‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 53 sur 75 · HISTOIRE DE SA PILLE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE SA PILLE

elle se trouve dans le besoin et la détresse, n'ayant aucun autre moyen de vivre [itbeing ker sole subsister/ce). Or, elle est obligée de se rendre à Anvers, en Brabanl, pour y recueillir une petite fortune que lui a laissée sa lanle et qu'elle serait en danger de perdre, si elle ne se rendait promplemenl sur les lieux. Elle supplie donc humblement le Roi de vouloir bien lui faire payer les arrérages de sa pension, qui se montent à trois cents livres, a6n qu'elle soil en mesure d'aller à Anvers prendre possession des biens et du numéraire que lui a laissés sa défunte tante.

Cette tante qui venait de mourir, c'était Suzanne van Dyck. Les actes consultés par l'Anonyme lui avaient appris qu'elle décéda en J664. Le mot fortune, que Justinienne emploie dans sa dernière pétition, paraît prouver que Marie-Thérèse, la fille naturelle de Van Dyck, avait aussi terminé ses jours. Voici en effet ce que dit le testament du coloriste : « Et s'il arrive que ma fille à Anvers et ma sœur Suzanne van Dyck viennent à mourir avant ma fille née en Angleterre, alors les dits biens, rentes et espèces qui sont à Anvers et que j'y ai laissés, comme il est dit plus haut, reviendront à ma fille survivante en Angleterre. » Ces biens étaient grevés d'une rente de 250 florins par an (537 fr. 50 c.) au profit de sa sœur Isabelle, béguine comme Suzanne. Or, Isabelle était morte en 1658. La totalité des biens laissés par Van Dyck dans sa ville natale devenait donc la propriété de sa fille légitime, qui passa tout à coup du dénuement au bien-être et à la sécurité.

En effet, le jour de l'Annonciation, autrement dit le 25 mars 1665, Justinienne toucha la somme dont elle avait besoin pour s'embarquer [{). Elle put en conséquence aller recueillir la succession qui lui arrivait si à propos.

(I) Registres de la TrËsorciie, à Londres. H est f&cheux que Carpenter n'ait pas publié l'ordonnance et la nule de paiement.

Pendant son séjour dans les Pays-Bas catholiques, elle semble avoir épousé un homme du pays, Martin de Garbonnel. Très jeune encore, mal mariée une première fois, elle ne pouvait se condamner à un éternel veuvage. Dès 1668, son nouveau compagnon, s'élant mis d'accord avec les autres héritiers du grand peintre, fit des démarches pour recouvrer les sommes qui leur étaient dues {i). «Aucune pièce ne nous apprend, dit Carpenter, s'ils obtinrent quelque succès par leurs efforts. » Lui-même pourtant dit un peu plus loin que la pension de Justinienne (200 livres sterling par an) lui fut régulièrement payée, de trimestre en trimestre, à partir de 1670. C'était pour la fille de Van Dyckun résultat considérable et un vrai succès (2).

De son second mari, Justinienne eut trois enfants, un fils appelé Thomas et deux filles qui prirent le voile à Bruxelles ; toutes deux devinrent abbesses et vécurent très longtemps : un sir Thomas, qui n'était pas leur frère et mourut en 1772, alla les visiter (3). On ne sait pas quand leur mère avait quitté ce monde. Elle résidait en Belgique probablement, car on ne voit pas pour quelles raisons ses filles seraient venues s'y établir toutes seules. De très bonne heure donc, la postérité de Van Dyck retourna dans le pays où le grand peintre avait vu le jour ; ce noble sang remonta vers sa source.

Justinienne a passé jusqu'à présent pour avoir eu de son premier mari un fils nommé George, que la nature avait doué d'une

(!) Une première tentative, demetirée infructueuse, avait été faite, suivant Carpenter, «n 1663, pendant que Justinienne était dans une profonde misère, et on avait pris alors copie du testament.

(1!) ]] est encore très regrettable que Carpenter n'ait pas imprimé toutes les notes de payement : nous pourrions savoir ainsi combien de temps vécut la fille de Van Djck, si elle touchait personnellement les termes do sa pension ou les faisait loucher par un tiers.

(3) hetham's Baronetage, volume I" (Ipswich, 1801). L'auleur de ce livre croit que les trois enfants avaient pour père John Slepnef, chose impossible, puisque Justinienne n'avait eu de lui aucune poslérilé, comme le prouvent surabondamment ses pétitions.

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