‹ Variations sur la musique d'égliseChapitre 31 sur 48 · Archon, ibid. p · texte numérisé non relu

Archon, ibid. p

4. Hist. ecclés. de la cour de France, Paris, 1776, t. II, p. 45'- Je dois cette référence à l'amabilité de M. Michel Brenet.

5. Pari?, 1677, in-40, p. 44. (Bibl. Nat., V. 17527.) Le Salve de l'Oratoire se trouve également dans V Essai du chant de f Église par la nouvelle méthode des nombres, du même auteur, paru en 1679, in-S" (Bibl. Nat., réf. V. 2572.)

psaumes de la paraphrase de Godeau, dont la version mélodique est légèrement différente de l'édition susmentionnée. Seraient-ce là les compositions de Louis XIII ? mais encore faudrait-il prouver que Gobert, sans rien dire, les aurait insérés parmis les siennes ; cela ne me parait guère probable. On voudrait que la « modestie » du premier académicien ne les eût point celées.

Notes rythmiques grégoriennes

La restauration grégorienne poursuivie depuis un demi-siècle par- Dom Pothier a rallié, dès le moment où son auteur l'exposa au public dans ses Mélodies grégoriennes, le suffrage de la plupart des praticiens et des théoriciens du cliant liturgique, et de ceux qui recherchaient la vérité dans l'exécution de la vénérable cantilène romaine. Que certains points de détails soient restés dans l'ombre, rien de plus vrai : en cette matière comme en beaucoup d'autres, il faut se résoudre à ne pas tout savoir ; et c'est précisément à éclairer ces petits coins obscurs que se sont appliquées les recherches, indépendantes les unes des autres, de Dom Mocquereau, de Mgr Foucault, du D'' Wagner, de moi-même : c'est au nom de la science, en effet, aussi bien qu'en celui de l'art, que nous nous sommes ralliés à l'interprétation bénédictine dans son ensemble, et c'est au nom de cette même science et de ce même art que nous cherchons à en élucider les détails incertains. Et n'est-ce pas une remarque digne d'attention que les travaux éclos sous cette inspiration aient conquis l'estime et l'affection d'artistes et de musicologues tels que Vincent d'Indy en France, F. Pedrell en Espagne, Gevaert en Belgique, Perosi en Italie ?

Or, malgré l'imposante quantité et la qualité des musiciens qui se rallièrent autour de Dom Pothier, il arrive encore, de temps à autre, que tel ou tel praticien, touché de diverses objections, ému par une habile dissertation, sente vaciller sa foi rythmique et ébranler son credo grégorien. Ces objections, cependant, ont été maintes fois réfutées ; à ces dissertations on a répondu, avec des monceaux de preuves à l'appui ; mais, faute sans doute d'avoir eu connaissance de ces publications, on est porté à accorder à ces audacieuses tentatives une importance qu'elles ne méritent nullement.

Tout d'abord, Dom Pothier s'est gardé de rien vouloir innover, ni sur le terrain théorique, ni sur le terrain pratique. Il a pris le fil de la tradition, l'a remonté, en a dégagé le végétation parasitaire, et renoué les brins rompus. Il ne s'agissait pas, en effet, défaire surgir de toutes pièces, de je ne sais quelle nécropole antique, un art inconnu, oublié

depuis des millénaires, mais de rappeler au sentiment de la vie un répertoire qui, malgré ses lacunes, ses mutilations, ses notations volontairement corrompues, restait, somme toute, en usage, dans une tradition endormie, tombée en léthargie, mais malgré cela, toujours vivante.

h' Ad lelerari qui depuis le vu' siècle ouvre le livre grégorien est, pour l'ensemble de la mélodie, le même qu'entonnaient les primiciers de la Scola romaine qui l'apportèrent en Gaule ; le même que contiennent, au xi' siècle, les manuscrits de Saint-Gall, de Limoges ou de Saint- Denys; le même que les graduels romains des diverses éditions, voire les plus défectueuses, ont donné depuis quatre cents ans.

Pour remonter et rétablir ce courant de la tradition, Dom Pothier a dû se faire philologue et retrouver le secret de l'accent latin et la souplesse de la diction : il y a réussi, et personne ne le conteste plus. Pour restaurer la notation, il fallait des paléographes : on les a eus ; les opposants les plus tenaces aux résultats de la réforme bénédictine ne nient point celui-là, et reconnaissent que l'Édition Vaticane. dernier fruit du travail bénédictin, reproduit les neumes des meilleurs et des plus anciens manuscrits. Ce qui est contesté par quelques-uns, c'est la sûreté de l'exécution rythmique de ces mêmes neumes, ou, comme on le dit parfois, avec peu de justesse, de leur interprétation.

Car l'interprétation est une façon de présenter les choses, de manière plus ou moins vivante, mais qui en respecte les lignes. On peut interpréter, par exemple, avec plus ou moins d'expression, ou en la confiant à telles ou telles voix, la polyphonie palestrinienne : la mélodie, le rythme, ladurée ou la division des notes restent intactes. L'interprétation, elle, n'est qu'une différence de nuances : mais qu'on exécute les neumes « à la bénédictine », c'est-à-dire, — nous Talions montrer tout à l'heure — selon la tradition tant de fois séculaire, ou qu'on les chante selon la méthode de mesurage à outrance, de Riemann ou de Dechevrens, ou d'après le « neume-temps » de Houdard, ce n'est plus une nuance, cela; c'est, dans la plupart des cas, un rythme opposé, une traduction, une restitution, aussi différentes les unes des autres que la restauration d'un château ruiné, par des archéologues en chambre, et la véritable vue qu'en révèlent les vieilles estampes retrouvées après coup.

La tradition, nous la tirons des documents, allusions des auteurs, textes des traités, et des monuments, qui sont les livres de chant. Les uns et les autres, parvenus jusqu'à nous, remontent jusqu'au cours du w siècle : dès cette époque, nous pouvons suivre avec précision la tradition rythmique du chant grégorien. De l'époque antérieure, il ne subsiste guère que les textes historiques, et des manuscrits grégoriens sans notation. Mais le peu que nous savons des vi", vii'et vni' siècles est net :

I " L'enseignement antique reste vivant. On se sert, pour la musique, de la doctrine gréco-romaine, représentée principalement parGaudence, Martianus Capella et saint Augustin. Or, pour eux :

a) Le '( temps premier » — disons, par exemple, la croche — est bref et indivisible ' ;

Z') Tantôt on unit des rythmes semblables, tantôt des rythmes dissemblables, tantôt on les mêle suivant la liberté la plus absolue -.

2° Dans Texécution musicale de ces pièces, V accent ']oue un. rôle important : Pe?~ accentus viani miisicis pedibtis composita j'oce g-radiatur, dit la correspondance de Boèce avec Théodoric et Clovis '■'.

3° Dans la cantilène liturgique, ce qui domine, ce sont les rythmes mêlés (Aldhelm, ep. IV) '*.

Or, que voyons-nous dans l'exécution traditionnelle du chant grégorien ? Rien de plus. Chaque élément du neume reste bref et indivisible ; l'accent joue le rôle d'animateur de la mélodie ; et, dans les cantilènes les plus développées, il y a un mélange perpétuel de rythmes de toute espèce.

On a beaucoup attaqué l'expression, employée par Dom Pothier, de M rythme oratoire » pour caractériser cette rythmique : mais ce vocable n'est pas de lui. Il est en toutes lettres, ou en équivalent, dans les meilleurs auteurs du xvii" et du xvni" siècle, dans Dom Jumilhac, Lebeuf et Poisson, que je mentionne ici pour souligner la perpétuité de la tradition. Et dans le moyen âge, pour ne citer que deux auteurs célèbres, qu'est donc le « rythme libre » — le mot est en toutes lettres — auquel Beda Aristote oppose la nouvelle musique mesurée qui s'organise alors, et qu'est le rythme « prosaïque », dont parle Guy d'Arezzo ? Est-ce que ces trois expressions, rythme oratoire, prosaïque ou libre, ne sont pas synonymes ?

Les mensuralistes opposent à cela, il est vrai, la phrase du pseudo- Hucbald : Omnemelos more metri dilio-enter mensurandum sit : « Toute mélodie peut, avec diligence, être mesurée à la façon des mètres ». Mais, pour que cela prouve, il ne faut pas, comme les opposants, isoler la phrase de son contexte. Or, dans tout ce qui précède, l'auteur demande seulement que l'on ait soin de conserver !'« égalité» relative des sons brefs et des sons longs entre eux, de ne pas ralentir ceux-ci par un allongement intempestif, nec nimiae productionis taedeat, et de ne pas précipiter l'exécution de ceux-là : nec eos irreverenti festinanli os ignobiliter canens ebulliat. Et c'est cette « égalité du chant, — ajoute l'auteur de \a Commenioratio brevis, — qui est nommée par les Grecs rythme, par les Latins nombre, ce qui montre certainement que toute mélodie peut, avec diligence, être mesurée à la façon des mètres ». On voit qu'il y a loin du texte complet au sens restreint qu'on a voulu voir dans le dernier membre de phrase.

D'ailleurs, le Scholia enchiriadis, l'écrit pseudo-hucbaldien qui va de pair avec le précédent, développe et donne un exemple. « Qu'est-ce que

1. Donc, avec la croche pour unité, jamais de doubles croches.

2. Je résume simplement ici ce que j'ai exposé tout au long, avec les textes mêmes, dans mes Origines du chant romain, p. 36 à 41 et i 76 à iqz.

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