‹ Variations de la personnalitéChapitre 21 sur 26 · II · texte numérisé non relu

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^ Ch. Richet, Essai de psychologie générale. Paris, 1887.

sation présente ou reflfort présent, c'est encore les souvenirs des efforts antérieurs ou des sensations antérieures. Si la connaissance de l'état actuel est précise , si la connaissance des états antérieurs est précise, alors la conscience sera complète et en pleine possession d'elle-même.

Il y a donc des consciences très parfaites et des consciences très imparfaites, et ces degrés de la conscience seront liés bien plus à la puissance de la mémoire qu'à l'intensité de la sensation présente.

La comparaison des états de conscience antérieurs avec les états actuels est le lien qui réunit la vie psychique ancienne avec la vie psychique présente. C'est le fondement de la personnalité. Une conscience qui se compare à l'ancienne personne est une vraie personne; elle juge d'elle-même dans le temps, et peut ainsi, avec une grande force, affirmer son existence.

liverses variations de la personnalité sont bien les faits sur lesquels est basée- leur analyse en étudiés et, grâce aux procédés de contrôle es, il n'est pas permis de les mettre en doute, mple constatation est déjà très intéressante, est important de savoir comment elles peutre interprétées. Cette interprétation est diflfille varie suivant les difTérents auteurs et, du ;lle n'a jamais été tentée que pour un cas par- . Nous verrons s'il est possible d'esquisser une itation générale qui puisse englober tous les puis la simple alternance jusqu'à l'aliénation complète de la personnalité.

M. Azam, qui, un des premiers, a étudié les changements de personnalité, a cherché à expliquer le cas de Félida.

Nous avons rappelé ci-dessus que Félida présente le phénomène singulier d'une existence comptant deux modes, deux conditions, que sépare l'absence du souvenir. La succession des phénomènes peut être ainsi résumée :

Etat normal, — perte de connaissance, — retour à la connaissance et en même temps entrée dans un mode d'existence complet, parfait, qui ne diffère de la vie ordinaire que par des allures différentes et un caractère plus léger. — Deuxième perte de connaissance qui paraît semblable à la précédente, — rentrée dans l'état normal.

La période de transition, semblable à une attaque depilepsie, peut avoir lieu pendant le sommeil ou pendant la veille.

Le fait saillant qui différencie l'état normal de l'autre état , c'est que Félida ignore absolument

fout ce qui s'est passé pendant la condition seconde d'où elle sort , quelle qu'ait été sa durée, tandis qu'étant dans cette condition seconde elle sait parfaitement ce qui s'est passé pendant la condition prime, ayant ainsi à ces moments la notion complète de son existence.

Ce phénomène d'amnésie, M. Azam l'explique en disant que pendant le court instant de transition qui précède, la mémoire auparavant complète et parfaite a vu disparaître un de ses éléments, la reproduction des idées. C'est pendant ce court instant que s'est déchiré le feuillet du livre. En un un mot, si Félida ne se souvient pas, ce n'est pas parce qu'au moment où elle a oublié elle est dans un état morbide, c'est parce qu'à ce moment elle n'a plus la faculté de reproduction des idées, ayant perdu cette faculté dans la courte période de transition.

M. Azam avait d'abord pensé que Félida avait perdu le souvenir parce que, dans la période précédente, les idées n'avaient pas fait une impression suffisante sur son cerveau. Ainsi que l'ont fait remarquer MM. Egger et Lereboullet, cet oubli n'est qu'un état latent, une éclipse momentanée de la mémoire, car pendant tout ce temps les impressions ont été non seulement perçues, mais conservées, emmagasinées. La preuve en est déjà dans ce fait signalé et frappant que, pendant la

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condition seconde qui suit, la mémoire revenue, ces impressions reviennent.

M. Azam avait aussi comparé l'état de condition seconde de sa malade à celui d'une somnambule qui avait en plus que les autres somnambules, le sens de la vue à son service; il appelait cet état le somnambulisme total. Depuis lors, il a modifié son opinion, et d'après les idées de MM. Victor Egger et Luys, il s'est montré disposé à admettre, pour expliquer l'amnésie, l'hypothèse d'une lésion intermittente de la circulation dans les parties du cerveau où siègent les fonctions intellectuelles, sinon la mémoire seule. Ce trouble de circulation serait plutôt une anémie qu'une hyperémie et une anémie par contraction des tuniques vasculaires. L'hyperémie est, en effet, plutôt l'origine d'une exaltation de fonction tandis qu'à l'anémie répond une dépression. Or, l'amnésie appartient à l'ordre des dépressions intellectuelles, elle est comme le sommeil de la mémoire, et le sommeil s'accompagne d'anémie cérébrale. Telle est du moins l'explication de M. Azam.

Donc l'amnésie résulte du fonctionnement alternatif, soit des deux hémisphères simultanément, soit de l'un seulement des deux hémisphères du cerveau, la mémoire siégeant dans l'un des deux et, comme la perte de la parole, faculté dont le siège réside dans

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rhémisphère gauche, n'accompagne pas la perte de la mémoire, il s'en suivrait que la mémoire résiderait dans l'hémisphère droit.

M. Dufay trouve étrange qu'on soit obligé d'admettre que l'état de santé est celui dans lequel les fonctions s'exercent incomplètement, tandis que la maladie, élève les facultés au degré supérieur, ce qui nous conduirait à modifier grandement les définitions classiques des mots santé et maladie. M. Azam fait remarquer que l'état complet, parfait de la personne peut être celui où se manifeste l'absence des souvenirs. Celui qui s'éveille d'un songe peut Tavoir oublié; le convalescent de fièvre typhoïde, qui a déliré pendant de nombreux jours et qui n'a conservé aucun souvenir de ce qu'il a fait pendant son délire, n'en est pas moins dans un état de santé intellectuelle. C'est la faute du songe et du délire si, en leur échappant, on ne se souvient pas de ce qui s'est passé dans leur durée ; c'est la faute de sa condition seconde, si Félida ne garde aucun souvenir de ce qui s'est passé pendant qu'elle était sous son empire. S'il en est ainsi, c'est que les faits accomplis pendant ce temps n'ont laissé dans le cerveau qu'une trace nulle ou insuffisante. Cette distinction amène M. Azam à rappeler que le souvenir comporte deux actes : conserver les impressions et les reproduire. Pour certains cas.

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la reproduction est détruite et la conservation persiste. Les deux éléments du souvenir, conservation et reprodwtionj sont si bien séj)arés, si indépendants Tun de Tautre que chacun de nous, bien qu'ayant le cerveau rempli d'images et d'impressions, n'en peut évoquer à sa volonté qu'une quantité bien petite. Viennent une odeur, un air de musique, un paysage, et le souvenir rebelle à l'appel surgira comme de luimême. Emmagasiné dans la profondeur des tiroirs, il en sortira seul, au moment où nous nous en soucions le moins. On ne saurait donc penser que la vie normale de Félida est incomplète ou sa santé imparfaite parce qu'il y a absence du souvenir. A qui viendra-t-il la pensée que l'ivrogne qui s'éveille est incomplet ou malade, parce qu'il a oublié tout ce qu'il a fait pendant son ivresse? On accusera avec raison le vin qu'il a bu de cette insuffisance. De même chez Félida, M. Azam accuse la période de transition qui la fait rentrer dans l'état normal, de détruire la reproduction du souvenir.

M. Ribot cherche l'explication des faits d'amnésie dans la constitution de deux mémoires; il suppose qu'à côté de la mémoire normale, anciennement organisée dans le cerveau du sujet, il se forme pendant les accès de condition seconde une mémoire partielle, temporaire, parasite.

nous contenterons de faire remarquer que uve chez notre seconde malade deux condialogues à celles de Félida : une condition preins laquelle elle n'a souvenir que d'une partie :xistence, et une condition seconde pendant

sa mémoire est absolument complète; or, idition seconde est ia condition de somnam-

pendant lequel elle est susceptible de toutes gestions, mais où elle paraît éveillée, puis- 1 les yeux ouverts; l'analogie avec Félida est ppante et on peut se demander si la condi- X)nde de cette dernière, n'est autre qu'un ibulisme spontané.

impossible, après l'étude que nous avons faite : principal sujet, de conclure au dualisme des ntellectuelles et d'expliquer cette alternance de la personnalité par le dédoublement des ns cérébrales. Tout au plus, peut-on dire Bail qui défend le principe de l'indépendance, faut pas méconaître le droit de la coordina-

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« Les diverses régions de l'encéphale peuvent fonctionner isolément, mais elles sont créées pour s'entendre. L'harmonie est la loi qui gouverne tous les mouvements. Si, dans Tétat pathologique, on voit se produire des divergences, des révoltes et des actes d'insubordination, il n'en est pas moins vrai qu'à l'état normal, les diverses régions des centres nerveux doivent nécessairement se prêter la main pour accomplir la tâche commune; et pour que la raison conserve son empire, il faut que les chevaux qui traînent son char marchent toujours d'un pas égal. »

Le docteur Gabriel Descourtis s'est occupé d'une façon toute spéciale de la question de la dualité cérébrale. 11 cite un exemple heureux pour démontrer le dédoublement des actions cérébrales : « C'est dans cet ordre de faits qu'il faut admirer la flexibilité de l'instrument cérébral, qui se prête à l'exécution d'un mécanisme semblable à celui du piano, par exemple, pour lequel la main droite exécute avec des traits brillants des phrases sentimentales, tandisque la main gauche l'accompagne dans son évolution, la soutient de son rythme, la nourrit de ses accords et manifeste ainsi une activité indépendante et isolée ; ce qui prouve encore cette indépendance, c'est que la main droite exécute des notes en clef de sol et la main gauche en clef àt fa. Il faut donc bien, pour expliquer ce fait.

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admettre unedualité simultanée des deux hémisphères cérébraux, dualité artificielle et passagère, obtenue au prix de nombreux efforts et d'une longue habitude. »

M. Bernheim, dans un remarquable travail ' sur « les souvenirs latents et les suggestions à longue échéance » tente certaine explication de ces curieux phénomènes.

« La simple occlusion des yeux suffit chez beaucoup à déterminer un nouvel état de conscience. Le cerveau n'étant plus impressionné par les objets matériels sur lesquels l'attention se fixe, tombe dans un état passif; le sujet, ne regardant plus avec ses yeux, ne regarde plus, si je puis ainsi dire, avec son cerveau. L'activité nerveuse délaisse les centres d'attention supérieurs et se concentre sur les centres automatiques. Les impressions nouvelles, évoquées dans ce milieu où l'influx cérébral est autrement réparti, sont comme implantées sur un état de conscience spécial.

1 Bernheim, Comptes rendus de la Société de biologie j 1885.

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Les yeux ouverts, le sujet regarde ; les images matérielles frappant l'encéphale et appelant son activité nerveuse au dehors, la concentration psychique cesse; les centres qui ont perçu des impressions avec une accumulation de force nerveuse, ne retiennent plus qu'une force moindre; Tétat de conscience est modifié; l'impression est éteinte, pour reparaître si le même état de concentration se reproduit, par la simple occlusion des yeux.

« Un phénomène du même ordre se produit instinctivement chez nous. Quand nous v'oulons rappeler un souvenir ou créer en nous une impression profonde, rinscrire dans notre cerveau de manière qu elle soit susceptible d'être réveillée à un moment donné, que faisons-nous? Nous nous concentrons, nous fermons les yeux; nous fermons le sensorium à toute impression autre; et ainsi nous évoquons le souvenir latent ou bien nous gravons profondément l'impression voulue. Celle-ci disparaît bientôt quand l'activité cérébrale se diffuse de nouveau sur un grand nombre d'objets, sur toute la périphérie nerveuse; mais elle reparaît facilement, si l'activité cérébrale vient à se concentrer; le souvenir gagne pour ainsi dire en profondeur, en netteté, ce qu'il perd en continuité.

« N'est-ce pas pour cela aussi que les souvenirs de Tenfance, déposés dans un cerveau plus jeune, plus

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