‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 55 sur 75 · LES DEUX TABLEAUX DE SAVENTHBM · texte numérisé non relu

LES DEUX TABLEAUX DE SAVENTHBM

Les seuls enfants de Juslinienne van Dyck étaient des Carbonnel. Leur descendance existe encore. J'ai ouï dire à M. Etienne Arago, dont il serait inutile de faire l'éloge comme écrivain, homme politique et amateur de peinture, qu'une dame Carbonnel, se disant issue du grand portraitiste, vint le trouver, il y a environ quinze ans, pour lui recommander un jeune homme de sa famille, portant un autre nom par suite d'alliances féminines, et le prier de faciliter son entrée à l'Ëcole polytechnique. M. Etienne Arago lui procura un excellent répétiteur, et le candidat fut admis.

Après avoir raconté l'histoire de Van Dyck, de ses travaux et de sa famille, nous devons faire connaître au lecteur, suivant notre promesse, les curieuses aventures de ses deux tableaux de Saventhem. L'un d'eux, payé par les villageois, représentait la Sainte Famille ; nul doute qu'il ne fût exécuté, comme le Saint Martin partageant son manteau, dans un style où la manière de Henri van Balen s'associait à la manière de Rubens. C'était une production capitale , le second chef-d'œuvre de l'auteur; ceux qui l'avaient vu en parlaient avec admiration. Il eût donc été très important pour un historien d'y étudier sous sa première forme le talent de Van Dyck. Mais il fut enlevé ou détruit par les fourrageurs français en 1673, dans des circonstances qui dénotent les mœurs et l'esprit du temps. La France n'était pas alors en guerre avec l'Espagne, et ses forces militaires traversaient seulement les Pays-Bas catholiques, pour aller attaquer la Hollande. Louis XIV n'avait pas même demandé l'autorisation de faire passer ses troupes sur un territoire neutre : il accompagnait majestueusement ses bataillons, qui allaient assiéger Maestricht. Ses soldats auraient dii ménager, respecter

une population inoffensive, étrangère à la querelle; mais dans ces temps barbares, que l'on réputé cmlisés, la force paraissait donner tous les droits. Les fantassins et les cavaliers en marche pillaient, saccageaient, brûlaient et violaient sur leur passage. Quand cette tourbe féroce approcha de Bruxelles, le comte de Monlerey, gouverneur des provinces belges, craignit tellement d'éprouver quelques violences personnelles qu'il se réfugia dans la ville forte d'Anvers : pour remplir ses fonctions, il laissait derrière lui la comtesse. Le Brabant fut donc traité, comme te reste du territoire, en pays ennemi. Le jour de la Fête-Dieu, pendant qu'on célébrait la messe, un détachement français, commandé par le marquis de Rocheforl, tomba sur le village de Saventhem. Les maraudeurs entrèrent dans les maisons, prirent tout ce qui élaitàleur convenance, semèrent ensuite dans l'église, firent main basse sur les ornements, sur les vases sacrés, qu'ils profanèrent comme des païens, puis maltraitèrent les habitants, violèrent plusieurs femmes et plusieurs filles. Les déprédateurs ne furent pas tentés par le Saint Martin, mais la Sainte Famille leur agréant davantage, ils l'emportèrent.

La comtesse de Monterey députa aussitôt vers Louis XIV Emmanuel de Lira et le baron de Dongelberg, pour se plaindre des excès et des cruautés que ses troupes se croyaient permises en pleine paix, contre une population sans armes et sans défiance. Ils obtinrent un ordre qui enjoignait au marquis de Rochefort de punir les coupables. On ne sait même pas si cet ordre fut exécuté : le marquis étant le premier coupable ne dut pas se montrer fort sévère. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne fît pas restituer le panneau de Van Dyck, par la bonne raison peut-être qu'il formait sa part du butin (1).

(1) Tous ces rails se trouvent racontés dans un volume in-lS, publié en 1674 k Amsterdam et ayant pour titre : De franssche Tyrannie.

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