‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 41 sur 75 · DÉCADENCE DE VAN DYCK · texte numérisé non relu

DÉCADENCE DE VAN DYCK

mais d'une qualité inférieure. Psyché dort , presque toute nue, au pied d'un arbre mort. Elle est jolie, bien abandonnée, mais dans une attitude quelque peu difficile, qui ne produit pas des lignes heureuses. En découvrant cette belle fille à peine vêtue^ l'Amour, grand jeune homme ailé, manifeste son étonnement et son admiration par le geste de sa main droite ; son torse est d'un bon dessin, les jambes sont trop longues; une étoffe couleur lie de vin passe dans l'intervalle et flotte alentour. Les formes du dieu se détachent sur de sombres feuillages , qui ont poussé au noir et montent dans un ciel non moins obscur. Nous voilà loin des grandes pages épiques où étincelaient, comme la lumière de la foudre, l'indignation, la colère ou le désespoir du précurseur de Byron et de Lamartine.

Une œuvre authentique du Louvre, les Satnis Pénitents, révèle aussi dans le maître anversois la décadence des libres facultés d'invention et d'ordonnance. Elle montre au spectateur la Vierge assise, vêtue d'une robe amarante et d'un manteau bleu ; tenant sur son genou gauche l'Enfant-Jésus debout et s'inclinant vers les pécheurs contrits, elle leur présente son fils comme l'emblème de la Rédemption. Madeleine, à demi-drapée dans une élofTe blanche, mais ayant le haut du buste nu, s'avance la première pourlémoigner au Sauveurson repentir; derrière elle s'empressent le roi David, la couronne au front, les cheveux éclaîrcis et blan* chis par l'âge, et l'Enfant prodigue couvert d'une guenille bleue, s'appuyant sur une branche d'arbre grossièrement taillée. Il y a de l'expression sur tous les visages, une éloquence triste sur celui de la Vierge; mais la facture est molle, les contours sont vagues. La figure de Madeleine manque de plans et de détails. On croirait voir une peinture à laquelle l'artiste n'a pas mis la dernière main. Un ciel nuageux, avec quelques tons rougeâlres,

compose le fond. Il est clair qu'on ne peut ranger ce travail parmi les grandes œuvres d'Antoine (i).

C'est donc pendant la dernière partie de sa vie, quand il succombait sous le poids du travail, que s'est formée l'opinion, maintenant partout répandue, qui lui conteste les facultés d'un peintre d'histoire ; l'empressement de l'aristocratie anglaise à lui demander des images personnelles, ayant détourné son esprit des grands sujets, abattu en lui les hautes inspirations, ût croire que la nature lui avait interdit les genres supérieurs. Et les tableaux religieux, les scènes mythologiques en petit nombre, que renferment les collections britanniques paraissaient, paraissent encore justiûer cette erreur. Une étude un peu large des œuvres faites par lui jusqu'en 1635, l'eût réduite à néant; mais qui se donne la peine d'étudier?

Beaucoup de portraits, peints par Antoine, depuis son retour à Londres, trahissent la même déchéance et la même langueur que ses tableaux d'histoire. Ils sont faits, comme on dit, de pratique. On y retrouve, dans une certaine mesure, l'habileté de son exécution, l'adresse de sa touche, les mérites de sa couleur, mais atténués, affadis, sans verve et sans inspiration. Sans doute aucun artiste ne peut être visité constamment par son bon génie; chacun a ses heures mauvaises, ses jours d'apathie et d'indifférence, où il semble qu'un voile s'abaisse devant l'imagination,

(<) Le catalogue du musée du Louvre désigne ce lablcau sous un titre banal, qui en détruit le sujet : la Vierge el l'E'ifant-Jifsus. Le rédacteur a cru voir dans le personnage de l'Enfant prodigue un Saint-Jean le précurseur, il était pourlanl bien facile d'éviter cette méprise, soit en regardant avec attention la peinture, soit en consultant le livret du musée de Berlin, où elle est parruilemcnt expliquée, attendu que la collection allemande contient une répétition de Tteuvre. Il était inutile, en outre, de rappeler la vaine opinion qui signale Marie el David comme étant les portraits du père et de la mère de Van Dfck, sainte Catherine comme celui de sa maîtresse (quelle maîtresse? quelle sainte Catherine? il y a une Madeleine dans le lublcau, et non une sainte Catherine); qui croit enfin que le prétendu saint Jean- Baptiste représente l'auteur de l'ouvrage.

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