUi Rejniers, dont il avait eu jusqu'alors trois enfants : an quatrième devait naître l'année suivante.

(I) Dans le nombre se trouvaient le fameux Turenne, alors Agé de vingt ans, et le philosophe Descartes, ftgéde (rente-cinq ans.

contraste saisissant était bien fait pour réveitler sa douleur, pour lui inspirer de nouvelles plaintes et de nouvelles accusations contre la Providence. Un brave chanoine de Courtray l'ayant charge de peindre une Érection de croix, tableau dont il voulait faire présent à son église, Antoine saisît l'occasion, brossa une page éloquente et dramatique. Une lettre que lui adressa Van Dyck, et dont on va lire la traduction, iixe la date de la demande :

Monsieur,

Ayant appris par Mons. Marc van Woonsel votre désir d'avoir un tableau d'autel Hgurant {'Érection de croix, scène dont j'ai fait une esquisse à la recommandation du jeune M. Van Woonsel, pour mieux connaître vos intentions, et maintenant ce monsieur me donnant avis que l'esquisse vous a beaucoup plu, à condition d'y joindre la sainte Mère de Dieu et saint Jean, lesquels, comme il convient, doivent être mêlés au sujet, d'abord pour l'exactitude historique, et ensuite parce que leur omission nuirait à l'ordonnance ; ayant donc bien compris, le genre de composition que vous désirez, j'y mettrai toute la diligence et toute la bonne volonté, possible, ne doutant point que je n'exécute ma tâche à votre entière satisfaction.

Quant au prix que m'a offert M. Van Woonsel, je ne puis l'accepter ; mais pourvu que la somme ne soit pas au-dessous de 800 florins, nous pouvons réserver la question Jusqu'à ce que le tableau soit achevé. Vous serez content au delà de votre espoir, et moi, pouvant vous montrer mon œuvre, j'aurai plus de droit à vous demander les 800 florins. Ayant donc bien compris vos intentions, je commencerai mon travail au premier jour. Sur

ce, pour finir, je vous présenle mes compliments, et reste, Monsieur,

Votre dévoué serviteur,

Ant. van Dïgk {{).

s Doverabre ISJO.

Le sieur Marc van Woonsel, qui ûgure dans celte lettre et qui habitait Anvers, où il pratiquait le négoce, appartenait sans le moindre doute à la famille Woonsel, ayant la ville de Courtray pour siège principal : voilà pourquoi le chanoine avait employé un de SCS membres comme intermédiaire. Il avait été reçu en 1623-1624 membre de la Société de rhétorique La Giroflée. Quant à Roger Brave, ce n'était pas seulement un amateur de peinture et un protecteur des arts : c'était aussi un des meilleurs poètes latins de son temps; le 13 novembre, par l'entremise de Marc van Woonsel, il adressa au peintre une réponse en vers, que je traduis littéralement :

Écrire et marchander ne me plait guère ;

Voici donc ma volonté dernière :

Je donnerai au sieur Antoine

Cent livres do gros et pas davantage,

Pour que dans notre collégiale

Brillent son talent et sa renommée.

S'il ne veut pas les accepter,

Il atira tort, il ne sera pas raisonnable

Et ne trouvera pas une somme plus forte.

La livre de gros valant douze francs et quelques centimes, le chanoine olTrait à l'artiste six cents florins, au lieu de huit cents. Le jeune maître accepta la proposition et commença le tableau. Il paraît Tavoir exécuté avec un grand soin, car il y travailla

(I) L'original flamand de celle leltredoît avoir élé abominablement estropié, car il est d'une barbarie affreuse, qu'on ne retrouve pas dans la seconde lettre.

284 VAN DTCK ET SES ÉLÉVISS.

plus de cinq mois. Il ne fut prêt que dans les premiers jours de mai 1631.

Le 5, Roger Braye avertit Marc Woonsel qu'il lui envoyait par le messager de Lille la somme destinée au payement de l'œuvre. Le 8, van Woonsel répondit au chanoine. Un nommé Farvaques, disait-il, lui avait donné avis que la somme expédiée était arrivée à Bruxelles, et il espérait qu'elle lui serait remise dans la journée, ou le lendemain ; il ajoutait que, le même jour, un chariot était parti d'Anvers pour Courtray avec le tableau, et communiquait au chanoine les instructions de Van Dyck, relativement à la manière dont il fallait s'y prendre, pour attacher la toile sur le châssis sans l'endommager. L'artiste, pendant toute la conclusion de l'affaire, ne quitta donc point sa résidence au bord de l'Escaut. Le 13 du même mois, Roger Braye lui annonça dans une lettre que lui et tout le chapitre étaient on ne peut plus satisfaits de son tableau, el, avec le naïf amour des Flamands pour la bonne chère, joignit à sa missive une douzaine de gaufres, présent modique, mais qui attestait leur complète approbation. Le 20, le grand coloriste adressait au chanoine celte lettre de remerciment :

Monsieur Braye,

J'ai reçu votre agréable lettre du 13 courant, de même que la douzaine de gaufres qui l'accompagnait. J'ai reçu aussi de M. Marc van Woonsel la somme de cent livres de gros, argent courant, pour le payement du tableau que j'ai peint par votre ordre ; j'en ai donné quittance audit sieur Van Woonsel, vous remerciant à la fois pour l'argent et pour les gaufres. Je souhaitais fort que cet ouvrage vous satisnt : il m'est très agréable d'apprendre qu'il a obtenu votre pleine approbation et n'a pas été

vGooQle

moins favorablemenljugé par M. le Doyen et par MM. les autres chanoines.

Vous me demandez, comme souvenir, t'esquisse de ce tableau ; quoique je n'accorde cela à personne, je ne veux pas vous la refuser. Je l'ai donc envoyée à M. Van Woonsel pour qu'il vous la Fasse tenir. Je finis en vous offrant tous les services qui seront en mon pouvoir, et, après vous avoir salué de tout mon cœur et souhaité une longue et heureuse vie, je demeure, Monsieur,

Voire très humble serviteur,

Ant* van Dyck.

La quittance donnée par le peintre est ainsi conçue : « Je soussigné, reconnais avoir reçu des mains de Mons. van Woonsel la somme de cent livres flamandes, en payement d'une peinture faite pour Courtray, représentant la Crucifixion de Jésus, morceau demandé par M. de Braye, chanoine en cette ville. En témoignage de quoi j'ai signé cet acte, à Anvers, le 18 mai 1631.

Ant" van Dyck »

Voilà le récit de l'afTaire, telle qu'elle a eu lieu, d'après les pièces conservées dans les archives de la Collégiale. Les faits oni été dénaturés d'une manière étrange par cet écervelé de Descamps, et sa narration infidèle a blessé les compatriotes de Van Dyck. Jamais indignation ne fut plus légitime, car un épisode honorable pour tous les acteurs a été transformé en calomnie injurieuse pour les braves chanoines et même pour la nation. Je transcris le passage :

« Il semblait que ce grand homme fût fait pour essuyer des

difficultés : il fat appelé à Courtray par les chanoines de la Collégiale, et il fit prix ponr un tableau du grand autel de leur église. Il le peignit à Anvers et alla lui-même pour le placer, disant que l'on en jugerait mieux. On ne se rendit point à tout ce qu'il put dire; on fit venir des ouvriers, on le déroula; mais quelle fut la surprise de Van Dyck, quand on vit le chapitre entier regarder et l'auleur et l'ouvrage avec mépris! On le traita de misérable barbouilleur; on lui dit que le Christ avait l'air d'un portefaix, que les autres figures ressemblaient à des masques; et tous lui tournèrent le dos. Il resta seul avec un menuisier et quelques domestiques, qui crurent le consoler en lui conseillant d'emporter son tableau, et en l'assurant que tout ne serait pas perdu et que sa toile pourrait être employée à faire des paravents. Il ne se rebuta point; il plaça son tableau, et le lendemain il fut de porte en porte prier ces messieurs de revenir; il n'eut d'eux que de nouvelles injures : les ignorants ont de plus que leur bêtise le don d'être incapables d'un meilleur avis. Enfin, au bout de quatre ou cinq jours, il fut payé, mais de si mauvaise grâce, que toute sa vie il n'a cessé d'en être indigné. 11 retourna à Anvers, où il n'osa parler de cette aventure, qui ne resta cependant pas secrète. Quelques amateurs, passant par Courtray, virent ce tableau avec admiration et le publièrent ; bientôt on y vint en foule : l'aventure fut connue et ne tourna pas à l'avantage des chanoines. On les traita d'ignorants (épithète trop modérée); enfin ils ne purent refuser une espèce de réparation. Ils convoquèrent un chapitre, dans lequel il fut arrêté que le tableau était beau, et pour constater le mérite de l'auteur et réparer leur honte, ils ajoutèrent qu'il fallait lui écrire et lui commander deux autres tableaux pour différents autels. Mais Van Dyck leur répondit sèchement qu'ils avaient assez de barbouilleurs dans Courtray et aux environs, qu'ils n'avaient que faire d'en faire venir d'Anvers, et que, pour

vGooQle

lui, il avait pris la résolulion de ne peindre désormais que pour des hommes et non pas pour des ânes. On prétend que ce mot formalisa un peu le chapitre, qui, pour s'en venger, ordonna à Gaspard de Crayer les deux tableaux commandés à Van Dyck. Crayer fil son marché de façon qu'ils s'obligèrent de prendre et payer ses tableaux bons ou mauvais. Le tableau de Van Dyck est placé dans l'église collégiale de Notre-Dame, au grand autel, et représente Noire-Seigneur attaché sur la croix, que les bourreaux élèvent pour la planter : c'est un des plus beaux de ce maître. Les deux autres, peints par de Crayer, sont dans la même église ; l'un représente la Sainte-Trinité et l'autre le Martyre de Sainte Catherine : ce sont de beaux tableaux d'autel, mais inférieurs à celui de Van Dyck. »

Où Descamps a-t-il été chercher ces balivernes? 11 était impossible d'imaginer rien de plus absurdemenl contraire à la vérité. Les moindres détails sont aussi faux que l'ensemble et inventés d'une manière aussi burlesque. Le style d'ailleurs ne vaut pas mieux que le fond. C'est la sottise humaine parvenue à son zénith, et la fin couronne l'œuvre : les deux tableaux peints par de Crayer ne lui furent point demandés comme une représaille, pour venger les chanoines de ce que Van Dyck les assimilait à des ânes. Le morceau qui représente, non pas le martyre de sainte Catherine, mais le Martyre de Sainte Barbe, fut exécuté en 1622; te second, qui figure les trois personnes de la Trinité couronnant la Vierge, date dé l'année 1624. Les archives de la Collégiale mettent ces faits hors de doute. Et Gaspard de Crayer n'a historié que ces toiles pour l'église. Elles furent donc peintes bien avant VÉreciion de croix.

Le chanoine Braye quitta ce monde une année après avoir traité si honorablement et cordialement Tauteur du chef-d'œuvre. Cette belle page se trouvait si peu liée à des souvenirs désa-

gréables, qu'on enterra son enveloppe mortelte à droite du tableau et qu'on grava sur sa tombe l'épilaphe suivante :

UONUHENTUU

ROGERll BRAYE

HUJUS ECCLESI£ CANONICI

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