HISTOIRE DE SA FILLE
intelligence exceptionnelle et que la fortune ne traita pas moins favorablement. Poêle et ambassadeur, il représenta huit fois l'Angleterre sur le conlinenl. Johnson ne lui reconnaît pas grand mérite comme auteur, mais avoue qu'il obtint de son vivant un succès incontesté. Il ne fut pas moins heureux dans ses missions, où il déploya une habileté peu commune. Étant mort en 1707, à l'âge de 44 ans, on lui fit un convoi splendide et on l'enterra sous les voûtes de Westminster, qui abritent encore son tombeau. L'épilaphe latine contient des renseignements sur la carrière, sur les dons naturels et acquis de ce diplomate jadis illustre ; en voici la traduction :
« Ici repose George Slepney, homme d'épée, que la finesse de son esprit, ses connaissances littéraires, l'agrément de son commerce, sa pratique des choses, son habitude de la haute société, l'élégance de ses discours, de son style et de ses manières, les services importants rendus par lui à la Grande-Bretagne et à l'Europe, ont fait beaucoup admirer pendant sa vie et feront célébrer dans toutes les époques. Il s'est acquitté de plusieurs ambassades avec tant de diligence, de zèle et de bonheur, que non seulement il n'a jamais trompe l'espoir des augustes souverains Guillaume et Anne, mais a souvent dépassé leur attente. Après une longue carrière d'honneurs, parcourue en peu de temps, il rendit paisiblement son âme, qui aspirait à une plus noble sphère, ayant assez vécu pour la gloire, bien que son existence ail été courte.
« Issu de la famille équestre des Stepneyde Pendegrast, dans le comté de Pembroke, il vint au monde à Westminster, en J663. — Il mourut à Chelsey, et fut transporté ici en 1707, ayant pour escorte une foule de grands personnages. »
Ce George Slepney, dont la famille s'éteignit en 1825, ne pouvait être le fils de Justinienne. Son épitaphe nous apprend,
comme on vient de le voir, qu'il était né en 1663. Or, si Justinienne avait eu un enfant en 1663, elle n'aurait pas manqué d'en parler dans sa pétition de 1664, pour augmenter l'intérêt de sa situation et attendrir le lïoi. Sa supplique n'y fait pas même allusion. Son premier placet, d'ailleurs, prouve que son mari était morl, ou l'avait abandonnée depuis assez longtemps déjà en 1662. Elle ne put donc avoir de lui en 1663 un enfant légitime, qui parvint aux plus grands honneurs. Enfin, si George Stepney avait été son fils, le petit-fîls de Van Dyck, on n'aurait pas manqué de rappeler cette circonstance glorieuse sur son épitaphe, dans un pays où le coloriste immortel avait été presque l'ami du Roi, avait joui et jouissait encore d'une brillante renommée.
Johnson , d'une autre part , ne désigne nullement George Stepney comme le petit-ûls de Van Dyck. « J'ignore entièrement, dit-il, quelle était la condition de son père. Ayant fait la première partie de ses éludes à Westminster, où il resta six ans au collège, il alla les poursuivre à Cambridge, lorsqu'il eut dixneuf ans, et continua d'y entretenir avec M. Montagne, plus tard comte d'Halifax, une amitié commencée en pension; ils partirent ensemble pour Londres et furent, dit-on, introduits dans la vie politique par le duc de Dorset. »
Le mari de Jusiinienne s'appelait Stepney de Frendergast; le personnage couché à Westminster se nommait Stepney de Pendegrast : ce sont deux localités différentes. Ou ils n'étaient pas de la même famille, chose probable; ou ils appartenaient à deux branches d'une même famille; l'une riche, celle du diplomate ; l'autre dans une condition tout au plus médiocre, dont faisait partie le gentilhomme que l'on maria précipitamment avec Justinienne. S'il avait eu quelque fortune, il ne se serait pas engagé pour vivre dans les Horse-guards^ où il dut rester très peu de temps, quelques mois peut-être.