STANCES PAR SIXAINS
SCR LA MORT DE MADAME GABRIELLE D’ESTRÈES, duchesse de Beaufort et marquise de Monceaux.
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Ce tombeau, que la France honore de ses larmes, Pour qui tant d’Apollons profanent tant de carmes, Pour qui la cour emprunte une face de deuil,
C’est le fatal tombeau d’une impudique Flore,
Qui vivante esbranloit la France d’un clin d’œil, La cour, ses Apoilons et ses Muses encore.
Son haleine pesteuse effeuilloit les lauriers De nostre Henry le Grand, le phœnix des guerriers : Sa vertu s’abysmoit au gouffre de son vice;
La chasteté par elle avoit quitté la cour,
Les temples piété, les palais la justice,
Et la fidélité le conjugal amour.
Par dix mille hameçons cette Vénus seconde, Prodiguant les regards que sa torche féconde Dardoit d’un art sans art au cœur de notre Mars, Avoit si bien surpris le meilleur de son âme.
Que ce nouvel Hercul, le second dis Césars,
Toute morte qu’elle est, idolastre sa dame :
Idolastre sa dame, et veut que comme luy Et la France et la cour en portent de l’ennuy, Comme si joints à elle, et la Cour et la France Deussent sur le fumier de ses sales amours,
Bastir le faux sujet de l’inique espérance Qui a perdu sa vie en la mort de ses jours.
Mon prince, excusez moy si je dis que l’amorce De ses yeux, vous forçant d’une invincible force, Vous forçoit d’oublier vostre âme et vostre Dieu. Ainsi David receut la compaigne d’Urie,
Mais, lasl au chant du coq ce grand monarque hé- Estaignit dans les pleurs les feux de sa folie, [brieu,
Sire, tant de périls qui vous ont menacé,
D’orageux tourbillons qui sur vous ont passé, Choquant trestous en vain vostre double coronne, Tant d’assassins gauchis par vostre ange aposté Sont actes de méchans que le ciel vous ordonne Pour faire le procès de Vostre Majesté.
Comme David, tombé au bourbier de l’offense, Lavez vous, lavez vous en l’eau de repentance, Comme luy transgresseur, pénitent comme luy,
Et ce Dieu vous rendra sa faveur éternelle,
Lequel vous a donné deux sceptres aujourd’hui,
Et qui vous garde aux cieux la coronne immortelle.
Que ce pleur, que ce deuil qui vous trempe et noir- En mol Sardanapale, et la face et l’habit, [cit. Ces propos hors propos que les flammes restantes De ce feu non estaint poussent de vostre cœur, Soient changés eff discours, en larmes mieux séante» A vostre pénitence et à vostre grandeur.
Mon prince, fermez l’œil, ainsplus tost les oreilles A ces propos flatteurs qui de feintes merveilles De vostre Bersabée exaltent la valeur;
L'acte plus élevé, plus grand, mais plus nuisible Qu’elle enfanta jamais, feut qu’à vostre malheur, Elle osta de vos noms le titre d’invincible.
Et vous, qui pour sacrer à l’immortalité
D’une infâme Laïs l’impudique beauté
Pillez les verts lauriers dans les jardins des muses,
Qui bastissez au mont des belles un bordeau,
Qui vous ont de leur art les sciences infuses,
Repeu de leur pain doux, abbreuvé de leur eau,
Profanes écrivains, la honte de Parnasse,
De son chaste tombeau l’éternelle disgrâce.
Puissiez-vous exilés à l’escart de nos rois Dedans l’obscur tombeau de la nuit la plus noire,
Ou monstrer ou changer les arts de voslre voix Aux solstices plus hauts d’une immortelle gloire.
Esprits qui ravissez par l’oreille les cœurs, ,
Bouches d’or qui charmez les peuples auditeurs, Ravissez et charmez, mais de fureur plus belle;
Dites qu’un mesme jour qui sauva autrefois Par la mort d’un grand Roy la terre universelle Par la mort d’une femme a sauvé les François.
Et vous peuples, et vous qui sous l’onde commune Courez en mesme esquif une mesme fortune,
Surgis outre l’espoir heureusement au port,
Payez au vray Neptun les vœux sur le rivage,
Et s’il a garanty vos vies sur le bord,
Faites luy sur le bord de vos vies hommage.
Gravez ce bénéfice au tombeau de vos cœurs,
Et logez sur le front de vos derniers malheurs Qui presque ont atterré le destin de la France,
Si les tonnerres sourds, si les petits esclairs
Qui grondoient, qui brilloient, donnoient autre esperance
Que d’un sanglant orage aux yeux de l’univers.
Un fer calamiteux sous un hydre de princes S’en venoit tost ou tard fourrager nos provinces. Et l’estranger, courant sur les derniers abboys Arrouser le tombeau de nostre pauvre mère, Eust écrit justement aux titres des François,
Du parricide fils l’estrange vitupère.
Mais l’Eternel, guignant d’un pitoyable aspect La mère et les enfants, de ce foible projet Vendangea tout à coup le fruit et l’espérance : Ainsi puisse le ciel d’un charitable amour Espouser pour jamais les affaires de France Et d’un siècle doré nous faire voir le jour I
QUELQUES VERS DE JEAN MARY
QUELQUES VERS OE JEAN ALARY
Jean Alary, dont la vie ne fut guère plus heureuse que celle de Mailliet, le Poète crotté, était né à Toulouse dans la seconde moitié du xvi e siècle. On ignore la date de sa naissance et celle de sa mort ; tout ce qu’on sait, c’est qu’il vivait encore en 4622. On peut consulter sur lui les Vies des poètes françois de Colletet et Goujet, Bibliothèque française, t. xv,p. 35-38.
Guillaume Colletet avait connu Alary et dans la notice consacrée à ce poëte, il entre dans quelques détails qui ne sont pas dépourvus d’intérêt et que nous allons reproduire. « Je me souviens « (dit-il) de l’avoir veu mille fois à Paris, et de « l’avoir quelquefois entretenu. Il s’exprimoit ai- « sèment et avec chaleur. Et véritablement on « peut dire qu’il n’y avoit rien de bizarre en sa « personne, si ce n’est sa barbe et ses habits, « puisqu’il portoit au milieu de la cour mesme « une longue et épaisse barbe, fort confuse et « meslée, un chappeau d’une forme haute et « quarrée, qui n’estoit pas celle du temps, et un « long manteau doublé de longue peluche qui « luy descendoit plus bas que les talons, et qu’il
« portoit mesme souvent pendant les plus grandes « chaleurs de l’esté, ce qui le distinguoit des au- « très hommes et qui le faisoit connoistre du peu- « pie, qui Fappeloit hautement Philosophe crotté , « de quoy sa modestie ne s’offensoit jamais... » Sorel a aussi connu notre poète : il le met en scène au livre v de son roman de Francion, et parle également de ce fameux manteau de peluche qui servait à Alary aussi bien l’hiver que l’été.
Quant à la pièce de vers que nous réimprimons, elle est adressée à la reine Marguerite, femme de Henri IY, lorsque cette princesse revint à Paris, en 1605, après une absence de plus de vingt années. Elle occupe les pages 1-6 du volume intitulé : le Premier Recueil des Récréations poétiques de M. Jean Alary advocat en parlement. A la royne Marguerite. A Paris, chez Pierre Ramier, demeurant rue Saint-Jacques à l’Escu de Bourgongne, mdgv (1605) avec privilège du roy; in-4° de 6 feuillets liminaires et 79 pages.
Février 1861 .