I. Tribune de Saint-Gervais, vu, iig; xiii
ceux de Godeau et aux cantiques de Sandret, d'un autre, jettent une vive lueur sur ce fait, que les types vrais du cantique français existent et qu'il suffit de les aller chercher.
Un des riches manuscrits de l'école limousine, le graduel de l'abbaye de Fontevrault, nous donne, pour alterner avec le chant latin du Saiictiis, — c'est-à-dire dans des conditions analoguesau cantique allemand, — un bel exemple delà cantilène populaire française au xn' siècle; j'en interprète le rythme, suivant les règles données par le théoricien parisien Beda, celles des maneries rythmiques i, qui reposent en grande partie, d'ailleurs, sur la longueur donnée à l'accent métrique :
Beaus pc- res touz puis- sans, rois, cm- pe- rie- rcs, dux, Qui tous lens
les re- gnans
si se- ras et
fuz. A- do- rez soi- ez-
iMg^ii^^
tu, et ci- bas et la- sus !
II y a ainsi huit couplets sur cette mélodie, et neuf autres pour alterner avec YAgnus latin.
On remarquera avec intérêt comment, en négligeant les longues rythmiques des accents métriques, la forme de ce chant est proche des plus anciens chorals allemands.
Les Gtossenlieder, comme les ont pratiqués les poètes religieux allemands de la fin du moyen âge, ont eu, on le voit, d'excellents modèles dans nos compositions françaises antérieures. Ce qu'ils nomment Misc/ipoesie trouve également, chez nous, un ravissant exemple dans un « salut de Nostre Dame en françois », qui date du milieu du xv'' siècle. Chaque mot de YAve Maria y est glosé par un couplet particulier.
(Ici, la notation proportionnelle de l'original ne laisse aucun doute sur l'interprétation rythmique.)
A- vE, me- re du re- denip- leur, Si te pre- sen- tons de bon
cucur. Dtil- ci o- ris me- h- Ji- •.t, En- tens nous, .-l- re Ma- ri- a.
L'auteur de ce « dicte » fut le frère mineur Jean Tisserant (qui écrivit
I . Sans toutefois inclure dans le temps d'une syllabe les groupes de plusieurs notes, comme rinterprètent, à tort, à mon avis, les médiévistes modernes. Je pense que ces groupes doivent être chantés suivant la règle des groupes ordinaires de deux et trois notes, d'après leur place dans le rythme- On est ainsi plus proche à la fois du chant liturgique d'où ces mélodies sont issues, et d'une interprétation vraiment artistique et logique.
les paroles de VO filii), et dans les œuvres duquel se trouve aussi le très fameux
Grâces soyent rendues
A Dieu de là-sus
chanté encore dans quelques coins reculés de nos provinces.
h' Ave était dit avant les sermons du « bon et dévost père ». On voit que son auteur ne s'y inquiétait guère de l'accent, soit français, soit latin.
Dans un autre genre, quelle admirable pièce n'est pas le Sj^mbole inséré dans le recueil publié par les Jésuites au commencement du xvn* siècle, pièce aussi belle pour la noblesse et la beauté de la mélodie que curieuse aux regards du rythmicien, avec son rythme dochmiaque très remarquable :
de la ter-re bas- se. Je crois en Je- sus-Christ, qui est son seulen-fant et
no- trc vrai Seigneur, par na- ture et par grà- ce.
L'harmonie de ce chant, qui est à quatre parties, en est aussi belle, et sonne merveilleusement.
Enfin, comme dernier spécimen, pareillement inédit, de nos vieux chants français, je donnerai la mélodie d'une amplification, paroles et musique, du Pange lingua, qui me paraît des plus remarquables. L'auteur de cette composition, publiée en 1660, est Denys Lefebvre, qui, « maître de musique à Roye, en Picardie », me semble apparenté avec un homonyme, qui, né à Péronne, fut chapelain à la Sainte-Chapelle jusque vers le milieu du xvn" siècle '.
Chante, ô ma lan- gue", un mys-tè- re ter- ri- ble, Mystère aux sens in-
ac-ces-si- ble, Du corps rem- pli de gloire et du sang pré-ci- eux Que, pour
prix' in- fi- ni de lu- ni- vers cou- pa- ble, Ver- sa lemo-narque
a- do- ra- ble, Fruit du ven- tre sa- cré d'u- ne fil- le des cieux.