‹ Variations sur la musique d'égliseChapitre 20 sur 48 · Répertoire moderne de la Scliola, n» i · texte numérisé non relu

Répertoire moderne de la Scliola, n» i

2. Sur les Reading, voyez le Dictiotmary de Grove et le Quellen-Lexicon d'Eitner.

3. Attribution admise par notre maître Guilmant : voir ses pièces sur les Noéls.

D'un autre côté une source française, l'une des recensions de l'opéracomique de Favart, Acajou, joué en 1744, donne à l'air Rag-e inutile un << vaudeville « mentionné sous le nom d'.4/r anglais (ce qui est bien caractéristique); il est inutile de retracer les profondeurs moins nobles oiî la proximité des théâtres de la Foire Saint-Laurent entraîna cet air, mais plusieurs passages s'en retrouvent presque textuellement dans l'air populaire de VAdesle :

Rage

imi^iÉ

ti- le ! J'ai-meZirphile,... lit mon amour m'af-tV. n-chil en ce jour.

J'ctois un en- fant ; Je suis un Die

Enfin, à côté de cet air anglais de la pièce de Favart, on pourrait retrouver, dans des cantiques anglais de la même époque, des tournures mélodiques analogues. Une vieille a7/-o/ (chant populaire pour Noël), dont la mélodie a été utilisée par l'auteur anonyme des Hymns for the Year, publiés en 1867, et qu'on trouvera dans le récent Westminster Hyinnal, n" i53, présente divers points de contact avec VAdesle :

N'oublions pas que, comme VAdeste, ce fragment appartient à un air de Noël.

Le dédale où se sont égarés les chercheurs qui s'occupèrent de VAdeste vient surtout des paroles de cette pièce, auxquelles ils ne prêtaient pas une attention suffisante. Or, il y a deux textes de ce cantique.

Les deux textes débutent par la même strophe ; la plupart des livres d'origine anglaise, et ceux qui, depuis trois quarts de siècle, servent aux diocèses de 1 Ouest de la France, donnent uniquement les strophes commençant par : 1° Adeste ; 2° Deum de Deo ; 3° Cantet nunc ; 4° Ergo qui natus. Ces strophes sont irrégulièrement rythmées ; elles ne s'appliquent à la mélodie qu'au moyen d'un « coup de pouce » favorable. D'ailleurs, il semble que le procédé soit visible dès la première strophe,

I. L'exemplaire de cette pièce qui est à la Bibliothèque Nationale, Y. Th. lo.S, n'a pas la musique, ni les mêmes paroles que le couplet cité ici. La musique, ave: le texte modifié, se trouve à la Bibliothèque du Conservatoire, mais le transfert et le classement nouveau de cette bibliothèque m'ont empoché de m'y référer. Je la reproduis d'après l'étude de Arkwright, citée plus loin.

où le souci peut-être d'adaptation des paroles à une mélodie préexistante (?) semble avoir causé la répétition du mot reuile, venite in Bethléem^ et du triple renite adoremus ; cela paraît plus encore au mot Adeste, débutant par une anacrouse, les autres strophes commençant par un accent. (On ne saurait cependant, en dépit de certaines ressemblances, supposer que cette mélodie ait été 1' « air anglois » employé pour Rage inutile, ou l'un des autres donnés plus haut : le reste de ces chants et la coupe des vers sont trop différents pour cela.)

D'où provient ce texte ?

Le chanoine musicologue Stephen Morelot, qui s'était depuis longtemps occupé de VAdeste (mais au point de vue musical seulement), l'ayant trouvé dans un recueil anglais sous le nom de Portugese hymn, (dans les collections Novello), crut « pouvoir émettre la supposition » qu'il avait été composé pour la chapelle de la légation portugaise de Londres, qui jouissait, au regard de la musique, d'une certaine réputation, et qui, comme les autres chapelles d'ambassade, était fréquentée par les catholiques anglais, avant que l'acte d'émancipation leur rendît la liberté d'ouvrir des chapelles à leur usage » '. De fait, il paraît que John Reading, plus haut commémoré, fut effectivement l'organiste de cette chapelle, vers i726(?)-. Si la déduction est vraie, les paroles originales de VAdeste auraient été (?) écrites par un desservant de ladite chapelle. Mais leur présence, dès 1751 au moins, dans un recueil anglican, laisse toujours planer une incertitude sur les tout premiers débuts de VAdeste.

Quoiqu'il en soit, le texte en question, l'original, est d'un mètre irrégulier.

Mais ici, va intervenir, curieusement, un épisode de la Révolution française qui causera et la diffusion de VAdeste sur le continent et sa transformation.

Entre 1791 et 1798, un bon nombre de prêtres français, qui n'avaient à opter qu'entre l'exil et la mort (et parmi lesquels se trouvait un de mes arrière-grands-oncles maternels, le chanoine Duclos, jusqu'alors principal du Collège d'Évreux), trouvèrent un refugeà Londres.

L'un d'eux, l'abbé Borderies, était fin lettré et bon versificateur : nombre de cantiques français, toujours chantés, qu'il mit en usage depuis le rétablissement du culte, après le 18 brumaire surtout, sont de lui, et décèlent parfois un vrai poète. Le choix de ses « airs connus » est loin d'être toujours heureux : les paroles, toutefois, sont sonores et convenablement rythmées ^.

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