‹ Van DyckChapitre 11 sur 16 · DE LA PÉRIODE FLAMANDE · texte numérisé non relu

DE LA PÉRIODE FLAMANDE

Si le peintre religieux reste incertain, le portraitiste ne cesse de grandir. D’Italie, le maître a rapporté le souci des interprétations synthétiques et des idéalisations élégantes. Ses fonds de paysage et de draperie, les attitudes nobles des personnages, l’art de souligner la vérité physionomique par un vêtement souple et parlant, tout ce qui ajoute à ses portraits la poésie du décor et d’une heureuse mise en page, lui vient des maîtres de Venise ou lui a été inspiré par les usages de l’aristocratie génoise.

Même ses mains, ses divines mains, créées pour l’oisiveté ou la domination, sont d’une humanité altière et voluntueuse, étrangère à sa race.

J’ai dit que la manière proprement anversoise ne fut point celle qu’il s’assimila le mieux. Gela est vrai, s’il s’agit de la verve puissante et de la richesse colorée qui donnent un impérissable éclat aux grandes pages religieuses de l’école. Mais dans l’analyse d’un visage, aucun Anversois ne se montra plus Flamand que lui, — c’est-àdire plus applique et plus concentré, — pas même son grand contemporain Corneille de Vos, ce dernier des gothiques. Van Dyck déclarait volontiers qu’à un moment de sa vie ses portraits étaient peints avec un soin absolu. Soyez assuré que ce fut pendant la période flamande. Ne voulant en rien être inférieur à ses compatriotes, il peignait, lui aussi, de grands tableaux d’église que ses contemporains admiraient fort. En outre, pour ne point donner prise à la moindre censure, il exécutait ses portraits avec tous les scrupules d’un technicien accompli. Ne suffit-il point de citer l’adorable petite Demoiselle (xAnvers) figurée en chasseresse avec les animaux peints par le grand Fyt; le François Snyders avec sa famille (Ermitage) d’une puissance si joyeuse, si intime, si sûre ; le même Snyders et sa femme (musée de Gassel) sévère, sobre, d’une vie intérieure intense, tout à fait digne d’un primitif; le portrait somptueux, spirituel, irioubliabie de Marie-Louise de Tour et Taxis (Liechtenstein); l’ample et décorative figure du baron de Groy

VAN DYGK.

(Munich) ; le beau portrait de l’abbé Scaglia (Anvers); les bustes d’hommes que possède le Louvre, les Donateurs cités plus haut et le Moncade si heureux, si franc « l’un des plus beaux portraits équestres qui existent », dirons-nous avec Waagen. Combien de chefs-d’œuvre encore seraient à mentionner! Van Dyck peignit à cette époque les personnages les plus illustres : l’archiduchesse Isabelle, la reine mère de France Marie de Médicis et son fils Gaston, duc d’Orléans; Gustave-Adolphe de Suède; Albert de Wallenstein ; F. d’Autriche; Jean de Nassau; le prince Thomas, duc d’Arenberg ; Antoine Triest, évêque de Gand ; l’abbé Scaglia; le conseiller Jean de Monfort; trois bourgmestres d’Anvers : Van der Borglit, Van Leers et De la Faille, puis encore Elisabeth d’Asscbe, les familles de Groy, de Taxis, Mme de Noie, et presque tous les peintres contemporains : P. Snayers, Palamedesz, de Wael, Snyders, Wilden, Symons, Ryckaert, Grayer, Bruegbel, — galerie unique d’archétypes humains, aujourd’hui dispersée et dont chaque fragment enrichit les grands musées ainsi qu’un trésor.

En toutes ces images, la facture seconde étroitement Fintention psychologique. La couleur est grasse sans être épaisse, la brosse est appliquée mais extrêmement légère, les contours ne sont plus arrêtés par une cernure artificielle, mais librement marqués par la rencontre des ombres et des lumières. L’effet du clair-obscur est d’une étonnante sûreté. Dans VAL de La Faille (musée de Bruxelles), qui est peut-être Fune des œuvres les plus

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