‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 40 sur 75 · DÉCADENCE DE VAN DYCK · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE VAN DYCK

projet suffisamment élaboré. Où Van Dyek aurait-il trouvé le temps de s'abandonner ainsi à la fée des songes? Quels plans aurait pu faire son esprit surmené, barrasse, qui aspirait violemment au repos? En fait de peinture historique, c'était un financier qui avait perdu son capital et fouillait en vain dans sa caisse. Depuis son retour de Belgique, il exécuta donc très peu de tableaux proprement dits, et tous durent lui être demandés.

Le Mariage mystique de Sainte-Catherine d'Alexandrie, qu'on voit chez la Reine, à Buckingham-Palace, prouve combien son talent, poussé toujours vers la reproduction des formes individuelles, s'élail peu à peu déshabitué de la grande peinture. La haute inspiration, qui l'avait si longtemps animé, qui avait produit des œuvres sublimes, avait fini par s'éteindre. Comme s'il avait même perdu le sentiment de l'élégance, il y a dans les types, dans celui de la Vierge notamment, une vulgarité inopportune, en conlradiction avec tout le reste de ses ouvrages ; c'est une Madone au grand nez droit, à la mine flegmatique, une véritable Anglaise, d'un caractère peu avenant. Qui reconnaîtrait le fils de Dieu dans ce gros garçon bouffi, sans distinction et sans gentillesse ? Comment Sainte-Catherine d'Alexandrie s'ofiFre-t-elle à nous avec ce profil de ravaudeuse et cette chevelure mal peignée? On dirait qu'elle sort de quelque bouge équivoque. Tout dans cette œuvre malheureuse trahit la lassitude. La couleur est belle encore, mais ne suffit pas pour expier la trivialité des formes.

Le Sauveur guérissant les malades, qu'on voit également chez la Reine, a beaucoup d'analogies avec la toile précédente. Jésus, assez mal éclairé, manque de verve, d'expression et même, dans une certaine mesure, de caractère divin. A sa gauche, un disciple regarde la scène; à sa droite, une vieille femme malade, le front bandé, la poitrine nue, lui montre de la main gauche le

haut de son buste, comme pour expliquer le mal qui la fait soutfrir ; elle est à peine vêtue d'une chemise et porte sur sa main droite une couverture roulée en paquet, dont elle aurait du s'envelopper. Derrière elle, on aperçoit la tète d'un jeune garçon que tourmente aussi un désordre intérieur, comme le prouve sa mauvaise mine. Mais le personaage principal, c'est la truande au type plébéien, à la peau rude et basanée, à la forte musculature. Son regard suppliant a l'éloquence de la misère et de la douleur. La plaie des ténèbres semble avoir frappé ce tableau : on y cherche en vain un effet de clair-obscur.

Le réalisme qui perce dans ces deux ouvrages est 1res curieux : Van Dyck, fatigué des élégants personnages au milieu desquels il vivait, blasé même sur sa propre distinction, chercbait-il par contraste des effets dans un sens opposé?

Le tableau de Samson et Dalila , qui orne le château de Hampton-Court , révèle aussi partout la langueur d'un esprit dérouté. Il y a de l'énergie dans les altitudes, sur les traits de Samson et des émissaires qui le capturent ; mais la perfide courtisane regarde celte lutte terrible avec l'insouciance et la tranquillité d'un demi-sommeil. Comment le peintre aux émotions profondes a-t-il pu donner un visage si calme, dans un pareil moment, à la cruelle hétaïre? Avait-il perdu le sens dramatique? Les premières atteintes du mal, qui devait abréger sa vie, commençaient-elles à voiler son intelligence ? Le héros juif est si trapu qu'il en parait difforme ; la couleur dure, sans transparence, les ombres épaisses qui découpent les parties claires inspirent des doutes sur l'origine du tableau, bien qu'il se trouve dans une collection royale.

L'Amour et Psyché, toile suspendue à Hampton-Çourt, doi aussi être classée parmi les œuvres qui trahissent le déclin d'Antoine comme peintre d'histoire. C'est un agréable travail,

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