J. COMPARAISON ENTRE LES FEUILLES DE HARICOT ET DE POIS
Il ressort de l'étude qui vient d’être faite sur les feuilles de Pos et de /uricol, que ces plantes paraissent emmagasiner dans leurs feuilles, entre l’époque de la floraison et du développement des graines, une quantité assez considérable de sucres simples et complexes. Ces réserves ne sont d'ailleurs que transitoires ; au moment du développement des graines, elles passent dans ces organes si bien que, dès ce moment, les feuilles vont s'appauvrissant de plus en plus en principes hydrocarbonés par accélération intensive de la migration, par régression de la synthèse chlorophvyllienne et cela jusqu'à leur complet dépérissement. Les feuilles jaunes sont toujours moins riches en sucres solubles que les feuilles vertes de la même espèce; le même fait se produit pour l'azote comme l’a établi Molliard (1) sur les feuilles de Pois. La teneur en eau est minima dans les feuilles vertes à l'époque qui précède immédiatemefñt la maturité des graines ; elle augmente ensuite jusqu’à la fin de la végétation. À ce moment, les feuilles de Pois, comme celles de #/aricot, contiennent encore d'assez fortes proportions de sucres solubles et insolubles et paraissent même plus riches en celluloses de réserve.
Il y a done similitude complète dans l’évolution des feuilles des deux plantes annuelles considérées, la seule différence résidant dans ce fait purement anatomique, que tandis que les folioles de Æaricot arrivés à leur terme final, se détachent de la plante et tombent après le jaunissement, les feuilles de Pois ne formant pas de méristème séparateur, restent adhérentes au végétal et se dessèchent sur la plante même.
L'absence de toute assise séparatrice dans le pétiole permet la migration plus complète des principes hydrocarbonés vers la graine
(1) Mozzrarp, Loc. cit., p. 285
etil doit se produire sur la fin de la végétation du Pois un phénomène analogue à ce qui se passe dans le Zlé, mis en javelle, fait signalé par Pierre en ce qui concerne les réserves azotées.
2. COMPARAISON ENTRE LES FEUILLES DES PLANTES ANNUELLES ET DES PLANTES VIVACES A FEUILLES CADUQUES
Les feuilles appartenant soit à des plantes annuelles, soit à des végétaux vivaces à feuilles caduques, offrent, quant aux principes hydrocarbonés, des variations de même nature ; après avoir passé par un maximum les sucres simples et complexes diminuent progressivement jusqu'à la fin de la végétation. Mais l'époque du maximum et sa nature varient suivant l'espèce de plante considérée, et par suite il y a lieu de distinguer les trois maxima correspondant :
1° aux sucres réducteurs et solubles 2° aux sucres insolubles
3° à la totalité des sucres.
1° Chez les plantes vivaces à feuilles caduques, le maximum en sucres solubles est corrélatif du jaunissement automnal ; la disparition de la chlorophylle s'accompagne chez ces végétaux d’une digestion très nette des polysaccharides complexes et d'une accumulation de sucres à petite molécule, dans le parenchyme foliaire.
Les feuilles des plantes annuelles ne présentent pas ce caractère. Le maximum de leur richesse en sucres solubles et insolubles a lieu simultanément à l’époque qui précède immédiatement la maturation des graines, celles-ci étant à peine indiquées, et dès ce moment les sucres solubles et les formes de réserve (exception faite des celluloses) diminuent régulièrement jusqu'à la fin de la végétation ; il s'ensuit que les feuilles jaunes sont moins riches en sucres solubles que ies feuilles vertes correspondantes. à
Ces résultats ne sont pas limités aux principes hydrocarbonés et les mêmes conclusions relatives aux feuilles jaunes peuvent être appliquées aux substances azotées, comme il résulte des analyses de Molliard (1) portant sur les feuilles de #aqus silvatica et de Pisum sativum.
On peut done généraliser et conclure que les substances orga-
(1) Moccrarp. Loc. cit., p. 287,
niques solubles des feuilles évoluent différemment sur la fin de la végétalion, suivant que l'on considère ces organes chez les plantes annuelles ou chez les plantes vivaces à feuilles caduques. Tandis que chez les premières les principes organiques solubles disparaissent progressivement jusqu'à la fin de la végétation, ces mêmes substances s'accumulent au contraire dans les feuilles des plantes vivaces, si bien que leurs feuilles jaunes sont plus riches en composés organiques à petite molécule que leurs feuilles vertes.