STANCES
Vous qui pour le danger du plus grand Roy qui vive Sentistes les frissons d’une fievre craintive,
Faites que de vos chants l’air plus haut soit frappé, Que la juste allégresse à la frayeur succédé,
Et que du bien présent le plaisir vous possédé Au lieu du souvenir du péril eschappé.
On dit que par magic en frappant une image Celuy qu’elle figure en reçoit le dommage Sentant au mesme temps le mesme coup sur soy :
de Clermont en Beauvoisis, 1609, in-12 ; des Airs de cour de Guedron, 1608-1620, 5 parties in-8, II e livre, et du Recueil des reglements notables de son compatriote, Jean Chenu, 4» édition, Paris, Robert Fouet, 1611, in-4; id., 5* édition, Lyon, 1614, in-4. Guillaume du Sable, l’auteur de la Muse chasseresse , Paris, 1611. in-12, a adressé à Motin deux sonnets, p. 156157 — Voir sur c» poète, Goujat. Bibliothèque française , t. XIV, p. 218-221.
Tout le corps de Testât que le Roy seul asseure De ce coup parricide eust senlv la blessure Et respandu son sang par les veines du Roy.
Grand Roy que tout le monde en l’adorant contemple Qui sert d’estonnement et non pas d’un exemple, Car un roy comme luy ne peut estre imité,
Sans premier ny second, seul pareil à soy mesme, Dont le bonheur s’egale à la valeur extrême,
Et l’extrême valeur à l’extrême bonté.
Parmy les coups divers des piques et des lames, Dans le bruit des canons, la poussière et les flammes, C’est ce Roy qui soustint cent bataillons armés, Tenant aux accidents ses vertus préparées,
Et vit autant de morts contre luy conjurées Que d’ennemis vivans à sa perte animés.
C’est luy qui s’est fait jour dahs la foule des armes Et ne paslit jamais que de pitié des larmes,
Que de regret de voir le sang humain versé Et que des ennemis l’ame au corps estouffée A sa rare clemence eust ravy le trophée De pouvoir pardonner quand il est offensé.
Seigneur, ne permets pas qu’un sacrilege efface Par la mort de ton oingt le portrait de ta face,
Mais un fil plus durable à ses jours attachant, Sans qu’aucun de ses vœux ta faveur luy desnie, Rends pour luy sans effet l’œil de la calomnie, La bouche du perfide et la main du meschaut.
Fay que de son Dauphin les saisons avancées Passent mesme l’espoir conçeu dans nos pensées
LE CABINET DES MUSES
De le voir des guerriers plus craindre qu'envier, Et que l’enseignement d’un si genereux Père Donne au destin du tils pour le rendre prospère, Ce que le doux ruisseau donne au jeune olivier.
Fay que d’un Roy si grand le nom partout se vante Et comme le cyprès les serpens espouvante,
Que son ombre aux meschans apporte de l’effroy ; Fay luy voir que des siens l’amitié luy doit plaire. Que la plus seure garde est n’en avoir que faire, Mais n’en avoir que faire, il ne le peut sans toy.
Citons encore quelques fragments de sa Méditation sur le Memento homo :
Souviens toy que tu n’es qne cendre,
Et qu’il te faut bien tost descendre Dans le fond d’un sepulchre noir Où la terre te doit reprendre,
Et la cendre te recevoir.
Le péril te suit à la guerre ;
Dessus la mer, dessus la terre Le peril.le suit en tous lieux,
Et tout ce que le monde enserre Vit en péril dessous les cieux.
Des hommes la maudite vie A mille maux est asservie,
Dont le moindre est assez puissant Pour arracher l’ame et la vie Hors de nostre corps languissant.
Puis après la mort endurée De ta despouille demeurée Les membres seront sans chaieur, Et ta face desfigurée Et tes deux levres sans couleur.
Des prestres la triste cohorte Viendra chanter devant ta porte ;
Un drap de morts et un linceuil Couvriront ta charogne morte Prisonnière dans un cercueil.
Les torches luiront par la rue,
Et des liens la troupe accourue, Couverte d'un long habit noir A ton ame mal secourue Payeront le dernier devoir.
Alors la prunelle offusquée,
La langue qui s’est tant moquée,
Et ta peau cendre deviendront,
Et au lieu de poudre musquée Les vers dans ton pôil se tiendront.
Tout ce qui dans terre chemine De puanteur et de vermine,
Mille crapeaux, mille serpens Iront sur ta morte poitrine Et dessus ton ventre rampans.
Ton ame de nul consolée Qui cependant sera volée Où l’on juge en dernier ressort, Toute tremblante et désolée Mourra de peine après ta mort.
LE CABINET DES MUSES
La main de ton juge équitable A ton offense délestage Sa justice fera sentir :
Un grand abysme espouvantable S’entrouvrira pour t’engloutir.
Pense donc que tu n’es que cendre Et qu’il te faut bien tost descendre Dans le fond d’un sepulchre noir Où la terre te doit reprendre , Et la cendre te recevoir.
Certes de tels vers ne viennent pas d'un poète médiocre et sont loin de justifier la sévère censure du législateur du Parnasse. Boileau, du reste, comprenait £urt peu notre vieille poésie : ses jugements sur Ronsard, du Bartas et Saint- Amant ont été révisés par la critique moderne. En sera-t-il de même de l’opinion par lui émise sur Motin ? Nous l’espérons.
LA SATYRE DU TEMPS
a Théophile.
Parmi les pièces importantes pour l'histoire littéraire de la fin du xvi e siècle et du commencement du xvn' figure au premier rang la Satyre du temps à Théophile que nous reproduisons ciaprès. Cette satire est en alexandrins assez médiocres, il est vrai, mais pleins de détails curieux sur les poêles du temps de Henri IV et de Louis XIII. Elle parut pour la première fois, suivant Le Clerc, à Lyon, en 1619, à la suite de l 'Espadon satyrique *. On la retrouve dans d’autres éditions de ce livre, notamment dans celle de Lyon, Jean L’Autret, 1626, in-12 de 1-13 pages (elle occupe dans cette édition les pages 131 à 139) ainsi que dans la Satyre Me-
1 Nous n’avons pas vu l’édition de YEspadnn satyrique de Lyon, 1619; nous ignorons, par conséquent, si la Salyre du temps s’y trouve, ainsi que l'affirme Le Clerc ; mais nous connaissons une édition de Rouen sous la même date, et dont voici le titre exact : V Espadon satyrique , par le sieur de Franchcre, gentilhomme franc-comtois, dédié à M. le baron de Roche. A Rouen, chez Jacques Besongne, Nicolas Le Prévost et Jean Boulay, mdcxii (1619), in-12 de 122 p. La Satyre du temps inauque complètement.
LA SATYRE DU TEMPS. 253
nippée de Courval Sonnet, Lyon, Vincent de Cœursilly, 1623, in-8, pages 186-193.
Quel est l’auteur de cette pièce ? Sur ce point les avis sont partagés. Les uns, comme Goujel ( Bibliothèque françoise , t. XIV, pages 310-313) et l’abbé Joly pensent que Courval a écrit celte satire ; d’autres, comme Le Clerc et d’Artigny (Nouveaux mémoires d’histoire et de littérature, t. VII, pages 111-121) l’attribuent à un poète assez obscur nommé Besançon. Pour nous, nous n’hésitons pas à admettre cette dernière opinion, et voici nos motifs à l’appuL Besançon a signé la Satyre du temps dans l’édition de YEspadon ci-dessus indiquée ; dans la Satyre Menippée, de Courval, au contraire, aucun nom, aucune signature. C’est là , ce nous semble , un motif suffisant pour donner la paternité de l’œuvre à Besançon qui se nomme et qui signe. Dira-t-on que ce nom est un nom de convention et de fantaisie ? Non, car nous trouvons dans les œuvres de Gilles Durant une pièce intitulée Songe, adressée à Nicolas Bezançon; c’est l’ode XXI du premier livre 1 ; malheureusement cette pièce n’apprend rien sur notre auteur. Nous voyons également dans le même volume, au mi-
* Voir Les Œuvres poétiques du sieur de La Bergerie , avec les imitations tirées du latin de Jean Bonne fous. Paris, Abel L’Angelier, 1594, in-12, feuillets 114-117.
lieu des pièces en l'honneur de Durant une longue ode à la manière antique avec strophes, antistrophes et épodes, signée Nie. Bezançon Tout ceci prouve, selon nous, que ce poète a bien réellement existé et n’est nullement un être imaginaire.
Nous croyons donc que la Satyre du temps est l'œuvre de Nicolas Besançon et qu’elle doit lui être restituée.
Mars 1860.