‹ Van Dyck et ses élèvesChapitre 8 sur 75 · NAISSANCE ET DÉBUTS DE VAN DYGK · texte numérisé non relu

NAISSANCE ET DÉBUTS DE VAN DYGK

quoi il était capable, et son maître ne (arda point à concevoir de lui la plus haute opinion, à fonder sur son talent de grandes espérances. 11 le surveilla d'une façon toute particulière, le logea même chez lui. Une anecdote prouve d'ailleurs son estime pour le puissant néophyte.

Quand Rubens avait terminé sa tâche journalière, on sait qu'il montait à cheval et s'en allait dans la campagne délasser son esprit, chercher de nouvelles inspirations. Ses élèves, proHlantde son absence, tâchaient de voir les compositions qu'il était en train d'exécuter : ils séduisaient, à force d'instances, ou à l'aide d'une cotisation, le vieux domestique Valveken, gardien du sanctuaire. Un jour qu'ils se pressaient autour d'un morceau fraîchement peint, l'un d'eux, le jeune Diepenbeck, fut poussé par les autres sur la toile et en effaça une partie, le bras et le menton d'une Vierge. Un si grave accident consterne la folle troupe : on délibère, on avise aux moyens de réparer le mal. — « Van Dyck est le plus habile d'entre nous, dit Jean van Hoeck : il faut le charger de nous tirer d'affaire. » — Van Dyck employa de son mieux les deux ou trois heures de jour qui restaient, et le lendemain, lorsque Rubens examina son ouvrage, il y fut d'abord trompé : « Voilà, dit-il, un bras et un menton qui ne sont pas ce que j'ai fait hier de plus mal. » Il reconnut ensuite qu'une main étrangère avait louché à son tableau, mais l'anecdote le divertit et il pardonna de grand cœur aux espiègles (1).

(1) De9C8mps affirme que ce tableau était la ranie,use Descente de croix. C'est une erreur par trop grossière. La Descente de croix fut livrée au Serment des arquebusiers eu 1(12. Van Dyck avait alors treîïe ans et n'aurait pu Être de force à tromper Rubens, chez lequel il n'entra que deux ans plus tard. L'auteur n'en continue pas moins, avec une élourderie et un aplomb surprenants : s C'est l'époque où l'on prétend que Rubens, ayant conçu une jalousie extrême contre cet illustre élève, lui conseilla de faire le portrait et d'abandonner l'histoire. » Rubens jaloux d'un gamin de treize ans 1 La belle anecdote ! Il est inutile 'de dire que tous les spéculateurs en littérature l'ont Bdëlement copiée.

Nous avons un témoignage beaucoup plus positif des talents précoces d'Antoine. Rubens n'a pas seulement exercé une influence paternelle et féconde sur l'art de peindre ; il a aussi engendré toute une école de gravure. Jusqu'à lui, nous apprend Mariette, on n'avait point songé à Imiter dans les estampes les effets de la couleur, ni même à bien observer les règles du clairobscur. On travaillait au hasard. Sous la conduite de Rubens seulement, les graveurs commencèrent à reproduire avec leur burin la variété des teintes, le passage graduel, insensible, des ombres aux lumières, l'harmonie des couleurs, le grain, l'aspect des surfaces. Il leur enseigna qu'il fallait employer, suivant les endroits, les tons énergiques, les tons moelleux, les tons sourds, les tons légers ; varier les tailles pour mieux tracer les contours, indiquer la perspective, rendre le modèle. Les explications théoriques même ne lui paraissant pas suffisantes, il prenait la peine de diriger leur travail, il retouchait plusieurs fois leurs cuivres de sa propre main, jusqu'à ce que l'efl'et désiré fût obtenu. Les planches, d'ailleurs, n'étaient point gravées d'après les tableaux, mais d'après des modèles en grisaille ou des dessins très terminés, où on calculait, essayait, préparait les résultats auxquels on voulait parvenir. L'expérience avait appris à Rubens que les tons produits par la dlflërence des couleurs devaient être remplacés par des équivalents, par des effets de clair-obscur, très difficiles à inventer et à combiner. Le jugement et l'œil du maître y sont nécessaires. L'illustre chef d'école aplanissait donc ainsi la route devant ses graveurs. Or, nous savons par Bellori qu'il employait souvent le crayon ou le pinceau d'Antoine pour exécuter les patrons des planches, l'estimant très propre à bien agencer les ombres et les lumières, à préparer le travail deschalcographes (1 ).

(1) Marielle : Préambule du Cataloaue des etuvres de Rubens; Noies sur Walpole.

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