CHAPITRE II
La physiologie s'accorde avec lanatomie pour nous montrer dans l’encéphale bien plutôt une réunion d’organes divers qu'un organe simple et homogène ; et il peut sembler assez arbitraire de confondre dans une même formule de variation des parties aussi différentes que le sont, au point de vue morphologique aussi bien qu’au point de vue fonctionnel, le bulbe et le cervelet, par exemple. Il y a donc lieu d'analyser cet ensemble complexe qu’on appelle lencéphale, et d’essayer de déterminer la part qui revient à chacune des parties intégrantes dans la variation du tout.i
Reconnaissons, tout de suite, qu’une telle analyse ne saurait être faite, par la méthode des pesées, que d’une façon exirêmement grossière : toute prétention à la précision de détail serait ici, absolument illusoire,
Nous nous sommes donc contentés de diviser en trois segments les 42 encéphales que nous avions recueillis à cet effet. Commé nous avions eu la précaution de les durcir dans une solution de formol à 2 0/0, nous avons pu
faire des incisions rigoureusement repérées, ce qui est
er]
Loi difficile sur les pièces fraîches à cause de leur mollesse et de leur friabilité.
Une première coupe sagittale divisait l’encéphale en deux ; et-en partant de la surface de section ainsi obtenue, on séparait l'hémisphère et le cervelet en des points bien déterminés. Le reste de l’encéphale que nous nommerons sthme pour abréger, comprenait les tubercules quadrijumeaux, les pédoncules cérébraux, la protubérance et le bulbe jusqu’à la naissance de la première paire cervicale (c’est là une: limite tout artificielle, mais qui a l'avantage d’être anatomique. M. Richet conservait environ 1 centimètre de moelle).
Ces divers segments ayant séjourné dans la solution de formol pendant un temps suffisamment long pour que Pimbibition pût être considérée comme un'forme, ont été pesés et ont ainsi fourni une série de chiffres comparables.
Voici nos résultats résumés en un tableau : dans les colonnes intitulées ; Aémisphère, cervelet, isthme, nous donnons le quotient de la moyenne du poids de ces orqganes (exprimé en grammes) dans le groupe par la racine quatrième du poids moyen du corps (exprimé en kilogrammes) dans ce même groupe.
Nombre de Poids moyen Hémisphère Cervelet . Isthme
sujets des corps 6 4.22 Co 2292 1 96 G 7.02 DS 2.40 2.01 G 10.01 290 2:00 Dsl D 13.00 2e 2.58 2.05 &) 17.05 ea 2.63 2.19 ORAN 2ATOS 2088 2.65 2.21 8 36.07 RAR 2.56 DSTO
SSRORN I"
Ainsi, sauf quelques légers écarts accidentels, la loi de proportionnalité trouvée pour l’encéphale entier, s’applique également bien aux hémisphères et au cervelet. Il n’en va pas tout à fait de même pour l’isthme. Ici, nous observons une progression faible, mais manifeste, du rapport à la racine quatrième du poids du corps. En d’autres termes, cet ensemble de parties croîtun peu trop rapidement pour la loi. Cela tient, nous paraît-il, à ce que dans cet ensemble, il intervient pour une proportion notable des parties presque exclusivement conductrices, les pédoncules, qui eux doivent pour des raisons géométriques varier suivant une puissance plus élevée.
Dans un instant, en nous occupant de la moelle, nous allons avoir à revenir sur les considérations qui permettent d'attribuer à la longueur relative des éléments conducteurs une large part dans les variations pondérales des organes où ils prédominent ; aussi n’y insisteronsnous pas actuellement.
D'ailleurs il entre dans le segment que nous appelons isthme une portion proprement médullaire qui, comme nous le verrons, doit produire des perturbations précisèment de l’ordre de celles que nous observons. IL est probable que les écarts que nous avons constatés eussent été sensiblement plus faibles, tout en restant systématiques, si nous avions sectionné le bulbe au niveau du bec du calamus scr'ptorrus.
Toutefois, en mettant de côté cette divergence légère et facile à expliquer, on voit que les diverses parties de lencéphale varient suivant une seule et même loi.
On peut remarquer de plus que les conclusions que
Le .
nous avions fondées, au chapitre précédent, sur la série de M. Richet se trouvent être vérifiées et confirmées par cette série personnelle. (Seule, la constance des rapports est significative, car la grandeur absolue des chiffres dépend de la façon dont le calcul est posé).
La pesée et la mensuration des diverses parties conslitutives de l’encéphale nous a révélé un autre fait qui, au début de ces recherches, nous avait même exclusivement frappés : c’est que, ces diverses parties ne représentent pas une fraction invariable de l’encéphale d’un sujet à un autre ; notamment les hémisphères ne sont pas au reste de l’encéphale dans une proportion constante.
Cela est vrai quand la comparaison ne porte que sur quelques cas isolés ; ces différences sont, pour la majeure part, réelles ; mais tiennent peut-être aussi, dans une certaine limite, à ce que, l’emplacement des coupes ne saurait être, quoiqu’on fasse, absolument identique. Toujours est-il que ce sont !à des différences purement individuelles.qui, on apu s’en convaincre, disparaissent en s’annullant les unes par les autres dans une série suffisamment nombreuse ; si bien que le phénomène général — vérita-
ble objet de science, — reste seul manifeste.