‹ Variations sur la vie et les livresChapitre 35 sur 37 · MARIO.N DELORME · texte numérisé non relu

MARIO.N DELORME

romantisme, que la correcte et attrayante mademoiselle Mars.

Ecoutons maintenant Jules Janin conclure son discours sur Marion Delorme :

« Bref, il y a dans cette œuvre un bout du Taillebras et du Scaramouclie ; il y a la force et la terreur ; le Scapin et le bourreau, la courtisane et le cardinal, le Roi et le bouffon, le seigneur et le valet de sa police ; il y a les comédiens qui font la soupe à la porte de Thôtellerie où se balance, en grinçant d'une façon lugubre, l'enseigne de la Belle-Etoile... avec tant de verve et d'esprit, tant de bouffonnerie et si douces larmes, en plein paradoxe, en plein carnaval, et la plus incroyable abondance, de cinq cents paradoxes, do mille railleries, réparties, bons mots, satires, rencontres, coq-à-l'âne, dignes du fameux Cabinet satirique, que Régnier lui-même, le vieux poète Régnier n'eût pas désavoués, non plus que d'Assoucy, l'empereur du burlesque, et Bertaut, et Ronsard, et toute la pléiade avinée. Comptez donc que seulement au troisième acte de Marion Delorme vous avez : une fille de joie, un duel, deux dissertations dramatiques, une mort, une résurrection, une évasion, une troupe de comédiens,

une reconnaissance, un lieutenant criminel et une arrestation. »

Il existe une pièce, moitié tragédie moitié drame, dont les péripéties se déroulent au temps de Marion Delorme, Elle fut composée par Népomucène Le mercier, poète jadis aussi fameux que décrié.

Dans cette pièce, le Roi s'entretient avec Richelieu. Et voici en quels termes :

LE ROI

Vous soufflez aux voisins le feu du calvinisme.

RICHELIEU

Oui, comme en vos États j'en ruine le schisme.

LE ROI

Vous privez les seig-neurs de leurs gouvernements.

RICHELIEU

Oui, si pour vous combattre ils font des armements.

LE ROI

Vos rigueurs ont sévisur mes parents eux-mêmes.

MARION DKLORME 289

RICHELIEU

Oui, quand ils saillaient à d'autres diadèmes.

Tout cela est assez pauvre et coriace; mais Népomucène Le mercier avait eu des dons et une espèce de fougue avortée.

Fort jeune, il remporta presque un triomphe avec sa tragédie à'Agajnemnon : la dernière des belles tragédies dans le goût antique, disait-on. Plus tard, Pinto, qui mêlait le grave au bouffon, lui valut d'être acclamé comme novateur.

La fin de ce poète fut triste. Ballotté entre le passé et l'avenir, il s'en allait à la dérive. Ses dernières productions dramatiques ne contentaient personne. Il semblait timide et téméraire à la fois. Ses anciens amis le blâmaient de donner le mauvais exemple, tandis que la jeunesse romantique se moquait de lui, et ne lui savait aucun gré de se compromettre.

En vain Lemercier enflait son bagage tragique r^aWom et Charleniagne entraînaient dans leur chute et la Démence de Charles VI et Christophe Colomb et Clovis. Seule la pièce de Fri'dégonde et Brimehaut eut du succès.

Népomucène Lemercier apparaît comme UQc

ébauche de Victor Hugo. On sent, dans sa Panhypocrisiade , par exemple, une mauvaise fièvre qui pousse à vaticiner dans le vide.

Mais cette fièvre enflamma Hugo sans l'abattre, tandis que l'autre en mourut.

GOBTHB ET SHAKBSPBARE 291

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