NAISSANCE ET DÉBUTS DE VAN DYCK
chant d'instruire lui-même son fils, ou de veiller sur son éducation, Marie Guypers se chargea de ce soin et apprit au jeune Antoine les premiers éléments de l'art qui devait le rendre illustre (i).
Elle le mit ensuite chez Henri van Balen, peintre élégant dont la facture soignée a toujours dû plaire aux femmes. Van Dyck entra dans son atelier en 1609, à l'âge de dix ans, comme l'attestent les Liggeren. On ne sait pas au juste quand il quitta ce premier guide pour aller demander à Hubens de plus mâles et plus fortes leçons, carie grand chef d'école, étant peintre officiel de l'archiduc Albert, n'avait pas besoin de faire inscrire ses élèves sur les registres de la corporation de Saint-Luc. Faute d'indication positive, nous devons nous contenter de présomptions logiques. Elles donnent lieu de croire que l'habile néophyte travailla cinq ans sous la direction de Henri van Balen. Rubens n'apprenait pas à ses disciples les éléments de la peinture ; il ne les acceptait qu'à demi formés, ayant déjà une certaine habileté pratique et pouvant profiter d'un enseignement supérieur. Chez lui, comme chez d'autres, le noviciat définitif ne durait en général que trois années. Van Dyck ayant été reçu franc-maître en 1618, il y a toute apparence que les leçons de Van Balen dirigèrent son esprit et sa main jusqu'en 1615. Des indications fourmes par ses peintures aboutisseal aux mêmes résultats. Van Balen avait conservé entièrement les procédés techniques et la facture du seizième siècle, la couleur une, serrée, lustrée, polie comme de l'émail, les contours précis, l'exécution minutieuse, qui venaient en ligne droite des frères Van Ëyck et remontaient à certains égards jusqu'aux miniaturistes. C'était un peintre coquet, élégant, délicat, un peu efféminé, comme son maître Martin de
(1) Comine de Bie, p. 78.
Vos. Jusqu'à sa mort, survenue en 1632, il représenta dans le dix-septième siècle une époque antérieure, phénomène dont l'arl flamand et hollandais offre de nombreux exemples.
Or, celte méthode archaïque, le grand élève de Rubens la connaissait à fond, ne l'oublia jamais, y revint plusieurs fois, dans des circonstances spéciales. Donc il l'avait pratiquée assez longtemps pour en avoir l'habitude, pour n'en perdre jamais le souvenir et pouvoir l'employer quand il le jugeait à propos.
Van Dyck semble avoir donné des preuves d'un talent extraordinaire, avant même de quitter l'atelier de Henri van Balen. En 1804, un amateur distingué de Paris, Joseph-Antoine Borgnis, vendit une collection formée d'œuvres peu nombreuses, mais généralement précieuses. Or, il s'y trouvait l'image d'un vieillard, peinte sur toile, haute de 22 pouces, large de 18, qui portait celte inscription, un peu effacée, quoique lisible : Anno 1613. A.v. D. f. ^TA.suAE 14 [Van 1613, fait par A. van Dyck, àFâgede 14 ans). On y remarquait des corrections et des changements, qui attestaient l'indécision d'un novice. Mais on y admirait en même temps les qualités supérieures d'un talent précoce. Voici dans quels termes l'auteur du catalogue apprécie la facture. « La force et la vérité du coloris de cette tête, ainsi que la hardiesse de l'exécution, sont si surprenantes qu'elle parait vivante^ et que te sang y circule sous la peau. C'est pourquoi elle peut véritablement être regardée comme un des plus beaux portraits de ce grand homme ; mais l'admiration et l'intérél augmentent beaucoup, en voyant par l'inscription que le peintre a fait ce chef-d'œuvre à l'âge de 14 ans. » Je laisse à l'écart des réflexions inutiles, qui ne prouvent rien. Si ce tableau existe encore, il serait bien important de le retrouver : mais en quels lieux inconnus la toute-puissance du hasard l'a-t-elle poussé ?
Une fois dans l'atelier de Rubens, Antoine montra bientôt de