DERNIERS TEMPS DE VAN DTCK- B
talent. On ignore l'accueil que lui firent ses compatriotes et de quelle manière il employa son temps; Papebrochius lui-même n'en souffle mot dans ses Annales antverpienses . II revit sa fille naturelle, cela va sans dire, ses frères, ses sœurs, ses parents, la famille de Rubens, qui était mort le 30 mai ; il visita son atelier désert du Comptoir hanséatique; maison ne sait point s'il exécuta quelque tableau, et on ne fil aucun effort pour l'occuper ou le retenir. Aussi, quand la nouvelle lui arriva qu'on songeait à décorer la galerie du Louvre, comme son maître avait orné celle du Luxembourg, le pauvre malade se mit-il en chemin, dans l'espoir d'obtenir cet important travail. Un passage de Mariette nous apprend qu'il arriva bientôt sur les bords de la Seine. « Van Dyck était à Paris au mois de janvier 1641. J'ai un billet portant cette date que le peintre Claude Vignon écrivait à Langlois, dit Ciartres, pour le prier de vouloir bien l'introduire auprès de Van Dyck, tout fraîchement arrivé à Paris. Il ne pouvait mieux s'adresser. Langlois, libraire et marchand d'estampes, éloit l'ami de Van Dyck. Ce peintre lui en avoit donné des preuves sensibles, lorsqu'après avoir fait son portrait et y avoir employé tout l'art dont il étoit capable, il ne se contenta pas de lui en faire présent : il répéta le portrait et voulut garder le second exemplaire pour lui. Dans cet excellent tableau, que j'ai vu à Paris chez feu le président De Maisons, et dont le prince de Conty a depuis peu fait l'emplette, Langlois est représenté jouant de la musette ; il y en a l'estampe gravée par Pesne {!). »
Cette gravure de Pesne est rude, mais très expressive ; il en
(1) Passage extrait des notes de Uarielte sur Walpole et imprimé dans VAbecedario d'Orlandi par H" De Chennetières et Hontaiglon, à l'article Vin Dyck, t. V. Danei un autre passage, L II, le même Mariette avait écrit : •< François Langlois, dit de Chartres, parce qu'il ; estoil né... représenté en demy corps avec une cornemuse, dont il avoit le talent de jouer dans k dernière perlection. >
existe une beaucoup plus belle, par un homonyme du personnage, le chalcographe P. G. Langlois, dédiée au marquis de Paulmy. Le travail du burin y est excellent, le dessin plus net, l'effet bien supérieur. On voit le libraire debout, jusqu'à mijambes, portant un costume populaire, avec une casaque et un chapeau à larges bords dont un côté est retroussé ; il tient dans ses mains une cornemuse, mais n'en joue pas : il a seulement les doigts appuyés sur les trous et semble avoir été interrompu dans son divertissement par un chien qui le regarde. C'est une bonne ûgure, au type commun, à l'air jovial, accentuée par des moustaches et un collier de barbe mal peignés. L'œuvre a un caractère de prosaïsme flamand qui ne s'accorde pas avec les travaux habituels et les tendances générales du maître. Le tableau fut-il exécuté dans la capitale de la France? On pourrait le croire, n'était le vague des expressions de Mariette en ce qui concerne l'époque. Van Dyck avait songé au Louvre dans les circonstances les plus fâcheuses ; lorsqu'il se mit en route, Poussin venait d'y arriver, pressé par une invitation personnelle du Roi, et on l'y accueillait avec de grands honneurs. Nous avons une lettre de lui, portant la date du 6 janvier 1641, où il raconte son voyage triomphal depuis Fontainebleau, les prévenances dont on l'entourait, son entretien avec Louis XIII, qui, après l'avoir comblé d'éloges, dit tout haut, en s'adressant aux courtisans : « Voilà Vouet bien attrapé ! » Le cardinal de Richelieu lui-même voulut complimenter l'artiste. « Le jour suivant, dit Poussin, je fus conduit par M. De Noyers chez S. E. le cardinal de Richelieu, lequel avec une bonté extraordinaire m'embrassa et, me prc nant par la main, me témoigna qu'il avait un 1res grand plaisir à me voir. » Or, le travail principal qu'on lui destinait, pour lequel surtout on l'avait fait venir de Rome, c'était la décoration du Louvre ! Le peintre flamand ne pouvait arriver plus mal à