CHAPITRE XVI
NABIE DE MÉD1GI3 ET LES CONSPIRATEUItS FRANÇAIS DANS L'aTELIBR DE VAN DÏCK.
C'est un historien au pinceau que Van Dyck : ses toiles évoquent presque tous les illustres personnages qui ont joué un rôle de son temps, ou qui étaient destinés à occuper les regards du monde, si la mort ne les avait frappés au début de la vie. Comme les trois sorcières, dans leur caverne, faisaient dé&ler devant Macbeth les fantômes des rois d'Ecosse, ce magicien, plus puissant encore, nous montre les princes, tes rois, tes capitaines, les femmes couronnées, les épouses charmantes, les jeunes filles adorables, la fleur de l'aristocratie européenne en un mot, dans un brillant miroir, où leurs images demeurent immobiles, nous laissant tout le loisir de les contempler.
Pendant qu'il s'abandonnait à la tristesse, ou exprimait son chagrin dans des scènes d'une haute inspiration, que ne comprenait pas le vulgaire, une troupe d'illustres conspirateurs passait la frontière belge et venait lui offrir d'élégants modèles, comme pour le distraire de ses lugubres pensées. Dans la nuit du 18 au 19 juillet 1631, Marie de Médicis s'enfuit du château de Compiègne, où son fils la tenait prisonnière, comme elle s'était
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LES CONSPIRATËUaS FRANÇAIS. 299
échappée, douze ans auparavant, du château de Blois. Le lendemain, elle passait la frontière et, à quatre heures du soir^ trouvait un refuge momentané dans la ville d'Avesnes. Elle dépêcha aussitôt le baron de Guesprez à l'infante Isabelle, pour l'informer qu'elle demandait asile au gouvernement espagnol. Elle était accompagnée d'une suite nombreuse, trois dames, sept filles d'honneur avec leurs soubrettes, cinq à six femmes de chambre, des officiers de bouche et tous les genres de serviteurs qui formaient alors une maison régulière; on eût dit qu'elle faisait un voyage d'agrément, et non point qu'elle venait de s'affranchir par une évasion nocturne. Les seigneurs et les dames de la haute noblesse, qui accouraient incessamment, ne tardèrent pas à former autour d'elle une petite cour. Bientôt arrivèrent de Compiègne et de Paris huit carrosses, dont quelques-uns étaient richement ornés, deux litières et vingt-deux mulets surchargés de bagages, ce qui permit à la Reine de compléter son installalion ; et, au bout de quelques jours, on la vit manger en public, entourée de gardes tenant le pistolet au poing, comme si elle habitait encore son palais du Luxembourg (1). Ce fut dans la ville de Mons, à partir du 29, qu'elle étala ce train de maison, le prince d'Épinoy, gouverneur du Hainaut, chargé de lui porter la réponse de l'Infante, l'ayant dès le 2i engagée à s'y retirer, comme dans une place forte où elle serait préservée de tout accident.
Le S!6 au soir, le marquis d'AytoDa vint la complimenter au nom du roi d'Espagne. C'est un personnage que tous les Français t^onnaissent, car le Louvre montre aux visiteurs deux portraits de lui, une image en buste et une image équestre, toutes les deux peintes par Van Dyck, et on regarde la seconde comme
{i) Uarie de Uédicit dans kt Pags-Bat, par Paul Henrard, p. 77.
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une des meilleures effigies à cheval qu'il ait exécutées. Le buste a servi d'étude pour le graod tableau. François de Moncade, marquis d'Aytona, qui avait vu le jour en 1586, était devenu premier ministre de l'infante Isabelle en 1628, quand le marquis de Spinola fut rappelé en Espagne. Les deux toiles de Van Dyek nous le montrent juste comme il était , lorsqu'il vint saluer Marie de Médicis, car elles furent coloriées vers cette époque, un peu avant ou peu de temps après. Il porte une cuirasse sur laquelle retombe un col plat d'une dimension peu commune. Son grand front régulier annonce de l'intelligence : il a les sourcils placés très haut, un nez d'une forme particulière, aux narines arquées, une jolie bouche et un ample menton charnu. Le teint est légèrement hâlé par le grand air. Ses cheveux châtains, ses fines moustaches et son impériale sont déjà rayés de poils gris. C'est le type d'un homme clairvoyant, bon et tranquille, mais d'une nature un peu trop flegmatique. Dans les yeux manque l'éclair des passions vives et des esprits supérieurs. Que ses entreprises militaires, comme les sièges de Maestricht, de Rheinsberg et d'Alpen, comme sou expédition contre l'île de Casant, n'aient été ni brillantes ni heureuses, on ne s'en étonne pas, quand on étudie ce masque placide ; on y chercherait en vain la fougue et l'énergie des vocations belliqueuses.
Dans le grand portrait, quoiqu'il monte un beau cheval de guerre et porte une armure complète, il n'a pas un aspect plus martial. II est digne, il est noblement posé ; la main droite appuyée sur son bâton de commandement buté contre la housse, il semble réfléchir : les furies militaires, la haine, la ruine, la vengeance et la mort, ne planent pas autour de lui. Son destrier blanc, distingué, de bonne tenue, marche au pas, a l'air de méditer aussi. Sentinelle avancée d'une forêt, un grand arbre projette ses branches au-dessus de leur tête, et un ciel nuageux
roule ses flots de vapeurs derrière eux. La croupe du cheval s'enfonce dans la pénombre du taillis.
C'est une belle œuvre assurément, mais ce n'est pas une œuvre exceptionnelle et, comme on l'a dit, la plus belle image équestre peinte par Van Dyck. On y admire une touche à la fois vigoureuse et moelleuse, un savant usage du clair-obscur, des transitions délicates, une élégance générale dans le dessin et dans la couleur ; mais il y règne un calme trop profond, et aucun grand effet pittoresque, aucun mérite extraordinaire n'y frappent l'imagination.
Le marquis d'Aytona était accompagné de Rubens, dont on avait jugé que la présence serait agréable à Marie de Médicis, attendu leurs anciennes relations et l'espèce de familiarité qui devait, par suite, régner entre eux. Pour plaider la cause de la fugitive, en lui épargnant la peine de traiter elle-même les questions, le ministre la pria de désigner un gentilhomme : elle choisit le marquis de la Vieuville, ancien intendant des finances, congédié par Richelieu : sa haine pour le cardinal lui inspirait une pleine confiance. Le marquis d'Aytona dut à son tour charger un intermédiaire des négociations avec la Reine, au nom de l'Infante et en son propre nom. Un seigneur indigène, Albert de Ligne, prince de Barbanson, avait offert ses services; mais on doutait de son zèle pour le gouvernement espagnol et on lui préféra le secrétaire du Conseil privé, chef de l'école anversoise. C'était un acte de courtoisie envers la princesse, car elle pouvait compter sur ses bienveillantes dispositions. L'artiste, en eflet, adopta ses idées, ses sentiments, ses espérances, donna en plein dans ses illusions : il eut même assez d'adresse pour faire agréer sa manière de voir par l'Infante et le ministre. Le rôle important qu'on venait de lui assigner parait, au surplus, l'avoir comblé de joie : il se mitaussilôt à l'œuvre, et, dès le 1" aotit, il adressait au
duc d'OHvarès une letlre verbeuse, écrite en italien, qui forme dix pages d'impression en petits caractères (1). Celte abondance de mots, cette fougueuse promptitude montrent quelle fierté lui inspiraient ses fonctions nouvelles : on l'avait choisi pour arbitre dans une querelle mémorable, dans une grande lutte politique, où étaient aux prises un roi, une reine, un cardinal-ministre, les plus grands personnages de France, où le gouvernement espagnol, où TËmpire même pouvaient se trouver impliqués ! La lettre est des plus curieuses : il y tance, il y morigène, il y vilipende Richelieu avec un. dédain superbe. « Certes, nous avons de notre temps un exemple manifeste de tout le mal que peut faire un favori, mû par son ambition personnelle plus que parTamour du bien public et le service de son roi. — Je ne croirais point aux rapports des ennemis du Cardinal, si, dans la négociation d'Angleterre, je n'avais éprouvé que sa perfidie le rend désormais incapable de tromper quelqu'un, système qui me paraît la plus détestable des politiques, toutes les relations humaines ayant pour base la confiance. » Le moment de le perdre lui semble venu, et il déclare que l'Espagne devrait acheter sa ruine, même au prix de plusieurs milliards. 11 conseillait donc par tous les arguments possibles d'allumer la guerre civile en France, et ajoutait d'une manière peu charitable : « Une grande partie des Français périra dans ces luttes intestines, et cette nation fière s'affaiblira ainsi de ses propres mains; quel que soit le vainqueur, nous aurons donc un ennemi de moins. » Le duc d'OHvarès, en lisant cette longue épttre, fronça le sourcil; bien qu'elle fût conforme aux opinions du marquis d'Aytona et du marquis de Mirabel, ambassadeur d'Espagne en France, elle lui sembla peu judicieuse : il la qua-
(I) M. Paul Henrard n'avait pu s'en procurer U texte : il a élé trouvé, publié et traduit par H. Gacbard dans son excellent ouvrage intitulé : Histoire politique et diplomatique d» Pierre-Faul Bubeni (< vol. in-S, 1877.)
Ii6a d'une manière assez rude à la prochaine séance du conseil d'Ëlat. Sans méconnaître les bonnes intentions de l'artiste, il déclara que sa lettre était pleine didées absurdes et de verbiage italien\\). La réponse signée par le Roi en contient une réfutation très logique et très détaillée.
La France ne fut donc pas envahie, et, l'infante Isabelle étant venue chercher Marie de Médîcis, Rubens les suivit à Bruxelles,
la captivité, puis l'inquiétude, les soucis et les fatigues de sa position actuelle avaient pâli son visage et aminci sa personoe. Tout le monde en peut juger par la gravure de Paul Pontius, où on lit cette inscription : Maria de Medicis, Regina Franciœ, triûm regum Mater (1). La Reine fui si charmée qu'elle visita le peintre à son tour, dans les salles de la Maison hanséatique, ou il demeurait toujours et qu'il n'avait même pas fait décorer : les toiles originales et les copies du Titien qu'il avait rapportées d'Italie en formaient le principal ornement. Aussi l'historiographe La Serre les compare-t-il l'un à l'autre et déclare-t-il que chacun d'eux aura été la merveille de son siècle (2). Les œuvres magnifiques du grand Vénitien et quelques autres morceaux de choix étaient alors dans toute leur splendeur, Van Dyck les ayant fait restaurer depuis peu de temps par un nommé Bruno, que toute l'école employait et regardait comme extrêmement hahile. Les archives d'Anvers renferment une attestation curieuse que lui avaient donnée Ruhens, Gérard Seghers et notre artiste (3).
(I) La galerie de liunicli possède la grisaille qui a servi à Taire cette planche, mais non le tableau.
(2j Histoire curietae de tout ce qui t'est passi à Vmtrie de la Aeyne, mère du Roy tris eltrettien, dans Ut villes des Pays-Bas. L'auteur auonjme rapporte le même fait.
(3) Voici le texte original, écrit en Trançais :
Expedittim mandata Dm Roekoxii.
« A tous ceux qui ces présentes verront ou lire oiront, bourgmestres, écherins et conseillers de la ville d'Anvers, salut.
H Scavoir faisons et certifions par cette, qu'à l'instance de Jan-Baptiste de Bruno comparurent devant nous le sieur Pierre-Paul Rubens, secrélaire du Conseil privédeSa Majesté et gentilhomme delà maison deSonAlteze Sérénissime, et Gérard Segers, peintres entretenus de Sa Majesté, tous deux inhabitants de celte ville d'Anvers, qui ont déclairé, comme ils déclairent par cette, qu'entre tous ceux qu'ils ont employez, tant pour raccommoder et nettoyer les peintures fenduez, rompuez, escailléez et sales, faites par des excellens maistres, tant anciens que modernes, que pour remettre les couleurs d'icelles en leur premier estât sans les aucunement endommager, ils n'ont rencontré personne qui s'entendoit mieux en ce que dessus, ou qui les a mieux serrys que le sieur Jan-Bnptiste Bruno susdit, ce que semblablement a affirmé Antoine van Dyck, entrelenu de Son Alteze et bourgeois de cette ville, pour l'expérience qu'il a eue dudit
Après \a veuve de Heari IV posèrent devant le jeune mtiilre plusieurs des personnes qui l'accompagnaient, qui lui formaient une cour dans son exil. En premier lieu, il faut citer Gaston d'Or léans, frère de Louis XIII, et sa seconde femme, Marguerite de Lorraine, dont les portraits ont été gravés par Lucas Vorsterman et P. Van Sompel. Le prince est debout, vu jusqu'aux hanches, portant une cuirasse et tenant dans la main droite un bâton de commandement. Il a un type original, des traits assez réguliers, les lèvres épaisses, une abondante chevelure qui forme d'innombrables anneaux et semble noire : cette volumineuse parure a toujours une grâce et un charme idéal ; comme elle augmente en apparence le volume de la tête, elle inspire l'idée vague qu'un cerveau si magniûquemenl abrité doit être un organe exceptionnel, posséder de mystérieuses ressources. Un splendide col en guipure couvre les épaules, la croix du Saint-Esprit pend sur la poitrine. C'est une fîgure à caractère, et l'on ne croirait pas, en l'observant, que Gaston associait une volonté infirme à un orgueil immense et à des prétentions criminelles.
J'ai eu l'heureuse chance de voir le portrait original de sa femme, cette Marguerite de Lorraine, qu'il épousa malgré les défenses de la cour et l'opposition du clergé. Le tableau orne à Florence la galerie des Offices. La princesse est représentée debout, comme son mari, vêtue d'une robe noire, tenant dans sa main droite une rose pourpre et laissant pendre sa main gauche le long de sa jupe. Elle est coiffée par anticipation à la Sévigné,
Bruno, en raccommodant et nettoyant puur ledit Van Dyck plusieurs tableaux du Titian el d'autres plus renommez peintres, el pour ce que tout le dessus est faict et passé devant nous en Torme deue, avons confirmé cet acte avec le scel aux causes de cette ville et l'avons faict signer par un de nos quatre Jurex secrétaires. Fuict en Anvers, le ncuviesme décembre mil aix cent et trente. •
Kxtrait des minutes du tecnJtaire Pft. van Vakkenisse. Les mois : entretenu d-j Sïu AUes$e, appliqués à Van Djct, semblent prouver qu'il recevait une pension de l'archiduchesse Isabelle, Tait demeuré jusqu'ici ii
mode qui ne prit ce nom que plus tard : une petite frange de cheveux tombe sur son front. Tout amateur saluera en elle une jolie personne, aux traits fins, harmonieux, distingués ; son œil encadré de sourcils minces et d'une régularité parfaite, comme si on les avait tracés au pinceau, a un charme engageant; son cou, la partie de ses épaules que l'on voit et ses deux seins découverts séduisent par leurs belles formes et leur blancheur : ce devait être une femme très agréable. Mais elle parait d'un caractère tranquille et même flegmatique : la placidité de sa figure étonne, quand on connaît sa vie orageuse, et l'on se demande comment elle a pu inspirer au duc d'Orléans une si vive passion. Derrière elle , un mur jaunâtre, une draperie rouge et une échappée de vue dans la campagne composent le fond du tableau.
Van Dyck peignit ces deux images un peu plus tard que les précédentes. Le couple n'avait reçu que le3 janvier 1632, d'une manière à peu près clandestine, à sept heures du soir, la bénédiction nuptiale, dans une chapelle intérieure du prieuré de Saint-Romain. L'assistance n'était pas nombreuse ; un moine bénédictin, le frère Tellier, unit les jeunes époux, devant M. de Vaudemont, père de la princesse, devant sa tante, abbesse de Miremont, M*"' de la Neuvillette, sa gouvernante, le comte de Moret et Puylaurens. Le cardinal de Lorraine, parent de la future, avait signé la dispense des bans et donné au moine l'autorisation de sanctifier la tendresse impatiente des futurs. Mais la lune de miel les avait à peine éclairés de ses premiers rayons, qu'ils durent se séparer : une clause secrète du traité de Vie, inspirée par le mécontentement du Roi, exigeait que le duc d'Orléans et tous les siens quittassent la Lorraine. Le 13 janvier, à quatre heures du soir, le prince entra dans la ville de Luxembourg, accompagné d'une suite déjà considérable, qui ne tarda point à grossir. Quand il partit pour Namur, le 22, son train
se composait de trois à quatre cents chevaux : le comte de Moret, le duc d'Elbeuf et un grand nombre d'autres seigneurs lui formaient une brillante escorte {!). Plus tard, après toutes sortes d*aventures, la Juliette délaissée vint rejoindre le prince en habit d'homme: mais ce fut en 1633 seulement, le 6 septembre, qu'elle arriva dans la ville de Bruxelles. Van Dyck ne put donc retracer son élégant visage qu'en 1634, pendant le séjour qu'il fît alors à Anvers et à Bruxelles ; il habitait Londres depuis le mois d'avril 1632, quand l'aimable fugitive, déguisée en jeune seigneur, portant un haut de chausses et un pourpoint noirs, bottée, éperonnée, la plume au chapeau, traversa les lignes de l'armée royale.
Parmi les nobles personnages qui avaient suivi Gaston hors de France, le plus intéressant à beaucoup d'égards était le comte de Moret, fîls naturel de Henri IV: sa, destinée devait être aussi courte qu'un jour d'hiver. Bien qu'entré dans le monde par une porte secrète, tout lui promettait un %ort brillant et heureux, mais sa témérité annula les bonnes intentions de la fortune. Né en 1607 à Fontainebleau, de Jacqueline de Beuil, que son royal amant avait nommée comtesse de Moret, légitimé en 1608, Antoine de Bourbon fut élevé au château de Pau ; il eut d'abord pour précepteur Scipion Dupleix, depuis historiographe de France, qui lui dédia son Corps de philosophie {on dirait cours maintenant), premier compendium de ce genre publié chez nous. Lorsque les Jésuites ouvrirent le collège de Clermont, en vertu d'un arrêt du conseil d'État, obtenu contre l'université de Paris, le 15 février 1618, Louis XIII leur donna pour écoliers le marquis de Verneuil et le comte de Moret, ses frères naturels. Ils montrèrent tous les deux des aptitudes rares, soutinrent avec un
(I) Hcnrard, Varie de Médiat dans hs Pays-Bas, p. 164. Ouvrage excellent, que na pourront se dispenser de lire tous ceux qui désormais écriront l'hisloire de France.
brillant succès des thèses de philosophie et de théologie. Le comte de Moret fut pourvu par le roi d'importants bénéOces, nommé successivement abbé de Savigny, de Saint- Victor, à Marseille, de Saint-Etienne, à Caen, et de Ligny. Malgré ces prébendes, la folie de guerres civiles s'empara de lui: l'exemple de la Reine-mère et de Gaston d'Orléans obscurcit son intelligence ; il prit les armes contre son souverain légitime. Une déclaration de Louis XI!!, datée de Dijon, 30 mai 1631, et une autre du 12 aoiJt suivant, le signalèrent, avec les ducs d'Elbeuf, de Bellegarde et de Roannes, le président Le Coigneux et de moindres personnages, comme donnant à son frère Gaston de dangereux conseils el l'ayant emmené hors du royaume. Le 15 octobre, leurs biens furent confisqués par une ordonnance libellée dans des conditions particulières. L'année suivante, lorsque les rebelles, n'ayant pour toute force que dix-huit cents cavaliers, traversèrent presque toute la France au galop, comme un pays désert, pour rejoindre le duc de Montmorency dans le Languedoc, le comte de Moret prit part à l'expédition. L'armée royale et les troupes séditieuses se rencontrèrent, le 1" septembre, à un quart de lieue de Castelnaudary, sur les bords du Fresquel. Les conspirateurs franchirent la rivière, le duc de Montmorency occupant la droite, le comte de Moret commandant l'aile gauche, tandis que Gaston, avec trois mille fantassins et trois mille cavaliers, formait le centre. Les deux armées escarmouchèrent pendant une demi-heure, puis les mécontents résolurent d'attaquer les forces royales. Aussitôt, sans attendre aucun ordre, le comte de Moret se précipite vers les champions du trône, avec une compagnie seulement de cara-> biniers ; mais il avait à peine tiré un coup de pistolet, qu'il tomba frappé d'une mousquetade au travers du corps. On l'emporta, immobile et sanglant, sur une civière, où il ne tarda point à mourir. Montmorency cependant avait attaqué à son tour, mais.
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salué par une grêle de balles, il reçut dix-sept blessures, puis fut enveloppé par tes troupes fidèles: bientôt désarçonné, Force lui fui de se rendre. On le conduisit peu après à Toulouse, où on lui trancha la tète dans une cour de l'hôtel de ville, au pied de la statue de Henri IV,qui avait été son parrain. Tel fut le dénouement tragique de cette folle et criminelle aventure. Le corps du jeune prince n'ayant pas été retrouvé, on ne put lui faire aucune cérémonie funèbre ; et l'imagination populaire inventa une légende, seconda la vanité d'un ambitieux qui prit le nom du personnage disparu, sorte d'imposture assez fréquente dans l'histoire.
Antoine de Bourbon, quand il reçut le coup fatal, n'élail âgé que de vingt-cinq ans. Avec ses facultés exceptionnelles, il aurait pu avoir une brillante et heureuse carrière, laisser de nobles souvenirs; son ingratitude envers Louis XIII et envers la France, qui l'avaient comblé de prospérités, le détruisit à la fleur de l'âge. Il ne reste de lui que son portrait ou, pour mieux dire, que la gravure de son portrait exécuté par Van Dyck : on ignore ce que le tableau est devenu. Elle nous montre un type original, aux traits accentués, avec des yeux énormes, des arcades sourcilières très protubérantes, uu nez cambré, militaire pour ainsi dire, un menton court et une forêt de cheveux naturellement bouclés. C'est le visage d'un homme ferme et résolu. Il paraît triste, soucieux, comme s'il avait conscience de sa faute, regrettait son action téméraire, ou prévoyait sa fin malheureuse. Il porte une riche casaque, rayée de bandes noires, avec des manches boufTantes : un grand col de linge, dentelé profondément, orne ses épaules. Une tenture décorée de fleurs de lys d'or, qui pend à sa gauche, rappelle sa noble origine (1). Si grand qu'ait été son malheur,
(1) La gravure porte l'inscription suivante :
ANTflomi'3 BouHBONiDS, CoMEs MOBETANOs ET ABBAs S" Stei-bam Cabntihi, filius katd- HALRS Henric[ Hagni et Jacqukuhs Bdeii.an^, Cokitissle Uoiietan.e. Am. van Dickpinx. — Petrus de Baillusculp. — loannes Mmsens (xc. Atitverpix.
on ne le plaint qu'à moitié, parce qu'il est mort en portant les armes contre sa patrie, pour une cause absurde et criminelle.
Un portrait peint par Van Dyck à cette époque enchevêtre l'historien dans une broussaille de difficultés. Il représente le buste d'un homme jeune encore, ayant de trente à trente-cinq ans, une jolie figure, de beaux yeux vifs et spirituels, une profusion de cheveux naturellement bouclés, une mise des plus coquettes : il porte une casaque de soie, une opulente fraise de dentelle et un manteau qui couvre son bras droit, tandis que la main gauche, tenant un gant, est appuyée sur le dos d'un fauteuil. L'inscription nous apprend que cet élégant personnage est Honoré d'Urfé, gentilhomme de la chambre du roi, chef d'une compagnie de cinquante hommes, comte de Neufchàteau, baron d'Arcis-Morand, etc. (1) ; mais n'ajoute pas qu'il tenait la plume et a écrit le fameux roman de l'Astrée. C'est plus tard qu'on l'a désigné comme l'auteur de ce livre pastoral et ennuyeux. Mais une objection énorme réfute cette indication. L'écrivain Honoré d'Urfé avait vu le jour à Marseille, le 11 février 1568, et mourut à Villefranche en Piémont, le 1*^ juin 1625, âgé de cinquantehuit ans. Jamais donc Antoine n'a pu le voir à l'âge que dénote le portrait, et cette effigie abonde, d'une autre part, en détails pris sur nature, qui prouvent que la toile fut peinte d'après le modèle vivant. C'est donc son fils, selon toute vraisemblance, auquel on avait donné le même prénom. S'était-il laissé entraîner dans les routes perdues, où Marie de Médicis et Gaston couraient après le pouvoir et ne rencontraient que la honte ? La légende du portrait donne lieu de penser le contraire : elle le désigne comme chambellan du roi, chef d'une compagnie de cinquante
(1) Illus""' Dohihus Honohius Urpeiiis nobius Obd""' Cubicui.i Reoii, uni 50 iHiiAto- RCM HOMiND)! Asuo iTANDATo, coMEs Novi CastellI, babo Arcis-Morand.e, etc. Ant. van Dyeh pinx, — Pierre de Baillue seiilpsil, — Jean Meissens exeudit.
hommes, pour laquelle il avait reçu un brevet du prince. Donc il lui était fidèle, et son voyage dans les Pays-Bas ne se rattachait d'aucune manière aux efTorts séditieux qui trouhlaient toute la France. Une autre effigie de Van Dyck nous laisse entrevoir la cause fort innocente de son excursion. Une de ses parentes, sa sœur peut-être, Geneviève d'Urfé, avait épousé Charles Alexandre, duc de Croï, marquis de Havere, qu'elle venait de perdre. Honoré était sans doute accouru près d'elle pour la consoler dans son malheur. C'était une très helle femme, au grand front, aux traits réguliers, à l'œil lumineux et intelligent, qui lui ressemblait et avait comme lui une forêt de cheveux. Elle porte sur son effigie la haute collerette en forme de van, dont les femmes embastionnaient alors leurs épaules ; des perles, suivant la mode du temps, pendent à ses oreilles, lui forment un collier, dessinent même une double guirlande autour de son buste : elle la touche de sa main gauche, comme si elle en était fière (i). On peut donc admettre sans inquiétude l'hypothèse suivante : Honoré d'Urfé, deuxième du nom, se trouvant réuni à sa sœur, avait profité de l'occasion pour se faire peindre en même temps qu'elle.
Un grand nombre de portraits dus à Van Dyck n'ayant pas été gravés, on ignore le nom des modèles. On les désigne par les mots vagues de : Gentilhomme assis, — drapé dans un manteau, — appuyé contre une colonne — et autres indications vulgaires. En se livrant à de minutieuses recherches, on découvrirait probablement parmi ces inconnus presque tous les complices de la Reine-mère et de l'impuissant Gaston. Plus que Rubens, Antoine se trouva en rapport avec l'émigration française, qui invoquait le secours de l'étranger, attisait la guerre civile, employait des
(1) Inscription de la gravure : Illdstrissiha Dni Gb:<ovrpa d'Urphe, vimta Cabou AlelàND. Ddc. Croï, harchion. de Havere, etc. Ant. van Dyek pinxU. — Pitrre de Jode sculpt.
manœuvres impardonnables pour satisfaire l'ambition des uns, la cupidité des autres. On ne peut voir sans indignation un pareil oubli de tous les devoirs qui obligent un citoyen envers sa patrie, devoirs absolus, indiscutables, devant lesquels doivent fléchir non seulement les intérêts et les passions, mais les ressentiments les plus légitimes. Saius popvli suprema lex. La lutte que le cardinal de Richelieu soutint pendant onze ans contre ces intrigues dangereuses et criminelles, le fait apparaître aux yeux de l'historien comme le génie même de la France, que la cabale ruinait, saccageait, mettait en péril. Aussi la triste fin de tous les conjurés donne-t-elle satisfaction à la conscience humaine. La coupable Marie de Médicis termina ses jours dans l'exil, sans avoir ressaisi le pouvoir d'emprunt qu'elle voulait exercer ; Gaston ne porta jamais la couronne, et les droits éventuels de succession au trône, qui lui paraissaient justifier sa turbulence, se trouvèrent anéantis par la fécondité imprévue d'Anne d'Autriche ; un grand nombre de leurs affidés moururent sur tes champs de bataille, dans les prisons, sous le glaive du bourreau. Il ne resta de cette ligue qu'une tache au blason des conspirateurs et le souvenir des maux qu'elle avait causés à la France(i]. Kn même temps que ces émeutiers de haut parage, des modèles indigènes et des employés supérieurs du gouvernement espagnol posaient devant l'illustre coloriste. H avait peint Ambroise Spinola, le marquis de Moncade : il peignit d'autres généraux, Thomas de Savoie, le comte de Nassau-Siegen et le
(I) Le colonel Szwykoski a publié eo Allemagne un volume qui ajuslement pouibut de donner des renseignements biographiques et autres sur les individus peints par Van Dyck ; mais il ne s'occupe que des portraits gravés. Or, il y a un très grand nombre d'effigies dues au pinceau d'Antoine qui n'ont jamais été reproduites sur le cuivre ; et on ne connaît pas les noms des personnes qu'elles représentent. Antoni van Dyck's Bildnisse bekannler Personen. — Leipsig, 1839, I vol. in-8* (Entrait de Naumatm'i Archiv fur die leichnenden Kfimtf).
prince de Barbapson. Les deux derniers capitaines venaient de se signaler par une défaite remarquable, subie presque sous les yeux de rinfante. Le comte de Nassau, bien qu'appartenant à la famille du Taciturne, avait embrassé le catholicisme et tourné ses armes contre la Hollande ; il était allié au prince de Barban- Bon, ayant épousé Ërnestine Yolande, princesse de Ligne. Au moment où Isabelle et Marie de Médicis étaient venues s'installer à Anvers, les deux seigneurs préparaient une expédition contre la Zélande,dont ils voulaient se rendre maîtres. Une flottille de cinquante chaloupes et de dix pontons, portant sept mille hommes avec des vivres pour quatorze jours, devait descendre l'Escaut, les mener au but de leur entreprise et les couronner de gloire. Le 10 septembre, l'Archiduchesse et la Reine exilée passèrent en revue les bâtiments de guerre : les gentilshommes, qui allaient s'embarquer, prièrent Marie de bénir leurs armes, vœu qu'elle réalisa sur-le-champ. Puis les navires s'abandonnèrent au cours du fleuve.
Mais le vîce-amiral hollandais Haller et M. de Maison-Neuve, colonel français au service des Provinces-Unies, guettaient leur passage : sous les ordres du dernier se trouvait le fameux Turenne, alors âgé de vingt ans. Us surprirent pendant la nuit la flotte anversoise. On combattit dans les ténèbres, puis, quand l'aube fut levée, dans un épais brouillard, qui jeta le désordre parmi les Espagnols ;ils voulurent gagner la terre, en se précipitant hors des chaloupes, mais un grand nombre se noyèrent, les autres furent enveloppés. Une lettre de Turenne nous apprend qu'on fit 4,664 prisonniers, parmi lesquels se trouvait le colonel De Gits, commandant une troupe de 600 volontaires belges, capturés avec lui, dont les mœurs faisaient horreur au jeune capitaine: ils agissaient dans les Flandres, dit-il, comme des brigands, coupaient le nez et les oreilles à tous ceux qu'ils pou-
vaient attraper, lultaal de barbarie avec les Espagnols. Voilà les affreux traitements que la population indigène avait à soufirir, non pas de la tyrannie étrangère, mais de sa propre milice (1) .' Jean de Nassau et Albert de Ligne se sauvèrent à grand'peine. Van Dyck ne put couronner leurs fronts de lauriers, mais son pinceau trouva encore moyen de leur donner un certain charme idéal. Le prince de Barbanson a une mine superbe, une attitude héroïque. Plus tard, en 1634, le grand erfigiateur peignit de nouveau le comte Jean, dit le Cadet, avec sa femme Ernestine Yolande, sur une même toile. Nous jugerons ce tableau quand le moment sera venu, car on le classe parmi les chefsd'œuvre du maître.
Pendant ces années fécondes, où son pinceau était comme une baguette magique, Antoine ne se bornait point à exécuter des portraits : maintes toiles religieuses prouvaient la souplesse de son talent. On admirait les pages brillantes qu'il traçait pour les Jésuites, les Récollets, le Béguinage et différents monastères de sa ville natale ; pour les Récollels de Malines et de Lille. Parmi les tableaux d'histoire, nous devons citer avec les éloges qu'ils méritent : la Femme adultère de l'Escurial, le Christ au roseau^ la Pentecôte et la Bénédiction de Jacob, placée actuellement au château de Sans-Souci, l'incrédulité de saint Thomas, qu'on admire à Saint-Pétersbourg. Sans la crainte de tomber dans la nomenclature, nous pourrions ajouter d'autres morceaux d'élite. Mais il faut que nous examinions une toile célèbre, dont nous avons donné la gravure (page 43).
Elle représente le Mariage mystique du bienheureux Hermann avec la Vierge et fut exécutée en 1631, pour la confrérie des
(I) Turenne s'étonnait avec raison de ces férocités commises envers des compatriotes : « coappaient le nez et les oreQles à tous ceux qu'ils pouvaient atlrapper, laquelle cruauté est plus séante aux Esp^nols qu'à ceux du Pays-Bas. »
LES CONSPIRATEURS PRANOAIS. 3*5
Célibataires, fondée par les Jésuites à Anvers, dont Van Dyck était membre. Le motif est une scène empruntée à une légende peu connue et sur laquelle nous aurions peine adonner des renseignements, si elle ne se trouvait racontée au bas de l'estampe gravée par Paul Pontius. Voici la traduction du texte latin : « Le bienheureux Joseph, prêtre et chanoine de Steinfeld, de l'ordre des Prémontrés, originaire de Pologne et appelé jadis Hermann, après avoir manifesté des mérites insignes, passé nombre d'années dans une complète innocence, avoir reçu du ciel des faveurs fréquentes et des révélations divines, avoir entretenu avec la Vierge dès son enfance des relations intimes de la plus chaste familiarité, si bien qu'elle daigna l'épouser, ayant les anges pour paranymphes, et lui donna le nom de Joseph, ce pieux personnage donc, ayant conservé intacte la virginité de son esprit et de son corps, rendu son nom glorieux par ses vertus et ses miracles, s'envola au ciel le 4 avril 1241 . »
Suit une dédicace importante parce qu'elle prouve que la gravure fut exécutée sous les yeux de Van Dyck.
« Au très vénérable et considérable Dom Jean Chrysostome van der Sterre, élu par un vote unanime abbé du monastère de Saint- Michel, Van Dyck offre cette planche, pour le féliciter en lui souhaitant une longue et heureuse administration (1). »
L'ordonnance est très simple. Marie de Bethléem, puissante femme aux larges épaules, la couronne sur le front, comme reine du ciel, étend sa main droite pour toycher de ses doigts effllés la main robuste de son époux mystique, main que lui présente un ange adulte, porté par ses grandes ailes : les longs cheveux qui baignent ses épaules et ses volumineuses draperies ajoutent à son air de force et de haute dignité. Hermann à genoux, drapé
(I) Le tableau a 5 pieds de hauteur sur 4 p. i ponce de largeur.
dans un ample manteau, appuie la main gauche sur sa poitrine en témoignage de dévouement, et sa 6gure exprime une enthousiaste reconnaissance pour le suprême honneur qu'il obtient. A son extase se mêle un sentiment d'humilité, comme s'il ne se jugeait pas digne d'une si haute faveur. Derrière la Vierge, un personnage subalterne regarde avec étonnement la pluie lumineuse qui tombe du ciel. « Sur les traits charmants de la Nazaréenne s'unissent une pureté divine et une suave grandeur (1); » Le vigoureux Joseph, dont le type ne convient guère à un mari platonique, doit être le portrait de quelque moine anversois, peut-être de l'abbé Van der Sterre lui-même, car son visage et ses Formes n'ont rien d'idéal. Je regrette beaucoup de n'avoir pas vu ce tableau, sur lequel je ne trouve que des renseignements vagues. « La couleur, dit Waagen, est d'un ton clair et chaudi l'efTet d'ensemble un peu bariolé ; les mains de la Vierge sont remarquablement fluettes (2). » Des indications pareilles ne peuvent suffire à un amateur, moins encore à un historien. Il doit y avoir dans ce beaii travail bien d'autres observations à faire.
En 1776, lorsque le pape Clément XIV supprima l'ordre des Jésuites, le gouvernement autrichien s'empara du tableau, comme de la Sainte Rosalie que nous avons décrite, et le fît transporter à Prague, d'où il a passé dans la Galerie de Vienne. Les moines subtils ne l'avaient payé à l'auteur que 150 florins.
(i) Bettï Paoli, Wien'$ Gemxlde GaUerUn,ç.i%'i.
(2) Oie vomehntitea kunstdtnkmâler in Wixn, t. I", p. lOS. Les procédés de Van Djck n'ayant élé analysés par personne, je ne puis dire au juste quelles sont la Taclure et la valeur des tableaux que jo n'uî pas vus. Les termes vagues : peinture distinguée, morceau remarquable, œuvre excellente, couleur chaude, page splendide, toile admirable, ne sont que des formules générales d'approbation : elles classent un ouvrage parmi les Iravaux d'élite, mais ne renseignent pus sur la nature, les qualités spéciales de l'exécution, les mérites si divers qui caractérisent les œuvres supérieures, et pour parler sans détour, ne signiRcni pas grand'chose.