MARION DELORME 2S
MARION DELORMfî
Jules Janin rapprochait Marioii Belorme de Manon Lescaut.
— Ah ! ah I faisait-il, telle est votre toutepuissance, ô jeunesse, ô beauté, que les hommes vous pardonnent... La passion, quand elle est vraie, est une excuse, un charme...
On peut rapprocher aussi Marion Belorme de la Courtisane A?noureuse de La Fontaine. C'est le même tableau, mais en pleine lumière; et Camille est moins fatal que Didier.
Comment faut-il se figurer les acteurs de la grande période ronianticpie?
Ils avaient sans doute un jeu bien conforme au caractère des ouvrages qu'ils interprétaient.
Ils allaient tout droit, sans vain souci, baignés dans une fausseté extraordinairement naturelle; et c'était, si j'ose dire, comme un aplomb de balance fort exact où les deux plateaux s'équilibraient à merveille.
La façon dont Jules Janin nous dépeint les affres et les fureurs que M""' Dorval traînait sur la scène, inspire confiance, tant elle frise la plaisanterie:
« M"' Dorval, un de ces talents francs comme l'or non monnayé, dur comme l'acier non poli ; âme infatigable, larmes inépuisables, cœur déchiré, passions sans limites, terreurs sans bornes ; une femme qui allait toute seule à l'inspiration ; véhémente, active, intrépide ; où le drame la poussait elle se portait, à ses risques et périls, en pleine fièvre, en plein abîme ; elle touchait à toutes les limites sans jamais se sentir arrêtée, à tous les extrêmes sans jamais se briser ; curieux spectacle et lutte admirable de ce frêle petit corps haletant et chancelant sous le charme poétique... »
M"' Mars ne se montrait pas si furieuse; elle se contentait, paraît-il, de jouer avec sûreté, mesure et décence. Aussi, dans le rôle de dona Sol, n'était-elle, au fond, pour les zélateurs du