‹ Variations sur la vie et les livresChapitre 30 sur 37 · RÉTIF · texte numérisé non relu

RÉTIF

(le mœurs eut uq immense succès hors de France, et il s'en publia plus de quarante éditions en Angleterre.

La dépréciation des assignats fut cause de la ruine de Rétif.

Il avait un ami du nom de Mairobert qui l'aidait de sa bourse et savait en même temps le protéger, en sa qualité de censeur.

Un jour que Rétif déplorait son triste destin devant cet ami, jeune, riche et puissant, celui-ci lui dit :

— Que de gens que l'on croirait heureux et qui sont au désespoir.

Le lendemain, Mairobert se coupait les veines dans son bain et s'achevait d'un coup de pistolet.

Rétif a consigné dans ses ouvrages les conversations qu'il eut avec divers personnages marquants de la Révolution.

Sa conversation avecGollot d'Herbois est calquée, apparemment. Mais, pour rapporter son entrevue avec Mirabeau, Rétif emploie des moyens plus élevés, et peut-être moins dignes

(\e foi. Il fait voir, néanmoins, un Mirabeau bien vivant dans son allure.

Rétif a laissé une fort singulière Histoire de Charlotte Corday. Nous y apprenons que la célèbre vengeresse avait une amie inséparable. Félicité Mesnage, jeune fille pleine de grâce, d'une belle taille et d'une figure caméléonne . C'était une brune ardente, d'une sensibilité physique extraordinaire, qui la conduisait aux confins de la passion.

Charlotte s'étonnait des ardeurs de son amie, et Félicité lui disait souvent:

— Ah ! c'est que la glace de ton cœur n'est pas rompue.

Un jour, Charlotte fut témoin d'une scène, et même de deux scènes, fort chaudes. Je ne saurais vous rapporter les détails de cette affaire. Charlotte en fut si scandalisée qu'elle ne revit oncques son amie. Sur quoi, dit Rétif, tout le monde lui fit compliment.

Quelque temps après, un nommé Saint-Marcouf rechercha Charlotte en mariage. Il était gros, pataud et assez laid pour les traits du visage ; il avait encore des engelures comme un petit garçon de neuf ans. Il déplut à la jeune

fille, et^ de dépit, il chercha à lui jouer un tour assez peu galant. Mais Charlotte évita le piège avec /es seules lumières de sa raison, et Saint- Marcouf fut confondu.

Rétif déplore l'acte de Charlotte Corday, et il tient Marat pour « le héros constant du patriotisme ». Cependant, il rend justice au courage simple de cette vierge devant la mort. Il cite, tout au long, son interrogatoire.

Gela est par moments plein de drôlerie, et Charlotte y paraît fort crâne.

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