‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 49 sur 75 · DERNIERS TEMPS DE VAN DYCK · texte numérisé non relu

DERNIERS TEMPS DE VAN DYCK

propos. Ses intentions et ses désirs furent comme non avenus ; peut-être même n'osa-t-il point en parler. Chose plus extraordinaire encore! il semble qu'il n'ait obtenu du Roi et de son ministre aucune marque d'attention et de sympathie. Nous avons un récit détaillé de tout ce qui se passa relativement au projet de décorer le Louvre. Le nom du maître anversois n'y figure nulle part; les auteurs contemporains ne mentionnent même pas cet illustre compétiteur. Van Dyck cependant était le peintre favori du beau-frère et de la sœur du Roi. Comment donc le prince et le cardinal ont-ils pu montrer à son égard une si complète indifférence? L'architecte Lemercier, dont Poussin avait blâmé les plans, Simon Vouet, l'ancien ami de Van Dyck à Gênes, et te paysagiste Fouquières avaient formé une cabale pour annuler les bonnes intentions des deux chefs de l'État envers Poussin. Vouet n'était pas attrapé du tout, comme le croyait le Roi ; c'était lui et le cardinal de Richelieu qui devaient être bernés. A force de tracasseries, de mauvais propos, de manœuvres sournoises, les coalisés empêchèrent le grand dessinateur de se mettre à l'œuvre, le dégoûtèrent du travail, lui inspirèrent le projet de quitter la France pour n'y plus revenir, dessein qu'il exécuta au mois de septembre i642. Telle est la puissance de l'intrigue : elle domine même l'autorité des rois et le génie des plus grands ministres.

Une coterie assez forte, assez habile pour remporter de pareilles victoires, devait se faire un jeu d'interdire à Van Dyck et l'accès de la cour et tout espoir de réussite. Carpenter afûrme qu'il résida seulement deux mois dans la capitale française : aucune opinion ne saurait être plus vraisemblable. Qu'aurait-il pu faire à Paris, où il restait presque inaperçu? Il était rentré dans son domicile de Blackfriars, sans le moindre doute, bien avant le Sa mai, où commença le jugement de son protecteur et ami

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le comte de SlrafTord. Le tableau où il l'a représenté assis, tenant à la main sa condamnation et dictant la lettre qui priait le Roi de signer l'arrêt mortel, montre avec quel intérêt il dut suivre toutes les phases de ce drame judiciaire.

Le sort en était jeté! Van Dyck allait voir sombrer autour de lui tous ceux qui l'avaient traité noblement, qui avaient fait la joie et l'honneur de sa vie. Le 12 mai, la* tête de Wentworth tomba sur l'échafaud, et le Roi, qu'il avait cru sauver par un sacrifice héroïque, se trouva directement exposé aux fureurs des Govenantaires. Le prince, voyant grandir le péril et sentant arriver l'heure, où le cliquetis du fer et le grondement du canon domineraient le bruit des disputes, voulut éloigner la Reine des chances de la guerre, au moins pour le moment. Sous prétexte de conduire en Hollande sa fille Marie, fiancée au jeune Guillaume II, Henriette fit ses apprêts de départ. Mais avant de les laisser monter sur un navire et affronter les caprices des vagues, le souverain anglais désira posséder une image de son enfant, à l'âge où elle était parvenue. Antoine fut naturellement chargé de la peindre. On ignore ce que le tableau est devenu, mais il a été gravé par Christian van Queborn. La princesse parait bien avoir une année de plus que sur la toile d'Amsterdam. Ses traits enfantins sont jolis et réguliers. Habillée à la mode du temps, avec une raie horizontale dans les cheveux, une petite couronne autour du chignon et deux grosses toulTes à droite et à gauche de la tète, elle porte une robe très simple, ornée d'une grande collerette ajustée au bord du corsage. Des perles pendent à ses oreilles, un collier de perles environne son cou. Ces vers de l'inscription semblent annoncer son départ :

Auriaco jam nupta duci, lux maxima Belgis

Emicat, et terris optât adesse suis.

Crescit et in magnos adolescit sponsa nepotes,

NassoTÎosque dabit mater adulta duces.

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