L’ART DE VAN GOGH EN HOLLANDE
La Hollande a produit au xvip siècle une école de peinture profondément nationale, qui a donné une image fidèle des hommes, des animaux, des campagnes avec leurs prairies, leurs canaux, des fleuves et de la mer avec les grands ciels nuageux qui les surplombent. Cette école a trouvé pour s’exprimer des formes et des procédés qui ont pu être appliqués en commun, par tous ceux qui lui ont appartenu, et qui cependant étaient assez flexibles pour permettre à chacun en particulier de dégager son originalité et de montrer des traits personnels. Le génie a pu alors s’élever aux plus hauts sommets avec Rembrandt et Frans Hais, le talent a pu se manifester en de nom-
breux maîtres et même la médiocrité, au bas de l’échelle, a pu rester intéressante par son souci de vérité.
Les traits dominants de l’art hollandais, à l’époque de sa grandeur, venant du caractère national lui-même, se sont retrouvés dans les manifestations d’art qui ont pu survenir depuis. En effet, on a vu apparaître en Hollande au xixe siècle un groupe de peintres formant ce qu’à la rigueur on peut appeler une école. Ils n’ont montré ni la puissance ni l’originalité de leurs ancêtres du xvir siècle, les temps et les circonstances ne le permettaient pas, mais ils ont cependant laissé voir, en commun avec eux, de ces traits qui, venant du caractère national, persistaient à se manifester. Van Gogh à trouvé ce groupe de peintres en pleine floraison au moment où il s’est ouvert sa voie. Avec son activité d’esprit, sa soif de recherches, il a tout de suite pris comme objet de son observation et les maîtres du xvir siècle et les peintres ses contemporains.
Il a particulièrement étudié l’œuvre de Rembrandt et celle de Frans Hais. Personne n’a mieux que lui parlé de Rembrandt. La façon
dont il se reprend à l’expliquer, dans sa correspondance, montre de sa part une attention soutenue. Il a voulu le pénétrer en homme du métier. Il subsiste une copie qu’il a faite d’un ange, pris à un tableau de lui. Il a aussi regardé de près les peintres de ses entours, en particulier Israëls, et a travaillé dans l’atelier de Mauve.
Il ne pouvait manquer, au contact des maîtres qui lui montraient la voie, de donner, à leur exemple, une œuvre de caractère vraiment national. On peut dire de son œuvre première, quelle sent le terroir, qu’elle est essentiellement hollandaise. Il a donc, au début de sa carrière, de commun avec les peintres de son pays, son caractère national. Mais ce caractère, qui leur donne à tous un air de famille, surtout par rapport aux peintres des autres nations, n’ayant pas empêché la manifestation chez les prédécesseurs de Van Gogh de sentiments personnels et de formes individuelles, ne devait non plus le faire pour lui. Selon la pratique des artistes de sa nation, il s’est avant tout appliqué à rendre avec sincérité, les hommes et les choses existant autour de lui. Mais
comme çe qu’il cherchait à voir et à rendre était cette partie du monde visible vers laquelle ses sentiments personnels le portaient de préférence, il a pu produire une œuvre à part, distincte de celle des autres.
Il a commencé à éprouver le besoin de donner existence par l’art à ce qu’il voyait, dans le Borinage, dans ce qu’on appelle le pays noir. Il est alors au milieu des mineurs, de gens qui peinent et même qui souffrent, attaqués par une épidémie. En conséquence, ses premières œuvres présentent des travailleurs, reproduits avec leur aspect de fatigue et de misère. Il n’est jamais sorti en Hollande du milieu populaire où il s’était d’abord placé dans le Borinage. Ce sont uniquement des gens du peuple qu’il s’est plu à représenter. Le pittoresque qu’ils lui ont offert lui a suffi. On ne découvre dans son œuvre aucun personnage appartenant aux classes supérieures. Tout au plus lève-t-il les yeux sur les petits bourgeois. Mais alors il peint les gens du peuple avec une réelle saveur. Il les serre de près. Il les rend avec les formes de corps, les gestes, les mouvements que leur font prendre leurs métiers et leurs travaux.