MADAME DE LA FAYETTE
mer, choisit ses membres parmi les familiers de Fhôtel de Rambouillet. C'est là que Chapelain avait discouru contre Taînour, que Desmare ts avait traité de l'amour des esprits, et que M. de Boissat s'était montré assez audacieux pour soutenir, au grand scandale des assistants, que l'amour des corps ne devait pas être tenu pour moins divin que celui des esprits.
Corneille lut un jour Polyeucte à l'hôtel de Rambouillet. On l'applaudit par bienséance. Mais peu de temps après. Voiture alla trouver Corneille pour lui faire comprendre doucement que Polyeucte n'avait pas été approuvé autant qu'il pensait. Corneille douta de son ouvrage et voulut empêcher les comédiens de le représenter. Cependant, quelqu'un de la troupe le fit revenir sur sa détermination. C'était un pauvre diable qui ne jouait point dans la pièce, à cause de son peu de talent.
La future M°" de La Fayette se rencontrait à l'hôtel de Randjouillet avec les femmes les plus brillantes de la. Cour. On y remarquait M"* du Vigean,dont le prince de Condé s'était épris follement ; la duchesse d'Aiguillon, nièce du cardinal de Richelieu ; M°" Aubry : la gentille M"' Paulet, qui coûta tant de rimes à Voi-
ture ; INI"" Cornuel et d'autres. M"' de Sévigné y venait également, mais en protestant contre les aflectations et les manies du cénacle.
Cependant, la vogue de Thôtel de Rambouillet durait toujours parmi les lettrés les plus illustres. Vaugelas et Pélisson employaient volontiers le jargon à la mode dans leurs propos familiers, sinon dans leurs livres.
Quant à Ménage qui avait déjà publié une sorte de pamphlet : \à Requête des Dictionnaires^ il dit à Chapelain, après la première des Précieuses Ridicules :
— INIonsieur, nous approuvions vous et moi toutes les sottises qui viennent d'être critiquées si finement et avec tant de bon sens ; mais, croyez-moi, pour me servir des paroles de Saint-Remi à Clovis, zV nous faudra brûler ce que nous avons adoré, et adorer ce que nous avons brûlé...
Ce pédant de Ménage tombait tout de suite amoureux de ses belles élèves. M"' de La Fayette le trouvait importun. Et elle disait :
— La probité est rare parmi les savants. Ménage et le père Rapiu s'étaient chargés
de lui apprendre le latin. Après trois mois de leçons, elle eu savait plus que ses maîtres. Un