SA MALADIE ET SA MORT
Le 8 août, le Roi se mit lui-même en chemin pour l'Ecosse. Il avait promis d'aller examiner les griefs des habitants et de leur donner toutes les satisractions qui dépendraient de lui. Par prudence, il s'arrêta dans la ville d'York, ville entièrement royaliste, cil il était comme dans une citadelle, et négocia de loin.
Cependant la santé, les forces de Van Dyck allaient en déclinant; la tristesse et l'inquiétude l'envahissaient. Au milieu des secousses terribles qui ébranlaient foutes les positions, la noblesse perdait peu à peu le désir d'employer son pinceau : la solitude se faisait dans son atelier. Le fol espoir de découvrir la pierre philosopbale l'égaraitde nouveau. Et plusses gains diminuaient, plus il jetait en pâture à sa chimère ses ressources positives ; ses épargnes mêmes s'évaporaient en fumée.
Quelle situation pour sa jeune femme ! Voir dépérir sous ses yeux l'homme dont elle portait le nom, qui était son seul et dernier appui I le voir en outre acharné à la poursuite d'un secret imaginaire, penché sur des fourneaux dont les vapeurs malsaines lui rongeaient les poumons ! Le mauvais génie des Ruthven semblait inspirer l'artiste, l'entraîner vers l'abîme ; et dans ces conjonctures fatales Marie devint enceinte. Quand le terme de sa grossesse fut arrivé, le peintre agonisait. Le 1" décembre 1641, elle mit au monde une petite QUe, que l'on nomma Justinienne. Pendant qu'elle était sur son lit de douleur, subissant l'épreuve toujours pénible de la maternité, Van Dyck sentait le froid de la mort engourdir son cœur. Le jour même où son héritière prenait possession de la vie, le grand homme épuisé dictait son testament. Revenu du nord de l'Angleterre le 25 novembre, le roi Charles avait promis un don de 300 livres à son médecin, s'il détournait de Van Dyck le coup fatal. Mais rien ne pouvait conjurer les sombres influences qui planaient sur l'artiste. Le 9 décembre, ses yeux se fermèrent pour toujours. Après deux
années d'épreuves conlinuelles, de déceptions et de chagrins, sa malheureuse femme, qui n'était pas encore relevée de couches, se voyait condamnée de nouveau à la solitude. Le H, Van Dyck fut enterré dans l'abside de la cathédrale de Saint-Paul, près du tombeau de Jean de Gand, qu'on voit indiqué sur le plan de l'église publié par Ashmole. Mais les chances fatales, qui avaient assombri ta dernière époque de sa vie, le persécutèrent après sa mort. Dans la tombe même, il ne put trouver qu'un repos transitoire : il y dormait depuis un quart de siècle seulement, lorsque la cathédrale fut incendiée avec la ville entière ; l'édifice s'écroula au milieu des flammes, et ses ossements furent anéantis en même temps que la sépulture qui devait les abriter (1).
Il est très important de lire avec soin le testament deV^n Dyck, pour comprendre la destinée de sa fille légitime. Les espèces, biens et valeurs qu'il avait laissés à Anvers, il les donne entièrement à sa sœur Suzanne, religieuse dans un monastère de la ville (sauf deux obligations ou billets, montant ensemble à la somme de quatre mille livres sterling), à la condition qu'avec l'argent et les rentes elle pourvoira aux besoins de sa fille Marie-Thérèse et l'élèvera. Mais reproduisons le texte.
« S'il arrivait que ma dite sœur vînt à mourir avant ma fille, ces biens et espèces seront recueillis par les quatre Dames du couvent, où est ma sœur aujourd'hui, et employés dans l'intérêt de ma fille.
{{) Croiraîl-on que John Smith, un homme sérieux pourtant, a classé parmi les œu Très de Van Dyck un tableau que le peintre aurait dû exécuter longtemps aprts sa mortT Voici l'article : v Portraits de la femme et de l'enfant du maître. La première parait ne pas avoir trente ans, et son beau visage est tu presque de face... Sa fllle, un enfant de cinq ans k peu près, porte une robe rouge et un col de dentelle. C'est une peinture très soignée. Dans la galerie de Munich. ■ Supplément au Catalogue raisotmi des itunreB des principaux mattns flamands, hollandais et fronçait, p. 370, n" 8 (1812). Van Dyck, mort neuf Jours après la naissance de sa fille, peignant son im^e lorsqu'elle avait cinq ans!