CHAPITRE V
RECHERCHES EXPÉRIMENTALES SUR LE RÔLE RESPECTIF DES SUBSTANCES ALBUMINOÏDES ET DE LEURS PRODUITS DE DÉSINTÉGRATION DANS LA PRODUCTION DE LA LEUCOPÉNIE DIGESTIVE.
Dans cette partie de nos recherches, nous nous sommes proposé de pénétrer dans le mécanisme intime de la leucopénie d’origine alimentaire. C’est une question très vaste, qui nécessiterait de nombreuses recherches. Nous nous sommes limité, ainsi que nous l’avons dit, à essayer de déterminer l’action à cet égard des albuminoïdes et de leurs divers produits de désintégration.
Pour réaliser un tel programme et conduire cette expérimentation avec toute la méthode nécessaire, il aurait pu paraître utile de faire l’étude de la leucopénie en employant successivement, pour la provoquer, la substance albuminoïde elle-même et successivement ses produits de désintégration de plus en plus avancés jusqu’au stade ultime des acides animés. Nous verrons, qu'en réalité, une telle division de cette étude n’était pas utile pour apporter des conclusions intéressantes.
Il était inutile de reprendre l'étude de l’action par ingestion de la molécule albuminoïde complète, Nombre: d'auteurs Pont faite et on connaît les résultats auxquels ils sont arrivés.
En ce qui concerne les produits de désintégration; nous les avons, par dialyse, en opérant sur des peptones séparées en Du catégories, l'une contenant les produits à grosse molécule. l'autre Tes produits à molécule plus petite. L'expérience a montré que ce procédé de séparation suffisait pour l’étude que nous désirions réaliser.
Nous avons utilisé comme réactif physiologique, d’une part
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l'enfant du premier âge, d'autre part le chien. Nos expériences ont porté sur les points suivants :
1° Action de la peptone en ingestion sur la production de la leucopénie;
2° Action des substances indialysables contenues dans fa peptone;
3° Action des substances dialysables.
I. — Peptone en ingestion. — Nous avons utilisé pour l’ensemble des expériences que nous avons faites, la peptone de Chapoteaut, nous servant du même stock au cours de toute l’expérimentation. :
La peptone a été donnée aux sujets en expérience, préalablement soumis à quelques heures de jeûne, en solution dans une petite quantité d’eau, de 30 à 60 grammes. L'enfant, même très jeune, accepte cette boisson. Les expériences sur le chien ont. été réalisées en introduisant directement la solution dans l'estomac au moyen de la sonde œsophagienne. Les numérations leucocytaires ont été faites comme habituellement : une numération préalable, puis, après l'ingestion, plusieurs numérations de vingt minutes en vingt minutes.
A. — Nourrissons et enfants du premier âge. — La dose de peptone donnée à ingérer a varié de 0 gr. 10 à 1 gramme, la dose le plus souvent utilisée étant 0 gr. 80, soit environ 0 gr. 09 par kilo.
On observe des réactions variables suivant la dose employée.
Chez les très jeunes enfants, de trois semaines à trois mois, pour les doses faibles, inférieures à 0 gr. 05 par kilo, on n’observe pas de phase de leucopénie. Avec des doses supé- rieures, la leucopénie apparaît d’une façon constante; son importance varie essentiellement avec les sujets et avec les doses, les doses élevées provoquant une hypoleucocytose intense qui débute très rapidement après l’ingestion.
Chez les enfants plus âgés, la dose limite est plus élevée, aux environs de 0 gr. 10 par kilo pour les enfants de 18 mois
. à 2 ans.
Ces doses représentent celles qui sont le plus communément
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efficaces, car elles sont très variables d’un sujet à l’autre, ét, en général, plus les enfants sont jeunes, plus elles sont variables.
Lorsque la dose de peptone est insuffisante pour provoquer la leucopénie, on observe d’emblée une phase d’hyperleucocytose plus ou moins accusée : elle survient beaucoup plus rapidement que lorsque la leucopénie initiale existe. Quelques chiffres illustreront ces explications :
Louis R..., 1 mois, 3 kg 400.
Leucocytose
Peptone 20 minutes 40 minutes 60 minutes
Leucocytose :
Peptone n jeuñ 20 minutes 40 minutes 60 minutes
Ainsi donc l’ingestion de peptone détermine des réactions leucocytaires, chez les enfants du premier âge, qui sont en tout point comparables à celles qui surviennent après l’ingestion d’un repas lacté : même apparition des phases caractéristiques, même mode d'évolution, mêmes rapports entre les doses et les variations leucocytaires observées.
B. — Chiens. — Nous avons répété les mêmes expériences sur un certain nombre de chiens. Nous avons obtenu des résultats tout à fait comparables sauf que, dans ce cas, la dose limite de peptone nécessaire pour faire apparaître la leucopénie est plus élevée et, en général, supérieure à 0 gr. 10 par kilo.
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II. — Recherches sur l’action des dialysats peptoniques. — Nous avons soumis une quantité importante de peptone à la dialyse en présence d’une substance antiseptique : nous avons utilisé le fluorure dé sodium, antiseptique efficace et qui présente l’avantage de pouvoir être facilement éliminé. Cette dialyse a été prolongée pendant une dizaine de jours. Après ce temps, nous avons éliminé par précipitation par la CP le fluorure de sodium; puis nous avons concentré et desséché, de façon à les obtenir sous forme de poudre, les deux portions séparées par la dialyse. Le chlorure de sodium, qu’elles contenaient du fait de la précipitation du fluorure de sodium par le chlorure de calcium, a été dosé et nous en avons tenu compte dans les pesées que nous avons effectuées ultérieurement.
A. —— Portion indialysable. — Cette portion représente Îles corps à grosse molécule, les moins désintégrés du complexe qu'est la peptone.
Nous avons réalisé comme précédemment exactement les mêmes types d'expériences sur l'enfant et sur l'animal, et les résultats obtenus sont particulièrement intéressants.
Voici, condensés sous forme de tableaux, quelques-uns de ces résultats choisis parmi les plus typiques.
Henri Ch., 1 mois 1/2, 3 kilos.
Grammes Leucocytose à jeun 20 minutes
Peptone Non dialysée. . 9.800
Indialysable . . .
Leucocytose è ; Peptone Grammes n que 20 minutes 40 minutes = RS prmemrement-remes
Non dialysée . 71.200 10.600 11.100
Indialysable .
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Ces résultats établissent un fait capital. La portion indialysable de la peptone possède la faculté de déterminer la leucopénie à une dose infiniment plus faible que la peptone brute.
B. — Portion dialysée. — Cette portion représente les produits à petite molécule, elle correspond aux produits de la digestion qui ont subi une désintégration avancée et qui doivent passer normalement au travers de la muqueuse intestinale.
Nous avons, encore une fois, répété avec cette peptone, les expériences précédentes sur les enfants et sur les chiens.
Voici quelques-uns des résultats obtenus :
Marcelle, 16 mois, 12 kilos.
Leucocytose
D 20 minutes 40 minutes à jeun
Peptone Grammes
20 minutes 40 minutes
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Non dialysée. 12 : 4.200 5.000
Dialysée . , . : . 6.800 9.200
Ainsi donc, ces résultats montrent que, contrairement à la peptone indialysable, la peptone dialysée possède sur lapparition de la leucopénie une action extrêmement faible, ou même nulle. Une quantité de cette peptone, bien supérieure à la dose de petone brute, nécessaire pour provoquer la leucopénie, ne détermine pas d’hypoleucocytose appréciable.
Ces résultats ont été vérifiés un grand nombre de fois.
Un fait intéressant, mais à l'étude duquel nous n’avons pas eu suffisamment de temps à consacrer, c’est qu’il semble exister dans la peptone, et par conséquent dans les substances
alimentaires, des corps provoquant spécialement la leucopénie, et d’autre l’hyperleucocytose. On conçoit toute l’importance de cette constatation.
Ces diverses expériences établissent, semble-t-il, de manière irréfutable, que ce sont les matières albuminoïdes, ou les produits de la digestion encore très proches, par la complexité de leur molécule, de ces matières, qui déterminent la leucopénie digestive. Au contraire, les produits de désintégration plus complète n’ont pas d’action sur ce phénomène, A mesure qu’elles seraient digérées, les albumines perdraient donc peu à peu leur faculté de propoquer la leucopénie.
Nous ne saurions, dans ce chapitre particulièrement réservé à l’exposé de nos expériences, envisager toutes les considérations que suggèrent l’ensemble des résultats obtenus au cours de ces diverses recherches. Nous dirons, dans un chapitre suivant quelle idée on peut se faire du mécanisme, et peut-être
de la signification de la leucopénic d’origine digestive.