RÉCOLTE DES FEUILLES ET TRAITEMENT PRÉLIMINAIRE
Les feuilles ont été récoltées autant que possible après une belle journée entre 4 et 5 heures du soir, en un nombre correspondant à environ 100 grammes de substance fraiche.
Aussitôt après leur récolte, les feuilles étaient pesées, coupées aux ciseaux en très petits fragments et immergées dans un liquide bouillant dont la composition était la suivante :
Alcool à 90° 1000 cm* Carbonate de chaux ? 8T:
Ce traitement a pour but de fixer la composition des feuilies et d'empêcher ainsi les modifications d'ordre chimique qui pourraient se produire dans la constitution des différents hydrates de carbone, soit sous l'influence des différences de température soit sous linfluence des diastases. L'alcool bouillant détruit ces dernières el empêche les modifications de se produire. Le carbonate de chaux est ajouté afin de neutraliser les acides existant normalement dans les feuilles, ces acides pouvant à la température de l'ébullition modifier une partie des composés sucrés.
Après ce traitement, les fragments de feuille sont séparés de leur bain alcoolique, séchés avec les précautions habituelles, puis réduits en poudre. Le liquide alcoolique est conservé et ajouté ultérieurement à l'alcool d'épuisement de la poudre de feuilles.
Un nombre égal de feuilles étaient cueillies en même temps que le lot précédent, pesées, et mises à sécher. Ces dernières feuilles nous permettront de déterminer le poids sec des mèmes organes qui ont été immergés dans l'alcool bouillant et qui ne peut être déterminé directement. Connaissant en effet le poids frais des deux lots de feuilles et le poids sec d’un second lot, on a les données suflisantes pour déterminer le poids sec des feuilles du premier lot.
Epuisement des organes. — La poudre obtenue est d’abord épuisée à l’éther anhydre. Ce traitement à pour but d'éliminer les matières grasses qui pourraient gêner dans les traitements ultérieurs eten particulier entraver l'épuisement par l’eau froide. L'éther avant servi à l'épuisement est distillé dans le vide et le résidu obtenu pouvantrenfermer quelques glucosides, est conservé pour être ajouté au liquide tenant en dissolution les glucosides solubles dans l'alcool. La poudre séchée à l'air libre est prête pour l'extraction des principes hydrocarbonés mentionnés plus haut.
Méthode de séparation des divers composés hydrocarbonés, — 1° L’épuisement par l'alcool à 95°, bouillant, enlève tous les sucres et la plus grande partie des glucosides, le terme glucoside étant pris dans son acception la plus large, c'est-à-dire, d'après R. Combes « les principes immédiats qui, par dédoublement sous l’action d’un acide, de l'eau à 200° ou encore d’une diastase spéciale, fournissent une matière sucrée à côté d’autres substances apparte-
nant le plus souvent à la série aromatique (1). » Nous verrons plus loin comment on elfectue la séparation des différents sucres contenus dans la liqueur alcoolique.
2° Le résidu provenant du traitement à l'alcool est repris par de l'eau froide fluorurée (solution de fluorure de sodium à 1 °/,). Dans ces conditions tous les hydrates de carbone solubles dans l’eau et insolubles dans l'alcool passent en solution. |
3° Le résidu obtenu ne renferme plus, à côté de quelques traces de glucosides et des mucilages, que des hydrocarbonés insolubles. Ce résidu est mis en suspension dans une certaine quantité d’eau, porté à l’autoclave à 110° pendant une heure, refroidi à 60° et additionné d'extrait de malt. Le tout est placé à l'étuve à 60° pendant vingt-quatre heures. Par filtration on obtient un liquide plus ou moins coloré contenant, à l’état de maltose, l’amidon renfermé dans les feuilles.
4 La matière solide restant sur le filtre est reprise par l’eau sous pression jusqu'à l'obtention d’un liquide clair et non réducteur après hydrolyse.
La poudre de feuilles est alors prête pour l'extraction des celluloses.
o° Le traitement adopté pour l'extraction des celluloses est celui de l’hydrolyse par des acides dont la concentration s'élève graduellement. Les liqueurs obtenues sont dosées séparément et correspondent à des celluloses de plus en plus condensées.
Il ressort donc du résumé succinct de ma technique, que tous les hydrates de carbone sont dosés à l’état de sucres réducteurs. Ces derniers sont considérés comme du glucose et dosés comme tel quoiqu’en réalité nous ayons affaire à des sucres bien différents, hexoses ou pentoses suivant les cas, comme le montre l'examen rapide des osazones obtenues. J'ai fait cependant exception pour le liquide de saccharification, qui, déféqué, doit renférmer surtout du maltose ; le résultat du dosage, dans ce cas seulement, est exprimé en mallose, dont le pouvoir réducteur est très différent de celui du dextrose.
Le dosage des sucres est effectué suivant la méthode de G. Ber-
(4) R. Conses, Loc. cit,, 289.
40 E. MICHEL-DURAND trand (4) dont voiei le principe : volumes égaux (20 cm) d'une liqueur sodique (soude + tartrate double de K et Na), d'une liaueur cuivrique (sulfate de cuivre) et de la liqueur à doser, sont mélangés et chaulfés à l'ébullition pendant 3 minutes. Il v a réduction ; loxydule de cuivre obtenu est repris par une liqueur acide de sulfate ferrique qui se trouve ainsi partiellement réduite à l'état de sulfate ferreux ; le sulfate ferreux formé est dosé par la méthode ordinaire, au permanganate titré. De la quantité de permanganate employée on déduit la quantité de sulfate ferrique réduite, par suite la masse d'oxydule de cuivre formée et de là la quantité de sucre correspondante contenue dans 20 em de la liqueur à doser. Dans la pratique il existe des tables de G. Bertrand, donnant pour la quantité de cuivre obtenue la teneur correspondante en sucre.
Cette méthode entourée des précautions ordinaires, durée d'ébullition rigoureusement constante avec la même flamme, durée sensiblement égale de chaque dosage, etc., donne d'excellents résultats.
Remarque.— Dans son mémoire sur les rapports entre les sucres et l'anthocyane, R. Combes fait l'importante remarque suivante (2) : « Les divisions que l'on à l’habitude d'admettre dans le groupe des substances hydrocarbonées et surtout dans celui des hydrates de carbone facilement saccharifiables, sont très conventionnelles et ne reposent que bien rarement sur des distinctions d’ordre chimique ; de même la nature des sucres mis en liberté dans l'hydrolyse de chacun de ces corps, glucosides, gommes, mucilages, amidon, celluloses facilement hydrolysables, ne permet pas de les classer » et plus loin le même auteur ajoute : « si nous neconnaissons pas exactement chacune des espèces chimiques hydrocarbonées, à plus forte raison ne possédons-nous pas de méthode générale permettant de les isoler et de les doser dans les mélanges complexes qui les renferment; c'est ainsi que les procédés de dosage varient avec chaque auteur et avec le but poursuivi. Les résultats, obtenus pour les diverses recherches, ne peuvent donc être comparés qu'autant que l'on connaît d’une manière exacte les méthodes de séparation et de dosage employées dans chaque cas. »
(4) G. Berrranp. Le dosage des sucres rédacteurs. Bull. Soc. Chim., (3) XXXV, p. 1287, 1906.
(2) R. Couses. Rapports entre les composés hydrocarbonés et la tormation de l'anthocyane. Annales des Sciences naturelles, Botanique, 9° série, p. 2889.
LES HYDRATES DE CARBONE DANS LES FEUILLES Al
D'où nécessité absolue de donner intégralement et rigoureusement toute la suite des opérations effectuées et de décrire la technique dans ses moindres détails.