SUR LA MORT DE MARIE-STUART
Ce prodige qui porte au front deux diadèmes.
Qui sur les eaux du Nord voit son throsne eslevé. Qui rend dedans le sang son vestement lavé, [mes; Et dont la bouche impure est ouverte aux blasphe
Ce vieux monstre ccnçeu d’inceste et d’adultère Qui sa dent acharnée au meurtre va souillant,
Et le sacré respect des sceptres despouillant Vomit contre les Cieux son fiel et sa colère,
Ayant tenu vingt ans une Royne captive Dont le bel œil pouvoit tous les cœurs allécher Et la fleur de son âge en douleur fait seicher, Durant qu’un long exil de liberté la prive,
Enfin pour s’apprester une honte eternelle Jettant aux vents légers sa promesse et sa foy, Contre tout droit divin et toute humaine loy D’une injuste prison au supplice l’appelle.
Ny des plus grands des Rois la prière et les armes Ny l’honneur d’avoir eu le beau lis en la main Ne peuvent deslourner ce courage inhumain Qui rit de nostre perte et se baigne en nos larmes.
Ainsi serve et captive en triomphe est menée Celle que tant de pompe et de gloire suivoit. Quand sa jeune beauté les peuples captivoit, Célébrant dans nos murs son premier hyménée.
François, œil de la France et son astre propice, Nouvel ange des Cieux prompt à nostre secours,
m VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
Contemple ton espouse et tes chastes amours Qu’un infâme bourreau va traînant au supplice.
Peux tu voir sans douleur cette gorge entamée.
Peux tu voir ce beau chef de son corps arraché,
Ce beau chef de poussière et de sang tout taché Soûler les yeux cruels d’une louve affamée ?
Où sont ces premiers traits dont tu sentis l’atteinte, Où sont ces puissants nœuds qui le tenoient lié?
Un si parfait amour se voit il oublié,
Et cette vive flamme est elle toute esteinte?
Veux tu point jetter l’œil sur les maux de ta France Faisant d’un doux regard sa tourmente cesser,
Afin que nostre Prince ait loisir d’exaucer Ce sang qui crie au ciel et demande vengeance?
Peuple issu de Brutus, gent perfide et brutale Qui des troubles d’autruy ton repos establis,
Et mesprisant nos bras sur nous mesme afToiblis, Violes sans respect la franchise hospitale;
Les destins des François battus de tant d orages,
Et depuis vingt hyvers en cent parts desunis,
Ne laisseront toujours tes forfaits impunis, . Empeschant tes vaisseaux d’ancrer en tes rivages.
Henry, le chef des Roys et l’appuy des Provinces, Ayant fait reflorir l’olive aux rameaux verts, Rendra tes champs un jour de ses armes couverts Pour t’apprendre à tremper ton glaive au sang des
[princes.
D’une Royne innocente il vengera l’injure, Poursuivant par le fer ses meurtriers dispersés,
Et ses membres sans gloire, au sépulcre pressés,
Se verront leurs honneurs payés avec usure.
VERS DE DU PERRON
Il ira décimant tes Provinces serviles.
Il ira leurs captifs sur sa cendre immolant,
Et l’appareil funèbre à la playe esgallant.
Pour hausser son tombeau desmollira tes villes.
Vous cependant dont l’ame est au ciel adressée. Joints à nous de creance et séparés des lieux, Vous à qui ce spectacle a fait baisser les yeux, Reliques de l’Église en vostre Isle oppressée,
Ornez ses os martyrs dessous la sépulture,
D’un printemps éternel de bouquets et de fleurs, Et d’une encre où son sang se mesle avec nos pleurs Sur le cercueil tout chaud tracez cette escriture :
L’impie Élisabeth, furie inexorable.
Consacre aux ans futurs ce sanglant monument, Et du chef d’une Royne occise innocemment Dresse à sa cruauté ce trophée execrable.
La pièce suivante, que nous croyons inédite, est tirée d’un manuscrit français de la Bibliothèque impériale (n° 884). C’est une violente satire contre Henri IV où, malgré les apparences du dévouement et du respect, le poète ne ménage nullement au roi les vérités les plus fortes et les plus hardies. L’auteur était, pensons-nous, un de ces vaillants huguenots qui avaient aidé Henri à conquérir son royaume, et que le roi, depuis son entrée à Paris, avait tenus à l’écart. Notre poète, dans cette pièce, se montre mécontent de l’abandon dans lequel le Béarnais laisse ses anciens serviteurs, tandis qu’il comble de ses faveurs et de ses bontés les partisans de la Ligue qui se sont ralliés au nouvel ordre de choses. Il lui reproche la bienveillance accordée à la duchesse de Montpensier, l’instigatrice du crime de Jacques Clément; sa témérité dans les combats, où il expose follement sa vie sans utilité pour le pays, et sa passion funeste pour une femme qu’il ne nomme pas, mais qui n’est autre que Gabrielle d’Estrées.
Cette pièce est intitulée Stances dans le manuscrit sur lequel nous la copions. Elle ne porte pas de date, mais elle a dû être écrite peu de temps après la réduction de Paris à l'obéissance du roi, réduction qui eut lieu, comme on sait, le 22 mars
Mars 1862.