CHAPITRE. VI
Considérons deux cerveaux semblables, c’est-à-diré ne
différant que par leurs volumes; en les assimilant à des polyèdres semblables, on peut se rendre compte, par des considérations géométriques élémentaires, que la surface n’est pas à la masse dans un rapport identique pour chacun
d'eux (1). On sait, en effet, que, dans deux solides sem-
blables, les masses sorit entre elles comme les cubes des
dimensions homologues, tandis que les surfaces sont,
entre elles, comme les carrés de ces mêmes dimensions :
ce qui revient à dire que la surface est en raison inverse de la masse. Il résulte de ce fait une conséquence importante au point de vue anatomique : c'est que la proportion
de substance corticale doit diminuer en même temps que
le volume du cerveau augmente à moins que l'écorce ne.
in
1. Cf. Baillarger (Zoc. cit.) et G. Jelgersma ir Morphol. Jahrbuch. Bd. 15, 1889 el ir Neurolog. Centralbl, 1890.
2, Cette constance (topographique) de l'épaisseur de l'écorce dans
“une espèce donnée, et, d’une façon générale, le peu de variation que ê
subit cette épaisseur, mère dans des groupes zoologiques assez étendus, semblent tenir à deux causes : 1° à des raisons d'ordre, pour
‘épaississe corrélativement, ce qui n’est pas (2). Et réci-
11597 proquement, la proportion de substance blanche doit augmenter dans les mêmes conditions, à moins que le développement des noyaux gris centraux ne compense cette inégalité : ce qui n’est pas, non plus. Evidemment cette augmentation de la quantité relative de substance blanche est due à l’allongement des fibres myélinisées. Or, autant qu’on en peut juger, le degré de longueur des parties conductrices n’a pas de relation avec la puissance
fonctionnelle de l'organe qui paraît dépendre, cœterts
paribus ; 1° du nombre des neurones ; 2° de la complexité
de leurs connexions. Pourtant cette longueur des conducteurs influe sur le poids de organe. L'unité de poids n’a donc pas même valeur physiologique pour des cerveaux de différentes grandeurs.
On ne saurait, toutefois calculer, a priori un facteur de correction, car on n’a jamais affaire à deux cerveaux exactement semblables, même en se plaçant uniquement au, point de vue géométrique. C’est ainsi que dans un ordre ou une famille donnée où les petites espèces ont le cerveau lisse, les grandesontle cerveau circonvolué. Par
exemplé, (1) les rongeurs ont habituellement le cerveau
lisse ; le plus grand d’entre eux, le cabiai, l’a plissé. Les
ruminants ont le cerveau plissé ; le plus petit d’entre eux,
le chevrotain de Java, l’a lisse. Les primates ont le cer-
ainsi dire, architectonique (Bevan-Lewis. On the comparative struc-
ture of the cortex cerebri. Prain, 1878, T. I, p. 79) ; 2° à des con-
ditions de nutrition liée à l'irrigation sanguine (Henle et Flower, d’après Dubois, Zoc. cit. ).
1. Topinard. Le cerveau des mammifères Rev. Scientif. 31 octobre, 1891.
RAR veau très plissé ; un seul, le ouistiti, la lisse. Dans ce cas, encore, on reconnaît l'influence de la taille. (1). Ce plissement de l'écorce cérébrale permet un ajustement réciproque plus économique de la substance grise et de la substance blanche et réduit, dans une certaine mesure, l’écart que nous avions signalé.
Dans quelle mesure ? C’estce que permet de ete le dosage de la myéline. M. Lapicque a effectué ce dosage
pour quatre espèces de mammifères : le chien, le mouton,
le bœuf et l’homme. Grâce au durcissement préalable des
-encéphales dans une solution de formol à 2 0/0, les hé-
misphères étaientséparés par une section exactement re-
érée : c’est uniquement sur eux qu'ont porté les analy- P ) Œ Œ P y
ses.
Un point pratiquement délicat, c’estla détermination du poids sec qui servira de base à l’analyse ; la dessiccation dans le vide est très longue ; d'autre part, la chaleur altère les principes à doser. Sur la matière desséchée à basse température, on peut, après un épuisement par l’éther, obtenir par l’acool chaud un extrait encore important ; l'action d’une température un peu supérieure à 100° fait
progressivement augmenter la proportion des substances
solubles dans l’éther, aux dépens de l'éxirai alcoolique à
provenir du résidu de l’épuisement. ; En desséchant entre 70et 80°, on a une altération de la
matière, révélée par un brunissement assez accentué ; mais
1. Il ya pourtant des exceptions difficiles à interpréter. D’après Th, Chudzinski, un très petit lémurien, le loris grêle, n’a pas le cerveau lisse comme les autres singes de même taille. (Cité par Manouvyrier).
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