I. Voir Michel Brenet, Les musiciens de la Sainte-Chapelle
Ces paroles, qui sont, je crois, de Rotrou, restèrent extrêmement populaires ; elles figurent encore dans les Eucologes parisiens imprimés en 1820.
La vraie source du chant religieux français, elle est la, dans ces exemples tour à tour si grandioses et si frais.
(( Qli groteschi »
Qui, parmi les musiciens, ne connaît, au moins de réputation, le livre amusant et fameux écrit par Berlioz : les Grotesques de la musique ? Nombre des historiettes qu'il contient sont encore, seront toujours, de la meilleure actualité. L'auteur les a-t-il inventées? Il se porte garant de leur authenticité, et, à en juger par ce que j'ai vu, lu, entendu, les petits tableaux décrits par Berlioz ne m'apparaissent nullement invraisemblables. Il est des choses qu'on n'invente pas '.
L.t vaot dt grotesques, bien en situation, dépeint non pas seulement, — au sens qu'on a fini par lui donner, — ce qui nous porte à rire, mais toute naïveté, parfois toute monstruosité, — telle phrase, telle réflexion vraiment lapidaire, qu'on ne saurait, à la vérité, laisser tomber dans l'oubli, mais qu'il suffit, pour conserver, de marquer d'un trait fugitif et léger, comme ces dessins, ces peintures antiques, que les Italiens ont dénommés gli groteschi.
Or, s'il y a des « grotesques de la musique », en général, il y a aussi, pour le cas qui nous occupe, il y a plus encore, peut-être, des Grotesques delà musique sacrée. Nos amis en connaissent déjà : la Tribune de Saint- Gervaisen a maintes fois cité; qui de nous n'a été le témoin de réflexions bizarres ou sottes, d'actions ridicules ou méchantes, que l'ignorance ou le calcul ont inspirées, à propos de chant grégorien ou de polyphonie palestrinienne ? II en est de bien amusantes ; il en est aussi de fort tristes : car la naïveté de certains hommes n'a souvent d'égale que la malignité de certains autres. Mais, naïfs ou méchants, ces traits méritent de passer à la postérité, pour l'édification de nos successeurs.
Parmi les modèles de ces « groteschi », il y a ceux qui ne savent pas : ils sont légion. Mais il y a aussi les « snobs » ; ils sont, je crois, plus nombreux encore. Heureux encore quand leur snobisme se tourne vers
I. Je lis précisément quelque chose d'analogue dans un fascicule (avril 19 1 i), des charmantes Chroniques de la Manécanterie (Paris, 91, rue Lecourbe). Un lecteur intrigué demandait si les « mots de la fin » qu'elles contiennent sont bien authentiques 7 Hélas ! nous en entendons bien d'autres, que nous n'osons pas dire.
les bonnes choses et qu'une inspiration irréfléchie les entraîne sur le droit chemin ! Une de nos correspondantes, qui s'est attachée, avec persévérance, à former chez elle une petite schola féminine, a pu ainsi profiter d'un tel mouvement :
« Nous serons bientôt vingt-quatre, m'écrit-elle, ce qui, pour notre ville, est magnifique. Remonter aux origines des choses est parfois bien amusant : il me souvient du mouvement de curiosité que suscita, il y a deux ans, ma tentative ; on vint par mode, par snobisme. Selon l'expression consacrée : c'était bien porté. Il était très chic de pouvoir dire dans un salon : « Ma chère, je vous quitte, c'est l'heure de mon cours de chant grégorien », en ajoutant, d'un ton dégagé : « C'est assez intéressant. » Et, dans une toilette ébourilVante, on venait bâiller en regardant les vieux neumes...
X Mais bientôt, les pauvres torculus et leurs frères furent traités en parias par les curieuses ; qu'importait, le mouvement était désormais lancé. Les vraies musiciennes sentirent la beauté profonde de cette merveille ignorée, et elles trouvent aujourd'hui la récompense de leurs efforts. »
Depuis quelques années, on a réhabilité les snobs : on a bien fait. En somme, cette attitude irréfléchie, souvent cette bonne volonté latente est la meilleure préparation, le mo3'en le plus efficace, pour faire passer dans le public ce qu'il ne connaît point. Le snobisme, c'est un excellent " bouillon de culture » pour faire germer les idées.
Mais, ce qui est effroyable, ce sont les cotitre-siiobs. Ils sont, ceux-là, les ennemis-nés de toute modification : le moindre changement leur semble une hérésie, tout retour à la vraie antiquité est pour eux une nouveauté ; ils tiennent à honneur de résister aux prescriptions pontificales, au nom même d'une prétendue tradition, et, pour eux, les snobs, ce sont ceux qui obéissent à Pie X. Ai-je besoin de dire où on les trouve ? Hélas, parmi les gens d'église : curés, fabriciens, maîtres de chapelle, qui, de tout leur pouvoir, s'accrochent désespérément à la balance pour faire contrepoids aux bons curés, aux fabriciens bien inspirés, aux maîtres de chapelle artistes.
Le Congrès si brillant tenu à Paris en i g 1 1 a, — qui le croirait ? — suscité chez quelques-uns une réaction violente ; la rabies diabolica s'est exercée contre les nôtres, en divers endroits, d'une manière vraiment indigne. Deux seuls faits :
Un laïque intelligent et pieux, groupe, à la campagne, des enfants, et parfois jusqu'à trois ou quatre chantres de bonne volonté. Une leçon pratique de chant grégorien et de musique avait lieu tous les jours, ouverte à qui voulait : tout marchait à ravir, et les offices commençaient à s'en ressentir. Vint le Congrès, où notre ami, M. C. . ., tint à assister ; que se passa-t-il là-bas pendant ce temps ? On ne sait ; mais, au retour, il parait que « des parents se sont plaints, disant qu'ils n'envoyaient pas leurs enfants à l'école (libre) pour chanter. Or, la leçon avait lieu en dehors des heures de classes !!! Enfin, mon recteur m'a signifié de cesser, et j'ai dû, à la suite d'une explication (inexplicable), abandonner
l'harmonium. Nous avons des cérémonies grotesques : un de ces dimanches on a repris l'intonation de la communion trois fois. »
Inutile de dire qu'on a repris aussi les » bons vieux livres >> de chant, et que le recteur refusa énergiquement les « nouveaux » que, généreusement, M. C..., bien qu'expulsé du choeur, mettait à sa disposition... Remarquez que l'Evéque de ce diocèse favorise ouvertement la restauration grégorienne, depuis plusieurs années déjà.
Ailleurs, — et il s'agit ici d'une grande ville, — un prêtre déjà connu parmi les meilleurs et les plus zélés partisans de la réforme de la musique sacrée était arrivé, vicaire chargé du chant, à créer un superbe mouvement; avec l'aide des garçons du catéchisme et du patronage, il avait formé une bonne maîtrise, et commençait à intéresser les fidèles au vrai chant religieux. Tout à coup, interdiction absolue de continuer à s'occuper du chant : le vicaire est confiné dans le patronage, avec défense d'en sortir. Raison : M. Fabbé..., qui est un excellent prêtre, avait participé au Congrès, et, en quelques mots vibrants, émis un vœu très pratique ; cela ne rentrait pas dans les idées du curé : inde irae.
On pourrait, en bien des endroits, signaler des choses vraiment lamentables et... saugrenues. Dans un diocèse très peuplé, on a, depuis quelques années, multiplié les chapelles de secours, noyaux de futures paroisses. En l'une de ces chapelles, le vicaire qui en organisa le fonctionnement, bon grégorianiste, et stimulé par le curé et le maître de chapelle de la paroisse mère, établit, dès le premier instant, le chant grégorien et collectif. Lui-même, lorsque cela était possible, dirigeait le chœur et entraînait les chantres volontaires. Vint le moment de l'érection de la chapelle en église titulaire : un curé, venant d'une paroisse « oii l'on a des traditions. Monsieur », fut installé, et notre ami nommé premier vicaire. Mais ce fut sa seule satisfaction ; à peine la paroisse nouvelle inaugurée, le nouveau curé fronça les sourcils : « Comment! les fidèles chantent ? Mais c'est ridicule ! cela ne se fait pas à Saint-X... d'où je viens. » Or, Saint-X... est une des paroisses la plus « comme il faut ». On supprime donc le chant d'ensemble, on renvoie les chantres volontaires, on choisit deux « savetiers ' » recrutés je ne sais où ; et, comme ils ne savent ni ne veulent lire le Graduel Vatican (le curé ne le sait pas plus qu'eux), on va pour acheter des livres « diocésains ». Hélas ! l'éditeur n'en a plus : qu'importe ! de pièces et de morceaux mis au rebut ou ramassés dans un grenier, on reforme des livres... Victoire ! on chante désormais comme à Saint-X... : mais les fidèles se taisent et s'en vont.
Un critique spirituel publia, il y a quelques années, tel un nouveau La Bruyère, une galerie musicale de « MM. les Curés de Paris » : notre homme n'y serait-il pas bien placé ? Je pourrais d'ailleurs nommer tel autre curé, placé à la tête d'une paroisse des plus intelligentes de la capitale, qui voulut soutenir contre son conseil de
I. Soit dit saas vouloir faire injure à l'honorable corporation dont on emploie ainsi le nom.
fabrique (où se trouvent deux agrégés et trois ou quatre docteurs en lettres ou en droit) qu'il y avait des « canons conciliaires interdisant aux fidèles de chantera l'église» ! ! ! C'est le même qui, obligé de « subir» la Manécanterie de la Croix de bois, qu'on lui avait imposée, affectait, avec un majestueux huissier pour le précéder, de traverser les rangs des chanteurs pour quêter ou regagner sa stalle haute, pendant l'exécution des motets.
J'ai des raisons sérieuses de croire à sa parenté avec cet autre personnage qui ne voulait pas de la Missa brevis de Palestrina, mais qui admira fort la «célèbre messe brève de Pierluigi »... et qui laissait volontiers exécuter des pièces de R. de Lassus : M. A. de Lassus n'estil pas le gendre de Gounod ?
Non ? je vous prie de croire que je n'invente rien et que j'entendis cela de mes propres oreilles. Il en est de si drôles, dans les réflexions dignes de nos « groteschi » !
Le nom d'un auteur allemand moderne joua successivement à un de nos confrères un tour pendable, suivi d'un agréable compliment, l'un et l'autre absolument inattendus. Connaissez-vous Singenberger ? C'est un estimable représentant de l'école cécilienne ; on peut, à l'allemande, rendre à peu près ainsi la prononciation de son nom : Sine'gue'nbergue'r. Donc, on avait, un jour, pour je ne sais quelle fête, chanté une messe de ce compositeur.
La cérémonie faite, le président du conseil de fabrique, qui se piquait d'être musicien, demanda au maître de chapelle :
— De qui est donc cette belle messe que vous avez donnée ?
— De Singenberger (prononcez à l'allemande) .
— Comment ? que dites-vous ? De quel pays est ce compositeur ?
— C'est un Allemand.
— Un Allemand ! comment ! encore ! mais l'invasion n'est donc pas finie? Est-ce que nous, nous n'avons plus de compositeurs français? etc., etc.
Perplexité du chef, qui avait l'intention de redonner la même composition dans une autre solennité. Cependant, à Dieu va I on réexécute la même messe quelques semaines après. La cérémonie faite, le même personnage, que décidément le morceau charmait, reposa la question :
— De qui est donc ? etc. (Voir plus haut.)
Et cette fois-ci, notre ami, averti, de répondre, mais en prononçant à la française :
— De Singenberger (prononcez comme « Saint Jean berger » ou « Singe en berger »).
— A la bonne heure! c'est parfait ! Je vois avec plaisir que vous encouragez nos jeunes compositeurs français, etc., etc.
Ai-je dit que la séance eut encore pour théâtre une église de Paris ?
Nous trouverons ailleurs d'autres genres de naïveté. Il y a une douzaine d'années, dans une ville de Provence, on attendait les C/ianleiirs de Saiiit-Germis, qui devaient, sous la direction de Bordes, exécuter un salut solennel dans la principale église. L'archiprêtre, homme de goût
et de traditions, les avait invités à venir donner ce bel exemple dans une cité où la bonne musique était peu connue. Ce fut un émoi sur le Cours : pensez un peu, donc ! des chanteurs de Paris ! mais cela va être superbe, té 1 Et l'on cause, et l'on échange ses idées.
On s'informe : de quel endroit de l'église les chanteurs interpréteront-ils les chefs-d'œuvre de Paiestrina ? Tout naturellement, de la place habituelle de la maîtrise, derrière l'autel.
— Oh bien ! non ! mais pas du tout, nous voulons les voir.
Et une délégation s'en va trouver l'archiprètre, le priant de faire élever une estrade au milieu du chœur, devant l'autel, afin que les chanteurs montent dessus I Le vénérable ecclésiastique est d'abord surpris, mais devant une insistance rare, il promet d'accéder à la demande et pose la question :
— Mais enfin, pourquoi tenez-vous donc tant à les voir ?
— Té ! mais pour voir comme ils sont habillés !
Tout simplement un galéjaire avait lancé insidieusement : « Ces chanteurs, qui exécutent la musique du xvi" siècle, ne l'interprètent jamais ^î/'t^;/ costume de Vépoque ! » Tout le monde avait... marché ! Et ce fut une déception pour beaucoup, le soir, lorsque l'on constata que la fameuse corporation, par son costume, avançait de trois siècles sur sa musique.
Oh ! ce Midi ! c'est dans le même voyage des Chanteurs qu'une délicieuse naïveté fut émise par un assistant : il admirait l'exécution, était stupéfié qu'on put chanter sans accompagnement, en goûtait d'ailleurs la beauté : « Mais c'aurait été bien plus religieux s'il y avait eu un liai'monium ! »
Je n'en finirais pas si je relevais seulement les choses les plus curieuses de la correspondance que je reçois parfois. Je passe ici, bien entendu, les lettres bêtes, habituellement anonymes, où l'injure frise souvent la calomnie, tout cela parce que j'ai dit ce que je pensais de telle publication ou de telle exécution.
Mais qu'il en est d'amusantes ! C'est d'abord la lettre de l'amateur qui me dit :
Monsieur,
Vous vous êtes permis (!) dans le n» du de critiquer le Noël d'Adam. Ceci
prouve un goût musical très peu développé Ml), c'est inadmissible (!!!) ; aucun musicien ne peut admettre la critique de cette œuvre, dont la poésie est d'ailleurs très belle.
X,.. ((ci une signature anonyme suivie de :) musicien.
Savourez ce dernier mot !
Un autre lecteur, à propos du même Noël, m'écrivit :
« Vous en voulez décidément au Noël d'Adam ; déjà votre article de l'année dernière au sujet de la fête de Noël montrait votre antipathie pour ce morceau; dans tous les cas, c'est une opinion qui vous est toute personnelle ; c'est vrai que maintenant, on le chante dans certains lieux qui n'ont pas l'habitude d'entendre des cantiques, cela prouve seulement qu'il y a encore dans le « populo » (sic !) une petite flamme qui est heureuse de s'élever du milieu de tant de ténèbres.
Oh ! ces cantiques ! qu'ils soient d'Adam ou d'autres, qu'ils donnent, à de certaines gens, le désir d'y aller, eux aussi, de leur petit couplet! En ai-je reçu des spécimens étranges 1 Je me souviens d'une mélodie qu'on m'envoj-a un jour; l'auteur, qui n'avait pas su faire un accompagnement, avait cependant composé une mélodie, qu'il se figurait, de bonne foi, inspirée du goût le plus pur : vous vous rappelez le Pendu de la foret de Saint-Germain ? Eh bien ! la moitié de l'air de ce cantique à la A^'ierge était à peu près le même que celui de la chanson de Mac-Nab.
Un autre auteur — une dame, cette fois, et « qui connaissait l'harmonie » — m'envoya une de ses nouvelles compositions, mais avec la mélodie seule : « Si vous consentez, — disait-elle, — à insérer mon cantique, alors seulement je vous enverrai l'accompagnement ; veuillez me dire auparavant ce que vous me donnerez pour cela. » Elle avait peur, la pauvre, qu'on lui volât ses harmonies.
On m'a offert aussi de mettre en musique des cantiques nouveaux, dont on m'envoyait la poésie. Les uns étaient très bons, d'autres très médiocres ; mais pour montrer jusqu'où peut aller l'inconscience absolue des auteurs de certaines élucubrations, on m'excusera de reproduire ici trois couplets qui me furent récemment remis :
Il parle, il chante, il pleure Dans son cachot doré.
Lorsque sonne mon heure.
Demain je reviendrai.
A mon front pâle, pose Ton parfum soupiré, Un baiser, une rose.
Demain je reviendrai.
Aime, jouis, soupire !
Et je m'endormirai Drapé dans ton sourire.
Demain je reviendrai.
Savez-vous de qui il est ici question? Il paraît que c'est un cantique en l'honneur de Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie, et, « à la rigueur », on peut le chanter sur l'air de Lambillotte : « Veille sur tes enfants ». N'est-ce pas à pleurer ? Et peut-être cette sottise a-t-elle déjà trouvé preneur ?
Certaines de ces lettres me furent envoyées avec la suscription de « Monsieur l'Abbé » ou « Révérend Père », même « M. le Chanoine ». (Deux fois, un grand journal catholique me traita Hatteusement de « Monseigneur ».) On peut cependant faire du chant liturgique sa spécialité, sans appartenir nécessairement à la clcricature, comme le dit d'ailleurs, à peu de chose près, Pie X, dans son « motu proprio » sur la musique sacrée. C'est ce qu'avait bien compris un autre correspondant, qui m'écrivit sous le nom de « Monsieur et Madame ». Celui-là, c'est un de mes anciens choristes : il avait inventé une nouvelle espèce
d'harmonium destinée à pouvoir étudier chez soi sans faire de bruit, et, à cet effet, il avait tenté d'en construire « une petite » qu'il m'invitait à aller essa3'er.
Une des plus jolies choses, peut-être, que j'aie rencontrées dans ce genre, figure dans le programme d'une séance de patronage où l'un de nos plus anciens scolistes avait accepté de tenir le piano. Entre des morceaux de gramophone et deux chansonnettes comiques, on l'avait gravement fait figurer ainsi :
M. X... de la Schola Cantorum, dans son répertoire.
Celui-ci n'a peut-être pas plu autant aux auditeurs que le répertoire de Paulus ou de Dranem. Gela d'ailleurs se passait au temps oij un grand journal parisien, dans les annonces des concerts, imprima bravement :
« A la Scola, à 4 heures, répétition générale, sous la direction de Ch. Bordes, avec les chœurs des Chanteurs de Sainl-Gervais. Le soir, à g heures, reprise de la Revue de fin d'année, avec Paulus, etc., etc. » ???
Le malheureux journaliste avait confondu, dansses « communiqués», la Scola et la Scala ! Au moins, ce n'était pas une coquille des typographes. Mais ceux-ci, parfois, nous en ont servi de bien extraordinaires. Un autre grand journal, dans les « Échos mondains » d'un des derniers hivers, mentionnait le succès qu'une cantatrice avait remporté, dans un concert dit « de musique religieuse », avec» V Inflammation de Rossini ». (Lisez : Inflammatus, extrait dn Stabat.) Ces réjouissantes coquilles expliquent qu'un prote distrait ait laissé échapper l'annonce de la Fille de Jepltté, de Carossini (sic), ou, pour un salut, celle du Diffusa de Manini. La première, au moins, de ces coquilles, laisse supposer que le typo connaissait le nom de Rossini, à moins qu'il n'ait pensé à « carrosse ». Quant à la seconde, n'est-ce pas, « Nanini », cela ne signifie pas grand'chose, tandis que « Manini, » à la bonne heure 1 on comprend.
Et ceci me rappelle le programme d'un des premiers concerts organisés par Bordes, à Montpellier si je me le rappelle bien, il y a déjà longtemps, pendant les admirables « voyages de propagande » qu'il entreprenait à travers la France.
Les Chanteurs de Saint-Gervais devaient se faire entendre à la cathédrale, dans un office solennel, puis, le soir, dans un concert profane. Notre pauvre ami, qui avait une écriture peu lisible, avait en particulier inscrit aux programmes :
Fugue, de S. Bach, pour orgue ;
Messe du pape Marcel., de Palestrina ;
O magnum mjsterium, motet de Vittoria;
Vieilles chansons françaises, harmonisées à trois voix, par Julien Tiersot.
Savez-vous ce qu'on imprima pour ces quatre numéros ? Savez-vous ce que lut notre « manager » en s'arrachant les cheveux au moment
même de distribuer les programmes? Je vous prie de croire que je n'invente pas, car je les lus aussi de mes propres jeux :
Figue de Sai?il-Roch, pour orgue (???).
Messe du Pape, par Marcel de Palestrina ;
O mignonne mystérieuse ! motet (!!1?) ;
Vieilles chansons françaises, harmonium à trois voix de Julien Tiersot(!).
Comment voulez-vous qu'un fou rire ne saisisse pas les lecteurs d'un pareil poème ; quelle stupeur ne dut pas être celle des assistants devant le titre étrange du morceau d'orgue qui devait saluer l'entrée
de l'évèque, et les paroles non moins extraordinaires du motet au Saint- Sacrement 1
Un curieux passage de saint Augustin
L'explication mystique et symbolique des psaumes, entre le ni° et le vu° siècle de notre ère, a été l'un des principaux objets de l'attention des Pères de l'Eglise et des Docteurs. Pour nous en tenir aux Latins, saint Jérôme et saint Augustin, Cassiodore et Isidore, ont particulièrement excellé dans ce genre. Leur but, comme leurs procédés de travail, sont intéressants.
Leur but : commenter la parole sacrée, afin que leurs auditeurs, en chantant les psaumes, goûtent tout « le bon de la psalmodie » ' et en tirent des « fruits spirituels ». Leurs procédés de travail : c'est, suivant la méthode habituelle aux rhéteurs, aux grammairiens, aux lexicologues, de rechercher ce qui a déjà pu être écrit sur le sujet, en le joignant à ses propres réflexions ou observations.
On ne saurait juger avec précision les diverses enarrationes que nous ont laissées ces auteurs, sans se mettre en contact avec leur auditoire, ou avec le genre adopté en vue même de cet auditoire et du but proposé. Dans l'œuvre des Pères, on doit en effet distinguerd'abord le sermo décoratif, écrit dans un style châtié, soumis aux lois du « nombre » - harmonieux, où les cadences métriques se vont succédant, pour marquer les fins ou les coupes de phrase : saint Cyprien, l'ancien professeur de Carthage, et le pontife saint Léon, à Rome, ont laissé, en ce genre, de superbes modèles.
A côté du sermo, gloire de la chaire chrétienne, se place l'homélie. Comme son nom le signifie, c'est là une simple « conversation », d'un style simple, d'un tour familier, même vulgaire, dans laquelle l'auteur parle la langue habituelle à ses auditeurs, emploie à l'occasion, — et volontairement, — leurs « idiotismes » provinciaux, en les leur reprochant, s'il le juge nécessaire^, ne craint pas, enfin, de semer de réflexions ou d'anecdotes populaires la trame non pas de son discours, — ce n'en est pas un, — ■ mais de son explication familière.
Or, pour en venir à notre thèse, les ejiarrationes que saint Augustin a laissées sur les psaumes appartiennent à ce genre. Homélies populaires,
1. De bono psalmodiae. Nicetas de Remesiana, au iV siècle, a écrit quelques chapitres sous ce titre; attribués communément à Nicetius de Trêves, qui vivait trois cents ans plus tard, ils ont été reproduits dans la Patrologie latine, t. LXVIII, col. 372.