‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 6 sur 75 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

KAISSANCE ET DÉBUTS DE YAN DVCK.

Antoine van Dyck, le plus idéal des peintres flamands, naquit à Anvers, le 22 mars 1599, de Marie Cuypers, seconde Temme de François van Dyck, son père : il fui baptisé le lendemain dans la cathédrale. La maison oîi il venait de recevoir le jour existe encore : elle se trouve près du Vieux-Marché au Blé, presque en face de l'hôtel de ville, et porte les indications suivantes : S. 1 (section première), n" 739. Une fantaisie patriotique d'Arnold Houbraken a fait jusqu'ici regarder ses parents comme des Hollandais : sans autre preuve qu'une phrase incidente mêlée à une Description de Gouda, il les avait déclarés citoyens de Boisle-Duc (i). Mais on a retrouvé la généalogie du grand peintre. Son aïeul, qui portail le même prénom que lui et cultivait le négoce, mourut à Anvers le 3 mars 1580; sa femme, Cornélie Pniystinck, lui survécut onze ans et termina ses jours au mois de décembre 1591. François vaa Dyck, leur fils, vendit de la soie comme son père, suivant l'habitude de l*époque (2). 11 devint

(l)<Daniel cultiva cet ar( pendant sept ans'MusWestetboud, puisa Bois-le-Duc, chez le père d'Antoine van Dj ck, lequel était un bon peintre sur verre. » Voilà tout le passage: il a une bien faible importance.

(2) Tous ces faits sont relatés sur une inscription funèbre, qu'on voyait autrefois dans la cathédrale d'Anvers. Le genre de négoce auquel était adonnée la famille Van Dyck est mentionné dans les Konstminneiide Wandelingen, de Henri Dominique van den Nieunenhujsen, année 1783, p. il6.

fort riche, et mêlait à la poursuite des biens matériels une piété fervente, car il se laissa embrigader parmi les directeurs de la chapelle du Saiul-Sacremenl, à Anvers. Le 4 octobre 1587, il épousa dans la cathédrale Cornélie Kersboom, dont la vie fut aussi brève qu'une journée de décembre : le i5 juillet 1589, on administrait le baptême à un enfant qu'elle venait de mettre au monde et auquel on donnait le prénom de Jean ; la couche avait été sans doute laborieuse, car le nouveau-né mourut bientôt, et, le 28 du même mois, on enterrait la pauvre mère.

François van Dyck ne porta pas longtemps son deuil : le 6 février 1590, il se remaria, dans la cathédrale, avec Anne- Marie Cuypers (1). Elle supporta mieux que la première femme les pénibles épreuves de la maternité : dès le mois d'octobre, elle donnait à son compagnon une héritière, que l'on baptisait le 18. Elle devait être née la veille, c'est-à-dire huit mois et neuf jours après la noce, compte singulier qui fait réfléchir. Elle reçut le •nom de Catherine : bien que venue au monde à une époque irrégulière, elle ne se flétrit point comme une fleur trop hâtive, car elle épousa, le 2 mai 1610, le sieur Adrien Diercx, notaire de la ville. Onze autres enfants lui succédèrent, dans un espace de seize années ; Antoine van Dyck fut le septième ; Elisabeth termina le défilé, le 2 novembre 1606. Cette abondante progéniture semble avoir épuisé la mère, qui alla se reposer de ses nombreuses gestations dans le tombeau, le 17 avril 1607.

La dévotion du père influa ^r toute la famille, et cinq enfants se vouèrent à l'existence monotone des cloîtres : trois filles, Cornélie, Suzanne, Elisabeth, devinrent béguines dans leur ville natale; Anne, qui avait vu le jour en 1601, entra en 1618 dans

(I) Son nom se trouie orthographié Cupers sur quelques aclea, et CuperU sur sou tombeau, par une méprise du graveur probablement, qui aura changé une lettre de place.

NAISSANCE ET DÉBUTS DE VAN DYCK. i7

le couvent des chanoinesses régulières de Saint-Augustin, à Waesmunster, en Flandre ; huit ans après, elle obtint d'être transférée à Anvers, dans un couvent du même ordre, nommé Façons. Elle y mourut en i 656. Son portrait, peint par son frère, s'y voyait encore en 1780 et n'a peut-être pas disparu du monument (1). Théodore van Dyck, né en 1605, choisit la carrière ecclésiastique dès l'âge de 20 ans, fut ordonné prêtre en 1629, entra dans l'abbaye des Prémontrés de Saint-Michel, à Anvers, où il prit le nom fictif de Waltmann, obtint le rang de chanoine et professa la théologie. C'était un homme d'un caractère paisible, mais plein de zèle pour la religion et le salut des âmes. L'abbaye de Saint-Michel possédait une succursale, une maison des champs, à Minderhout ; il y exerça quelque temps les fonctions de vicaire ou sous-prieur, en devint directeur et la gouverna pendant vingthuit ans. Un asthme y termina ses jours le 25 février 1668, à l'âge de 63 ans (2).

Bien que séparé de ce frère et de ses quatre sœurs par l'isolement de la vie monastique, Antoine leur garda son afTection. Deux planches importantes, que Paul Pontius et Pierre de Jode avaient gravées sous ses yeux, sont dédiées à ses sœurs Anne et Suzanne. Les inscriptions placées au bas préconisent leur mérite

(1) Nous empruntons ces détails à une note des registres du monastère, copiée par l'Anonyme.

(2) Ces faits sont relatés, dans la note qui le concerne, sur les registres mortuaires de l'abbaje de Saint-Uichel : nous la donnons tout entière, parce qu'elle est inédite.

" Anno Domini 1668, die !S* februarii, in domo nostr pastorali de Minderhout diem supremum obiit, astlimate correptus, omnibus Ecclesiee sacramenlis prEemunitus, dileclus contrater nosler in Cbristo reverendus D. P. Waltmann, in sœculo Theodoms van Oydt, sacrée théologie baccalaureus tormatus, eccleaite sancli Hichaelis Antuerpim Ordinis prœmonstralensis canonicus et sacerdos, qui, post alias obedientias, ofScio Cellariî, Lectoris sacrœ ttteologiee, Vicarii in Minderhout, ac prtefati loci Pastoris 28 annis diligentissime functus est. Vir fuit placidus in moribus, nec non lelosus pro EcclesiA et ovibus suis. Glatis 63, professionis 43, sacerdolii 39.

» Pro cujus aniœœ refrigerio prœcum vestrarum suflïagia ex charitate poslulamus. ■ Requiescat in pace. »

el leurs vertus, expriment la tendresse de Van Dyck pour elles (1). Un autre morceau grave par Schelle de Boiswert et représentant la Vierge qui tient appuyé contre son sein l'enfant Jésus endormi et parait avertir Joseph de ne point réveiller, manifeste les mêmes sentiments à l'égard de Théodore (2). L'artiste semble avoir eu pour ces bannis du monde une préférence de cœur : ils furent les seuls enfants de sa mère auxquels il donna des marques publiques d'attachement.

La cinquième sœur de Van Dyck, dont on ignore le nom, ne répudia point tout espoir de bonheur dans cette vie passagère : elle épousa un certain Derick ou De Ryck, habitant d'Anvers. Une sur cinq demeurée dans le siècle ! On voit à quel point le clergé espagnol, auxiliaire de Philippe II, avait asservi les intelligences, comme la domination étrangère asservissait les actions et les volontés.

La mère de Van Dyck semble avoir été une femme de goût : elle s'était rendue presque célèbre par ses travaux à l'aiguille. On admirait beaucoup un tour de cheminée, où elle avait brodé avec de la soie multicolore l'histoire de Suzanne : les contours en étaient très nets et les teintes finement graduées. Des rameaux entrelacés avec art formaient la bordure. On dit qu'elle y travailla d'une manière assidue pendant qu'elle était grosse du peintre. Les nombreuses affaires de François van Dyck l'empê-

(1) La première figure le Sauveur dtscendu de croix} en voici la dédicace : Rdigioste dhx Anna; van Dyck, monatterii Faconlini Pasiionit, hoc Iheatridnim germatix sux ponebat Antonius von Dyck. Gravé par P. Ponlius.

La seconde, œuvre magnifique, représeute tainl Augustin en extase, un des premiers tableaux peints parle grand coloriste après son retour d'Italie ; elle porte cette légende: Honettx ac virtuium laude cotupicux Dhx Suzannx van Dyck, BeginaiH Antv. aiumnx, torori carissiinx D. D. Q. Ant. van Dyck. Gravé par Pierre de Jode.

(2) La dédicace en est ainsi rédigée : Venerando odmodum atque erudito Dno Theod. Waltmanno van Dt/ck S. T. B. eccksix D. Uickaelis ord. Prgetn. Antverpix caitomco Prcsbj/tero, fratri suo germano, dedicahat Ant. van Dyck.

Page 1