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SDR LA MORT DE DDRAND ET DES DEUX SITI FRERES

Sonnet.

C’est un supplice doux et que le ciel avoue.

L’on oyra toujours dire à la postérité

Que c’est le chastiment qu’un traisire a mérité.

Et la fin misérable où luy mesme se voue. '

Heureux qui vous chérit, bienheureux qui vous Le sort doit travailler à sa prospérité, ’ [loue ! Mais ces lasches ingrats qui vous ont irrité Doivent ainsi périr et seicher sur la roue.

J’ay veu ces criminels en leur supresme sort,

J’ay veu les fers, les feux, les bourreaux et la mort : Mon âme en les voyant bénit vostre bon ange ;

Le peuple à cet objet a prié Dieu pour vous : Mesme les patiens ont trouvé bien estrange D’avoir eu la faveur d’un traitement si doux 1 .

• Voir le Second livre des Delices de la poesie française , par J. Baudoin. Paris, Toussaint du Bray, 1620, in-8°, p. 333. L’exemplaire de la bibliothèque Mazarine (n° 21806) a appartenu à Daniel de Monstier, lo célèbre peintre; il contient au feuillet de garde, à la fin du volume, un sonnet écrit de sa main. Les poésies de Théo-

ESTIENNE DURAND

Guillaume Colletet, après avoir relaté les circonstances de la mort de ce malheureux, s’exprime ainsi : a Certes, la France perdit en la « personne de Durand l’une de ses lumières fu- « tures et l’un de ses plus grands ornements. Je a souhaiterais, pour son honneur et son repos, « qu’il eust esté plus sage et que l’affection qu’il « avoit pour le service de sa princesse (la reine « mère) n’eust point esté si prejudiciable à son « prince légitimé, ou plutost que l’ambition de « pàroistre encore plus n’eust point esté la prin- « cipale cause de sa ruine et de son desastre.

phile, comprises dans ce recueil, renferment des variantes manuscrites écrites d’une écriture autre que celle de Du Monstier, et qui pourraient bien être, do Théophile luimême. La fameuse ode la Solitude : Dans ce val solitaire et sombre , est bien moins longue que dans l'édition de M. Alleaume. La pièce -.Elégie à une dame (p. 215 et suivantes de l’édition elzévirienne, t. I er ) est intitulée : Satyre troisiesme, dans les Delices; après le quatorzième vers vient l’addition manuscrite suivante :

Si Platon revenoit au siècle d’aujourd’huy,

Le moindre maquereau se moqueroit de luy.

Fortune est seulement aux vertueux severe :

La bonne conscience est sœur de la misere.

Si le Ciel m'avoit fait ua de ces gros prélats,

De tous les fils du Ciel on me croiroit l’Atlas,

Si j’estois cardinal, et fussé-je une beste,

Mon chapeau couvriroitlcs defauts de ma teste.

Le moyen plus aisé de bien fort profiter,

- Et d’acquérir beaucoup, c’est ne rien mériter ;

Plus il nous faut de bien, plus le destin est chiche,

Et se monstre prodigue alors que l’on est riche.

« Car je me souviens en ma jeunesse que l’estant « un jour allé visiter en son logis sur la grande « réputation qu’il s’estoit acquise à la Cour de « faire des vers aussi bien que pas un de son « siècle, je le trouvay sur son disner à table où « après les compliments ordinaires il me dit que « sa table n’estoit alors que celle .d’un simple « philosophe, mais qu’il esperoit que dans peu « de temps elle seroit la table d’un grand sei- « gneur, et qu’au lieu de trois plats dont on le a servoit, il esperoit d’estre bientost servi à trois « services ; ce qui arriva trois ou quatre mois « devant son malheur, dont sans doute il jetoit « dès lors les premiers fondements par cet ouvrage « si funeste que je n’ay jamais veu et que je n’ay « jamais eu la curiosité de voir, estant comme je « suis, naturellement ennemy de la satyre et des « libelles. »

Ces dernières lignes sont curieuses à plus d’un titre. Colletet se dit ennemy de la satyre et des libelles. Il oublie apparemment que cinq ans après le supplice de Durand il se trou va compromis avec Théophile, Berthelot et Frenicle dans l’affaire du Parnasse satyrique et condamné comme un des auteurs de ce recueil licencieux par arrêt du parlement de Paris du 19 août 1623, à un bannissement de neuf ans hors du royaume avec injonction de garder son ban, à peine d’estre

ESTIENNE DURAND

pendu et estranglé. Il ajoute qu’il n’a pas eu la curiosité de voir le pamphlet le Durand. Cela nous étonne fort de la part de Colletet qui était un véritable amateur de raretés : il devait plus qu’aucun autre, ayant connu personnellement l’auteur, désirer lire l’ouvrage brûlé en place de Grève. Ce pamphlet était-il imprimé? Nous le croyons. S’il eût été manuscrit, il n’aurait certes pas survécu aux flammes du bûcher de 1618 , et Colletet n’aurait pas eu la possibilité matérielle de le lire, possibilité qu’il a eue, mais dont il n’a pas usé : cela ressort clairement selon nous, des termes par lui employés. Remarquons en outre que Colletet n’indique pas le titre du libelle, Boitel seul nous l’apprend : c’est la Riparogra • phie *. «Je ne veux point, dit-il, faire relation . « du sujet de sa Riparographie ; je me contente « de raconter sa mort à nos neveux. » Mais il se garde bien d’entrer dans des détails qui auraient pu nous faire connaître le contenu du livre et nous ne pouvons que regretter la réserve avec laquelle il s’exprime dans son Theatre tragique.

On peut toutefois conjecturer que la Riparographie contenait des traits satiriques contre Luynes

1 Relevons ici l’erreur de la biographie Michaud, qui donne au pamphlet de Durand le titre de Ripozographie (t, XII, p. 347).

et son administration, blâmait la conduite tenue envers la reine mère et flétrissait avec indignation le meurtre de Concini et l’assassinat juridique de la maréchale d’Ancre. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pu, malgré toutes nos recherches, trouver ce pamphlet. Nous ne le voyons pas cité dans les catalogues, et il n’est pas compris dans le Recueil des pièces les plus curieuses qui ont esté faites pendant le régné du connestable jusqu’à présent 1622, in-8. Espérons qu’un des nombreux lecteurs du Bulletin 1 sera plus heureux que nous et pourra mettre enfin la main sur ce rare volume.

Quant aux œuvres de Durand qui se composent d’un roman, d’un recueil de poésies et de vers de ballet, nous renvoyons le lecteur désireux de les connaître, à la vie manuscrite du poète par Guillaume Colletet et aux Recherches sur les théâtres de France, par Beauchamps, 1735, t. ni : il trouvera là tous les renseignements nécessaires.

Septembre 1859.

1 Ceci était écrit dansie Bulletin du bibliophile, publié par Techener.

LE CABINET DES MUSES

LE CABINET DES MUSES

Ce curieux recueil de poésies parut en 1619 sous ce titre : Ce Cabinet des Muses ou Nouveau Recueil des plus beaux vers de ce temps. A Rouen, de l’imprimerie de David du Petit Val, imprimeur et libraire ordinaire du roy, 1619, in-12 de 943 pages. Il est précédé de l’avertissement suivant : « L’imprimeur aux lecteurs. — « Messieurs, la courtoisie de mes amis m’ayant « mis entre les mains un bon nombre de pièces « des meilleurs poetes de ce temps, lesquelles « n’ont encores esté imprimées, j’ay cm profiter a au public de leur faire voir le jour sous le « nom du Cabinet des Muses pour les faire re- « cognoislre entre une infinité de livres de poésie a qui courent sous divers titres. Et pour le a rendre de juste volume j’y ai adjoint les plus « notables pièces de monsieur Du Perron, Ber- « taut, Malherbe, Porchères, de Lingendes, « Renier (sic), Motin et autres, et principale- « ment les plus recentes. J’espere que vous ne « blasmerez mon dessein, ce qui m’occasionnera « à l’advenir de rechercher avec plus de sollici-

« tude ce qui se fera de nouveau qui soit digne a d’estre veu, pour vous en faire participans en « plus grand volume et caractère. Dieu aidant.»

Ce que dit l’imprimeur est loin d’être exact, car la plupart des pièces qui composent le Cabinet des Muses avaient déjà vu le jour dans des recueils antérieurs. (Voir les Muse 9 françaises ralliées, 1603; le Parnasse des plus excellents poetes de ce temps, 4607 ; Nouveau Recueil des plus beaux vers de ce temps, 1609 ; le Temple d’Apollon, 1611 ; Delices de la poesie françoise de Rosset, 1615.)

Bien que portant la date de 1619, ce recueil ne renferme, à de rares exceptions près, que des œuvres de poètes du temps de Henri IV. C’est un des ouvrages les plus importants pour l’histoire de la poésie sous le règne de ce prince, et à ce titre, il ne sera peut-être pas sans utilité d’indiquer les noms des poètes que David du Petit Val a mis à contribution pour composer son volume.

Disons d’abord que presque toutes les pièces . de vers sont signées ; quelques-unes seulement sont sans indication de nom d’auteur.

Le nom de Du Perron apparaît le premier au seuil de l’ouvrage : cet honneur était bien dû à un cardinal. Viennent ensuite des vers de Régnier ; P. Motin, de Bourges ; Malherbe ; Rob.

LE CABINET DES MUSES

Estienne (né vers \ 560, mort en 1630) ; Bertaut ; Laugier de Porchères ; d’Hemery d’Amboise ; le sieur de la Salle et des Termes 1 ; de Pomeny, amant de Marguerite 2 ; Charles de Piard, sieur d’Infrainville et de Touvant, disciple de Malherbe; Gabriel de Trellon, conseiller au parlement de Toulouse (qu’il ne faut pas confondre avec son frère Claude de Trellon, le ligueur) ; Maynard ; G. d’Agoneau ; Raoul Callier, parent de Rapin ; de la Roque ; A. de Vermeil ( Stances sur le

1 Ce poëte est sans ddute le même que Panl Perrot de La Salle, auteur du poëme intitulé : le Contr’empire des sciences et le mystère des asnes P. P. P. P., avec un paysage poetic sur autres divers sujects par le même autheur. A Lyon, de l’impression de François Aubry, à l’enseigne de l'Asne bardé, 1599, in-16 de 4 feuillets liminaires et 132 feuillets.

* Le sanglant libelle de d’Aubigné, le Divorce satyrique , s’exprime ainsi au sujet de Pomeny : « C’est pour luy « qu’elle (la reine Marguerite) fit faire les lits de ses dames « d’Dsson si hauts qu’on y voyoit dessous sans se cour- « ber, afin de ne s’escorcher plus comme elle souloit les « espaules ni le fessier en s’y fourrant à quatre pieds toute « nue pour le chercher; c’est pour luy qu’on l’a veue sou- « vent tastonner la tapisserie, pensant l’y trouver, et ceci luy pour qui bien souvent, en le cherchant de trop d’af- « fection, elle s’est marqué le visage contre les portes et « les parois. C’est ponr luy que vous avez tant ouy chance ter à nos belles voix de cour ces vers faits par elle- « mes me ;

« A ces bois, ces prés, et cet antre,

« Offrons les vœux, les pleurs, les sons,

<c La plume, les yeux, les chansons « D’un poëte, d’un amant, d’un chantre. »

gris, la Mort d’A&trée) ; Catherine de Bourbon, duchesse de Bar, sœur de Henri IV ‘ j d’Huxattime ; du Maurier, huguenot et plus tard ami de Saint-Amant ; des Yveteaux, fil3 de Vauquelin ; Alexandre de Pontaimery, seigneur de Focheran ( Hymne de Vaumosne) ; de Beaumont -Harlay; Pierre Pyard de la Mirande, sans doute parent de Touvant et auteur de Bergeries qui ne sont pas sans mérite. Transcrivons ici un de ses sonnets :

SONNET

Ces prés, heureux tesmoins de nostre amitié sainte, Puissent, ma Doralise, à jamais estre verts,

Toujours de fleurs de jonc et de glayeul couverts, Sans de la courbe faux jamais sentir l’atteinte l

Y puissions nous toujours, francs de haine et de crainte, Le long des clairs ruisseaux serpentans au travers, Nous baiser sans soupçon et couchés à l’envers L’un à l’autre d’amour nous entrefaire plainte.

Qu’en l’ecorce des saulx nos chiffres engravés Contre l’effort du temps soient du ciel préservés,

Afin d’estre tesmoins à la race future

Combien ferme en nos cœurs autrefois fut l’amour Dont, malgré le trespas, la flamme chaste et pure En nos esprits unis rayonnera toujoui.

1 A. de Vermeil a écrit l'Epithalame de Monsieur le duc de Bar, prince de Lorraine et de Madame Catherine de

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On trouve encore dans ce recueil des poésies de François de Rosset, l’éditeur des Delices de 1615 ; Le Cordier deMaloysel ; Le Métel (Bois- Robert) ; Jean Baudoin, l’éditeur des Delices de 1620 ; Bouteroue (le Petit Olympe d’Issy, pièce non signée) ; Lingendes, l’auteur des Changemens de la bergere Iris ; de Lespine f Chaulvet (Le gage touché); de Viau (c’est le fameux Théophile) ; Fr. Chovayne ; de Lastre ; Passerat (vers non signés) ; J. Chrestien ; N. Renouard (vers de piété) et Coulomby ( Consolation à la reine mere sur la mort du feu Roy , pièce non signée).

Citons maintenant quelques vers de Motin, un poète jadis célèbre et maintenant presque oublié *.

Motin n’est guère connu que par ce qu’en dit Boileau dans VArt poétique , chant IV :

J’aime mieux Bergerac et sa burlesque audace Que ces vers où Motin se morfond et nous glace.

Bourbon, sœur unique du roy. (Voir le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps. Lyon, 1618, t. II, feuillets 50-59.)

* Pierre Motin naquit à Bourges. On ne sait au juste ni ta date de sa naissance ni celle de sa mort ; mais il n’existait plus en 1615 et môme en 1614. (Voir les vers de Bonnet, neveu du défunt sieur Motin, dans tes Delices de Rosset, 1615, p. 933; le privilège est du 27 novembre 1614.) Motin était ami de Regnier, et a mis en tôte des satires de

Mais cette sentence de Boileau est loin d’ètre juste. Qu'on veuille bien lire les vers de Motin

ce dernier une ode qu’on peut lire dans les anciennes éditions du poëte de Chartres ; Regnier, de son côté, lui a dédié sa quatrième satire. Il avait une sœur qui, elle aussi, cultivait la poésie (il y a deux sonnets de cette dame dans les Muses en deuil en faveur du sieur Brun, sous le nom de Cleante pour la môrt de son Alcinde. Paris, Toussaint du Bray, 1620, in-8, de 64 p.). Les poésies de Motin n’ont jamais paçu en volume : elles sont éparses dans les recueils suivants : Les Muses françaises ralliées de diverses parts, pur le sieur Despinelle. Lyon, Barthélémy Ancelin, 1609, in-16 (il y a des éditions antérieures) ; le Parnasse des plus excellents poetes de ce temps , 1607, 2 vol. in-12 ; id., Paris, Guillemot, 1618; id., Lyon, 1618; les Muses incognues, ou la Sei/le aux boui'ritrs pleine de désirs et imaginations d'amour , Rouen, Jean Petit, 1604, in-12; les Muses gaillardes recueillies des plus beaux esprits de ce temps, par A. D. B. P. (Ant. Du Brueil Parisien), 1609, in-12 ; Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps, Paris, Toussaint du Bray, 1609, in-8, p. 213-281; id., Lyon, Barthel. Ancelin, 1615, in-12 ; le Temple d'Apollon, ou Nouveau recueil des plus excellens vers de ce temps , Rouen, Raph. du Petit Val, 1611, 2 vol. in-12 ; les Satyres bastardes et autres œuvres folastrcs du cadet Angoutevent, 1615, in-12; les Délices delà poésie françoise de Rosset, 1615, p. 561-643, et de Baudoin, 1620, p. 377- 448; Recueil des plus excellens vers satyriques, Paris, Estoc, 1617, in-12; le Cabinet satyrique ; les Delices satyriques, Paris, Ant. de Sommaville, 1620, in-12 ; le Cabinet des Muses, 1619; le Parnasse satyrique ; Le Séjour des muses, ou la Cresme des bons vers, 1626; id . , 1630 ; Recueil des plus beaux vers de Malherbe, Racan, Monfuron, etc., Paris, Toussaint du Bray, 1627, in-8, p. 690-792; id., 1630, p. 730-833; id., Pierre Mettayer, 1638; le Nouveau Parnasse satyrique, 1684, in-12. On trouve encore des vers de Motin en tête des Amours et premières œuvres poétiques de François de Louvencourt, seigneur de Vauchelles, 1595, in-12; des Œuvres du sieur de LaRoque

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insérés dans le Cabinet satyrique et l'on verra s’il mérite la qualification de poêle froid. Ami de Regnier, il rivalisait avec lui de licence et d’obscénités. Mais cela ne l’empêchait pas d’être bien accueilli à la cour de Henri IV. 11 y a de beaux vers dans ses Stances sur ce qui fut attenté contre le roy , le lundi, 19 e jour de décembre (il s’agit de l’attentat du procureur Jacques des Islesqui frappa le roi sur le Pont-Neuf en 1605). En voici quelques strophes :

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