‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 52 sur 75 · HISTOIRE DE SA FILLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SA FILLE

Le bruit qu'elle n'était pas heureuse se répandit probablement jusqu'à Anvers. D'après un journal tenu par Norbert van Couwerven, abbé de Saint-Michel, Théodore van Dyck, en religion frère Waltman, lui demanda dans lesderniers jours du mois de septembre 1654 la permission d'aller en Angleterre chercher sa nièce. Mais il ne put la ramener sur les bords de l'Ëscaul, attendu qu'il la trouva mariée, ce qui lui causa une extrême surprise, car elle n'avait que douze ans {!). Marier une petite fille de douze ans ! Pourquoi? sans doute pour abuser de sa jeunesse et ne pas lui rendre de comptes fldèles, en partageant la proie avec le beau-fils. On prétend que ce gendre était un baronnet du comté de Pembroke, sir John Stepney de Frendergast, probablement un cadet de famille qui avait peu de bien ou jetait l'argent par les fenêtres, car il entra, dit-on, dans la garde royale à cheval {Horse-guards), quand'cette troupe d'élite fut réorganisée sous le règne de Charles II.

Que se passa-t-il ensuite ? Justinienne fut-elle abandonnée par son mari? Je l'ignore, car nous marchons en plein dans les ténèbres; mais voici les faits singuliers que nous révèlent des documents positifs. La restauration des Stuarts avait eu lieu au mois de mai 1660. Au mois ^de mai 1662, la fille de Van Dyck, alors âgée de vingt ans, était dans la misère. Elle sollicita de Charles 11 une pension pour subvenir à ses besoins. Par un acte daté du 5 de ce mois, le prince lui accorda une rente annuelle et viagère de 200 livres sterling (5,000 francs), diverses causes et considérations légitimes motivant celte faveur. Le brevet la désigne partout comme une femme mariée : Justina Slepnej/, alias Van Dyck, mais ne fait aucune allusion à son mari, non plus qu'à sa mère, comme si tous les deux étaient morts.

(1) Elle aurait eu Ireiie aos le 1" décembre.

La pension lui fut régulièrement payée pendant un an, de trois mois en (rois mois; puis le trésorier ne donna plus rien. Justinienne passa une année dans la tristesse et l'inquiétude. Voyant la famine ouvrir sa porte, elle adressa au prince, en 1664, une humble pétition pour que sa promesse fût exécutée. Elle lui rappelle qu'elle a été faite en raison des loyaux services de son père, des sommes qui lui étaient dues par le feu roi, et aussi des perles et des malheurs de la suppliante, que néanmoins un ordre de Sa Majesté l'a privée de cette ressource depuis environ un an, ce qui l'a plongée dans la détresse, n'ayant aucun autre moyen d'existence, puisque l'héritage de son père lui a été injustement ravi et est détenu en entier par ceux auxquels on l'avait coniié pendant la dernière guerre. « C'est pourquoi, ajoute avec émotion la pauvre femme, elle se jette humblement aux pieds sacrés du Roi, implorant son auguste pitié pour ses besoins et ses souffrances, afm qu'il ordonne de lui payer sa pension, ou lui accorde tout autre soulagement ou secours, sur sa caisse particulière. »

Justinienne, dans cette supplique, ne parle ni de sa mère, nouvelle preuve qu'elle était morte, ni de son mari, chose plus étrange, ni de l'enfant qu'elle passe pour avoir eu de lui en 1 663. D'après la tradition anglaise, John Stepney aurait dû servir alors dans la garde royale à cheval. Si ce n'était pas là un fait imaginaire, comment sa femme ne se serait-elle pas plainte de son abandon, de la misère où il la laissait?

Charles II, ce roi méprisable dont les débauches vidaient sans cesse les coffres, demeura sourd aux prières de la fîlle du grand peintre. Au début de l'année i665, elle lui adressa une nouvelle supplique, non moins touchante que les autres. Elle y constate de rechef que sa très excellente Majesté ^ après lui avoir accordé une pension viagère de 200 livres, l'ayant retenue et supprimée,

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