LE VOYAGE OU PRINTEMPS DE CLAUDE BINET
On ne connaît guère de Claude Binet que le Discours de la vie de Pierre de Ronsard, qui parut pour la première fois en 1586, et qui a été joint depuis aux diverses éditions du grand poète du seizième siècle. Ce n’est pourtant pas la seule œuvre qu’il ait composée ; il a écrit en outre un grand nombre d’ouvrages en vers, dont on peut voir les titres dans La Croix du Maine et Du Verdier, ainsi que dans la Bibliothèque françoise de l’exact abbé Goujet, t. XII, p. 249-257 et 465- 466. Ce poêle, qui jouissait de son temps d’une certaine réputation et que La Croix du Maine appelait un homme fort docte en grec , latin et françois , et bien versé en l'une et l’autre poésie , est bien oublié maintenant, et c’est, selon nous, certainement à tort, car on trouve dans ses poésies quelques pièces gracieuses et presque réussies, comme le Voyage du printemps que nous réimprimons. Il était né à Beauvais, dans la Picardie. Après avoir étudié sous le célèbre Jean Daurat (en latin Aura tus), il se fit recevoir avocat au parlement de Paris, et séjourna dans
cette ville; là il se lia avec Ronsard et les principaux poètes de l’époque. Il se maria et eut un fds nommé François, à qui il dédia le Discours de la vie de Ronsard. Tels sont à peu près les seuls renseignements qu’on ait sur la vie de Claude Binet. On ignore la date de sa naissance et celle de sa mort ; tout ce qu’on Bait, c’est qu’il vivait encore en 1594 et exerçait alors les fonctions de lieutenant général d’Auvergne.
Nous n’avon# pas l’intention de donner la liste complète des ouvrages de Claude Binet; nous nous bornerons à citer les suivants, renvoyant pour plus de détails au livre de Goujet.
I. Les Œuvres de Jean de La Peruse , avec quelques autres diverses poésies de Cl. Binet B. (Beauvoisin), 1573. A Paris, par Nicolas Bonfons, demeurant rue Sainct-Jacques, à la Charité ; in-16 de 8 feuillets liminaires et 178 feuillets (le dernier numéroté par erreur 177). Cette édition des œuvres de J. de La Peruse, mort dès 1555, a été donnée par Cl. Binet, qui l’a dédiée à messire René de Voier, vicomte de Paulmy, gouverneur de Touraine. La dédicacé est datée du 1 er janvier 1573. Les poésies de Binet commencent au feuillet 140 et vont jusqu’à la fin du volume. — Idem, à Lyon, par Benoist Rigaud, mdlxxvii (1577) ; in-16. Cette édition, bien que renfermant les mêmes pièces et le même nombre
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LE VOYAGE DU PRINTEMPS
de pages que la précédente, est d’une impression différente.
II. L’Adieu de France au sérénissime roy de Poloigne, dédié à très-illustre prince et révérendissime cardinal Charles de Bourbon, évesque et comte de Beauvais , pair de France , par Claude Binet B. A Paris, par Michel Gadouleau, demourant au Clos Bruneau, à la Corne de cerf, 1573; in-4. Ce poème est en vers de dix syllabes.
III. La Puce de madame des Roches, qui est un recueil de divers poèmes grecs, latins et françois, composés par plusieurs doctes personnages aux grands jours tenus à Poictiers l'an mdlxxix. A Paris, pour Abel L’Angelier, au premier pillier de la grand salle du palais, mdlxxxui (1583), avec privilège du roy ; in-4 de 4 feuillets liminaires et 91 feuillets.
IV. La Main ou Œuvres poétiques faits sur la main de Estienne Pasquier, advocat au parlement de Paris. A Paris, chez Michel Gadouleau, demeurant au Clos Bruneau, à l'enseigne de la Corne de cerf, mdlxxxiiii (1584), avec privilège du roy; in-4 de 14 feuillets liminaires et 43 feuillets, plus 1 feuillet pour errata.
On trouve dans ces deux recueils quelques vers de Cl. Binet.
fit VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
V. Sur les plaisirs de la maison et vie rustique . , poèmes extraits de plusieurs excellents aucteurs.
Cent fois je te salue, heureuse agriculture Dont l’art sçait enrichir les trésors de nature;
La veille, la sueur et le soing qui toujours Accompagnent tes pas, nous servent de secours Pour éviter la faim qui sans loy nous fait guerre ; Tu es fille du ciel et mère de la terre.
Tiré d’un plus long poème de Cl. Binet.
Sans date. In-4 de 59 feuillets, plus i feuillet non chiffré, sous la signature A-Pij.
Ce recueil renferme un poème de Cl. Binet :
Les Plaisirs de la vie rustique et solitaire, f. 16-19.
VI. Les Plaisirs de la vie rustique et solitaire , par Cl. Binet. A Paris, pour la vefve Lucas Breyer, tenant sa boutique au second pillier de la grand salle du palais, 1583. In-12 de 29 feuillets, plus 2 feuillets non chiffrés. Renferme, outre le poème ci-dessus, des poésies diverses.
VIL Discours de la vie de Pierre de Ronsard , gentilhomme vandomois , prince des poètes françois , avec une éclogue représentée en ses obsèques par Claude Binet; plus les vers composés par ledit Ronsard peu avant sa mort , ensemble son tombeau recueilli de plusieurs excel-
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lents personnages. A Paris, chez Gabriel Buon, au Clos Bruneau, à l’image S. Claude, mdlxxxvi (1586), avec privilège du roy; in-4 de 111 pages. — Le Discours de la vie de Ronsard a été réimprimé, mais sans les pièces supplémentaires, dans les Archives curieuses de l’histoire de France, de Cimber et Danjou, t. X, p. 359-415.
VIII. Les Destinées de la France au Roy, en semble le fragment du poème de la Loy de Pierre de Ronsard , destiné pour Sa Majesté, non encore veu. A Paris, chez Jamet Mettayer et Pierre L’Huillier, imprimeurs et libraires ordinaires du roy, mdxciiii (1594). In-4 de 54 pages (la dernière numérotée, par erreur, 45). Poème en vers de 12 syllabes; le nom de l’auteur se trouve à la fin. L’exemplaire que nous avons vu de ce rare volume était l’exemplaire de dédicace à Henri IV, et portait ces mots écrits par l’auteur sur un feuillet blanc en tète du livre : « Aux immortelles vertus et félicités de Henry le Grand II1I, roy de France. De Sa Majesté le trèshumble subjet et serviteur fidelle , Claude Binet, lieutenant général d* Auvergne. »
Il nous reste maintenant à dire quelques mots du Voyage du printemps. Deux versions existent de cette pièce, deux versions complètement différentes : la première et la plus ancienne a paru dans le volume des Œuvres de Jean de La Pe-
ruse que nous avons cité plus haut (voir le f. 150-152), et porte pour titre : Gayeté du Printemps à ses amis les invitant aux champs; la seconde est intitulée : Le Voyage du printemps , et présente quelques changements et de nombreuses augmentations. C’est ce second texte que nous reproduisons, comme étant plus complet et plus important ; on le trouve aux feuillets 7-10 de l’ouvrage : Les Plaisirs de la vie rustique et solitaire , par Claude Binet , Paris, veuve Lucas Breyer, 1583. Nous donnons en note toutes les variantes de la première version, afin que le lecteur puisse comparer entre eux les deux textes, apprécier en pleine connaissance de cause les modifications apportées à l'œuvre primitive, et voir enfin si Claude Binet a été bien inspiré en changeant et remaniant, en 1583, une pièce par lui écrite dix années auparavant.
Mars 1862.
LE VOYAGE DU PRINTEMPS
A Messieurs Jacques de la Guesle, conseiller du Roy en son conseil d’Estat et son procureur general, et François de la Guesle, abbé de Cerisy, frères.
LF VOYAGE DU PRINTEMPS
Jusques icy 1 * la saison rigoureuse Longtemps par trop dans ta ceinture creuse A geiné * tes poissons,
Seine au beau port, et ton plaisant rivage Par trop longtemps, au lieu d’un verd herbage A blanchi de glaçons.
Si bien qu’alors sur ton eschine large Tu resistois à la plus forte charge Sous le joug du grand froid.
Quand peu après les pièces de ton marbre Vont abbatant mainte maison et arbre Sur ton onde qui croist.
Ainsi longtemps les plaisirs de ta rive Avec l’honneur de son herbe plus vive Nous laissent leur désir :
Que pleust à Dieu, tant je hay la froidure 3 Qu’il m’eust permis, pendant que ce temps Un Loirot devenir 1 [dure 4 ,
Or c’en est fait : les neiges escoulées Ne rendent plus tes campagnes enflées,
Et l’air serain et doux Va ravivant les herbes et les plantes Flatté 5 du vent qui à secousses lentes Les esbranle à tous coups.
1 Variante de l’édition de 1573 : Nous avons veu.
* Id. Esclaver.
s Id. Pendant que ce temps dure.
* Id. Tant je hay la froidure.
* Id. Poussé.
BS VARIÉTÉS BIBLIOGRAPHIQUES.
Dedans les bois quand l’aurore vermeille Ouvre les yeux à tout ce qui sommeille,
Que de plaisir on voit !
Dieux! quel plaisir quand la neuve languette De Philomele ou bien de i’alouette Loin des villes on oit!
Allons donc prendre en quelque lieu tranquille Le 1 grand plaisir qui n’est point dans la ville Aux trafics empeschans 2 :
La ville n’est que la cage des hommes 3 Qui doit laisser à nous qui libres sommes La liberté des champs 4 .
Allons, amis, ô du nom de La Guesle Les deux rameaux de verdure immortelle,
Des deux astre jumeau,
Puisque vostre œil dessus mon chef esclaire, Puisque vous deux aux champs me faites plaire, Guidez ce saincl troupeau s .
* Variante de l’édition de 1573 : Ce.
* Id. Aux troubles empeschans.
* Id. De l’homme.
4 Id. Qui n’est point propre à nous tout ainsi comme Elle est propre aux marchands.
* L’édition de 1573 contient une strophe toute autre :
Allons, amis, allons, docte de Piennes,
Cher nourrisson des sœurs Pieriennes,
Allons, mon cher Landri,
Vous mon Gaiette, et vous aussi de Lorme,
Il n’est pas temps qu’à cette heure l’on dorme, Allons donc, je vous pry.
LE VOYAGE DU PRINTEMPS
Voicy Ronsard 1 chef de la docte bande, Voici Baïf * qui aux Muses commande,
Et Des Portes 3 après,
Trois rares chefs dont la France orgueilleuse Ose braver ceste gloire pompeuse Des Latins et des Grecs 4 .
Jà sainte Marthe 5 icy vers vous s’avance, Portant en main la verte recompense
1 Pierre de Ronsard, né en 152/1, mort en 1585. Voir sur lui le Dictionnaire de Bayle; Goujet, Bibliothèque française, t. XII, p. 192-249 ; Sainte-Beuve, Tableau de la poésie française au XVI e siècle, édit, de 1843, p. C3-81 et 291-316; Viollet Le Duc, Biblioth. poétique, p. 277-284.
* Jean-Antoine de Baïf. Les biographes ne sont d’accord ni sur la date de sa naissance ni sur celle de sa mort, et le font naître en 1530, 1532 et 1533, et mourir en 1589, 1590 et 1591. Pour nous, nous appuyant sur un portrait du poète qu’on trouve dans la Chronologie collée (n® 116), nous Axerons l’année 1532 comme date de sa naissance (c’était l’opinion do La Croix du Maine), et 1589 comme date de sa mort. On peut consulter sur ce poète La Croix du Maine, édition de Rigoley de Juvigny, t. I* r , p. 439-441; Du Verdier, t. II, p. 333-345; Goujet, t. XIII, p. 340-364; et Viollet Le Duc, p. 304-308.
s Philippe Desportes, le poëte le plus gracieux et le plus harmonieux du xvi» siècle, naquit en 1546, et mourut en 1606. Voir sur lui Niceron, Mémoires pour servir à l'histoire des hommes illustres, t. XXV; Goujet, t. XIV, p. 63-78; Sainte-Beuve, p. 105-113 et 415-439.
* Cette strophe et les cinq suivantes manquent dans l'édition de 1573.
5 Scevole de Sainte-Marthe, né en 1536, mort en 1623. Voir Niceron, t. VIII; Goujet, t. XIV, p. 324-336; t. XV, p. 134*137 ; Viollet Le Duc, p. 398-399 ; et Léon Feugère, Caractères et portraits littéraires du XVI e siècle, 1859, ir.-8, t. I« r , p. 397-485.
Des esprits doux cbantaus ;
Voicy Rapin 1 qui doctement essaye De faire dire à son anche plus gaye Le doux plaisir des champs *.
J’accorderay avec sa challemelle Mon larigot, ouvrage de Croutelle :
O Dieux ! que maintes fois Sous le doux air de ses notes divines J’ay fait danser les nymphes Poitevines Au plus secret des bois!
Sçavant Du Vair 3 , sçavant Tournebe 4 encore , Sçavant Cissé 5 qui nostre France honore
‘ Nicolas R&pin naquit, suivant l’excellente notice de M. Benjamin Fillon, mise en tête de sa réimpression des Plaisirs du gentilhomme champêtre , en 1539, et mourut en février 1608. D’autres écrivains le font mourir en 1609; mais uous croyons que la date de 1608 est la bonne : c’est celle que donne Lestoile dans son Journal de Henri IV. Voir sur Rapin : Lestoile, Journal de Henri I V, édition Champollion-Figeac, p. 451; Bayle, Dictionnaire historique ; Niceron, t. XXV ; Goujet, t. XIV, p. 119-133 ; Viollet Le Duc, p. 352-354.
* Claude Binet fait allusion au poème intitulé Les Plaisirs du gentilhomme champêtre , dont M. Benjamin Fillon a donné une bonne édition tirée à 100 exemplaires. Paris, Techener, 1853, in-12 de 52 pages.
3 Guillaume Du Vair, chancelier de France sons Louis XIII, né en 1556, mort en 1621.
* Odet Turnèbe, fils aîné du savant Adrien Turnèbe, mort en 1581 à l’âge de 28 ans. A écrit quelques vers sur la Puce de M u « des Roches, et la comédie des Contens , réimprimée dans l 'ancien Théâtre françois, publié par Jannet, t. VII, p. 107-231. Voir La Croix du Maine, t. II, p. 203-204, et Goujet, t. XIII, p. 270-272.
•Jacques Conrtin de Cissé, gentilhomme percheron,
LE VOYAGE DU PRINTEMPS
D’un Synese nouveau,
Si vous venez, ja ma main vous appreste, Digne présent de vostre rare teste.
Un immortel chapeau.
Sus Bonnefons *, laisse là ta maistresse ; C’est maintenant qu’il faut que l’on caresse Les Muses et le vin;
Docte Bucbel, ceste troupe t’appelle,
Et mon Jacquier dont l’amitié fidelle Vit en mon cœur sans fin.
De mes amis voicy la triple grâce,
Mon Hesselin, Le Sueur et La Place, Chacun avec son chien.
O quel bonheur de rencontrer ensemble Icy les trois où la vertu m’assemble D’un immortel lien l
Voyez, voyez là bas ceste arondelle Qui parle encor de sa vieille querelle :
mort le 18 mars 1584, à l’âge de 24 ans. La Croix du Maine fait un grand éloge de sa traduction de Synesius : « Il a « traduit de grec en vers françois les hymnes de Synesius, « evcsque de Ptolemaïde, avec un tel heur et tant de « grâce, que c’est chose digne d’admiration pour le bas « âge auquel il estoit quand il en fit la version, laquelle a « esté approuvée par les plus doctes de nostre siècle. » Voir La Croix du Maine, t. I«f, p. 401 ; Du Verdier, t. II, p. 274-276; Goujet,t. XII, p. 301-307.
1 Jean Bonnefons, le père, né à Clermont, en Auvergne, en 1554, mort en 1614. Auteur de la Pancharis, qu’imita en vers français, Gilles Durant, sieur de la Bergerie, son ami.
Quoy I ne sentez vous pas Sur vous, amis, ceste fraischeur rousine,
Ce don du ciel, ceste manne divine Glisser à petits pas?
Le ciel nous rit en sa couleur plusgaye,
Et le poisson qui sautelant s’esgaye Sur les paisibles eaux
Nous monstre assez combien nous devons prendre De passetemps sans plus longtemps attendre Aux mois qui sont plus chauds.
Vers le destour 1 où l’on voit Marne et Seine De leur amour donner preuve certaine Nous prendrons nos esbats,
Or folastrans dedans les isles moettes *,
Ore lisans à l’ombre les bons poètes,
Le temps ne perdrons pas.
Nous nous perdrons aux couvertes allées Que la nature a par ordre esgallées Dans ces prochains taillis;
De mille fleurs la terre se couronne De mille oiseaux maint antre qui resonne Double le gazouillis 3 .
0 quel plaisir de voir la prompte ruse Du chien couchant qui la perdrix accuse
’ Variante : Là droictement.
* CI. Binet, au lieu de moites , a écrit moettes pour la rime.
3 Cette strophe et les trois suivantes ne font pas partie de l’édition de 1573.
LE VOYAGE DU PRINTEMPS. 7Î
D’un nez droit et posé !
Braque, tout beau, dessus deux je me tourné, 0 bon augure I avec deux je retourne :
N’est-ce pas bien visé?
O que tantost au long de ceste plaine Dans ces blés verds d’une agréable peine 11 fera beau chasser!
Voyez desjà Lamy mon chien fidelle Qui sent du lievre el d’une course isnelle Au vent le va chercher.
Las de chasser, suivans la verte rive Nous lascherons dans le courant d’eau vive La saene ou l’esprevier :
En ce doux mois ja la carpe dorée,
Pour mieux gouster l’appast de Cythérée Cherche le blond gravier.
Mais dessus tous 1 j’ay remarqué les places Au fond de l’eau où les verveus et nasses Enferment le poisson.
Je les lev’ray 2 , puis de façon accorte Nous poursuivrons la pesche d’autre sorte Avecques l’hameçon.
Dorile * aura en sa bannière torse Quatre hameçons eschés de vice amorce Et le plomb mis au bout ;
1 Variante : Tout.
1 Licence poétique pour leveroy. L’édition del573 porte prendray.
* Variante : Chaectin.
Un peu plus haut le liege qui tout porte Fera le guet, si le poisson l’emporte Pour l’enfiler 1 debout.
Après avoir sondé d’une plommée Le fond de l’eau où mainte herbe est semée, Sachant quel fond y duit.
Il surprendra le gardon qui ja monte Et l’able aussi à mordre par trop prompte Au ver qui le trahit 2 .
Le barbillon qui dans le gravois hante Et le munier 3 charge par trop pesante A un foible 4 sion
Ne fuyront point les crochets de sa ligne 5 Aflriandés de viande benigne 6 ,
O belle 7 trahison t
Après cela nous irons voir la vigne Qu’abeent ja d’une glaireuse 8 eschine
1 Id. L’enlever.
* L’édition de 1573 porte :
Nous surprendrons le gardon qui ja monte Et Table aussi à mordre par trop prompte Au ver qui le trahit,
Apres avoir, aidés d’une plommée,
Jaugé le fond, car mainte herbe semée Contre terre nous nuit.
s Variante : Meunier.
» Id. Tendre.
s Id. De nos lignes.
« id. De viandes bénignes.
7 Id. Gaye.
» Id. Rampante.
LE VOYAGE DU PRINTEMPS
Les limas environ 1 * ;
Nous jugerons au bel œil qui bourgeonne L’heureux succès qu’apportera l’automne Au pauvre vigneron.
Ce n’est point tout : dedans la taille espaisse* Nous trouverons l’aubepin qui se baisse 3 Sur un clair ruisselet 4 Où en ce temps rien est qui n’y florisse,
Le thym, la rose et la fleur de narcisse A qui son ombre plaist.
Le rossignol à la gorge altérée Las de chanter 6 sur le bord se recrée Pour sa soif estancher;
Quant aux bergers errans parmy la plaine 11 n’est permis que de ceste fontaine Ils puissent approcher.
Aussy les Dieux 6 qui l’ont en sauvegarde N’y veulent voir qu’une trouppe gaillarde D’enfans des Dieux yssus :
Nous irons donc, et sans qu’on nous refuse, Nous dormirons à l’adveu de la Muse Sur les gais bords moussus.
Puis au resveil, de loin nous orrons dire A un berger le feu qui le martyre
1 Variante : D’environ.
* Id. Dans la forest espaisse.
3 Id. Maint arbre qui s’abaisse.
* Id. Dessus un ruisselet.
* Id. Par trop chanter.
4 Id. Les Déités.
D’un bourdon entonné,
Ce temps pendant qu’en la trouppe lascive Des boucs barbus, l’un contre l’autre estrive D’amour espoinçonné.
Incontinent la table sera mise Dans un rocher où le ruisseau devise D’un cours grillant soudain ‘ ;
Pour le tapis nous aurons l’herbe verte,
Qui rend la grotte à l’entrée couverte *
D’une prodigue main.
Nous cueillerons 1 * 3 d’une main blanche et nette De part en part l’amoureuse roquette,
Mais après 4 nous prendrons Pour corriger sa chaleur coustumiere 5 Joints au cerfeuil, de l’herbe fontanière 6 Les plus jeunes tendrons.
Nous les lav’rons 7 au surjon qui devalle,
Nous les noirons d’olive 8 provençale.
De vinaigre et de sel j Pardonnez moy, ô Dieux, si je n’envie
1 Variante : D’un cours un peu soudain.
* Id. Entièrement couverte.
* Id. Cueillirons.
4 Id. Et surtout.
* Id. Pour attremper ceste salade crue.
* Id, Joints au cerfeuil, de la froide laitue.
7 Licence poétique pour : laverons.
* Variante : D’une huile.
LE VOYAGE DU PRINTEMPS
Après cela de manger l’ambroisie Avec vous dans le ciel*.
De nos gibiers la chair à point rostie,
De nos poissons la meilleure partie La table couvrira.
Et cependant Corydon qui apporte Maint grand flacon sur son espaulle forte Du vin nous versera*.
La craime pure aurons dans la jonchée Passant la neige encores non touchée Du matineux chasseur Avec le sucre et la fraise rougette :
Qui ne goustra ceste douceur aigrette 1 * 3 Et ceste grand fraiscbeur 4 ?
Là ne craindrons qu’une fievre tremblante, Ou qu’en la teste une pesanteur lente Esblouisse nos sens,
Car Apollon et sa sœur forestière
1 Variante :
Mangeans cela en la faim que l'eau donne Nous quitterions la viande qu'espoinçonne Les citoyens du cieL
* Id.
De nos poissons frirons une partie Au beurre noir, l’autre sera rostie Avec la sauce à poinct,
Puis apprestrons des œufs en toute sorte, Joint le bon vin que la Gascogne apporte Pour chasser le dur soing.
s Id. Nous sentirons une douceur aigrette.
* Id. Et une grand fraiscbeur.
Qui de ces lieux ont la tutelle entière Les gardent innocens.
Aucun venin ne fait là sa demeure :
L’araigne là n’estend point sa fileure Et le limas qui vit
Dans le relant ou d'un bois ou d’un antre Et le serpent qui rampe sur son ventre Loin de ces lieux s’enfuit.
Voilà comment, hors de soing et d’envie Je voudrois voir passer toute ma vie Toujours sous un printemps.
Mais les saisons inconstantes se suivent Comme icy bas les hommes qui y vivent Se changent inconstans.
Dans son excellent Recueil de Poésies françaises des xv* et xvr siècles, M. Anatole de Montaiglon a publié une curieuse satire intitulée : la Légende et description du bonnet carré avec les propriétés , composition et vertus d'iceluy (t. I, p. 265-274). Or cette même pièce se trouve plus complète, et avec des variantes assez importantes, dans un manuscrit de la Bibliothèque impériale. Aussi croyons- nous devoir la reproduire; on remarquera que Talternement des rimes masculines et féminines est observé avec soin, alternement qui fait ab olument défaut à la pièce donnée par M. de Montaiglon.
Le texte que nous suivons est tiré du manuscrit fonds Bouhier, n» 113, où il occupe les feuillets 35 à 41 .
/ Janvier 1861.
{ to76 )
Après que Lucifer par trop audacieux Jadis se vit tomber du beau séjour des cieux.
Et que pour sa retraite il se vit misérable Au profond de l’enfer, manoir épouvantable,
Il appela tout haut ses diables et leur dit :
— Or ça mes compagnons, nous perdons le crédit
Et bénéfice heureux de la belle lumière
Qui bienheuroit jadis nostre maison première,
ÇA bas privés du bien que le beau ciel despart Et n’avons seulement qu’enfer pour nostre part : C’est nostre propreiieu et ne nous faut prétendre Sinon dorénavant à mal faire entreprendre.
Le péché nous est cher, nous agite et nous plaist.
Au contraire le bien nous fasche et nous desplaist, C’est pourquoi nousoslant ce qui est bien contraire 11 nous faut destinant toujours tascher d’attraire Quelque pigeon nouveau qui par subtilité Toujours aille exerçant quelque meschanceté ;
Il faut dorénavant par ruse et par malice Que par le monde rond fassions regner le vice,
Dans nos lacs cauteleux toujours quelqu'un tenant ; Bref il faut abolir la vertu maintenant,
El se faut employer chacun de bonne sorte Tenant à nostre mal jour et nuit la main forte Pour rendre des humains le régné divisé.
Or voici ce que j’ay en mov mesme advisé.
Le peuple çi et là regardant d’adventure Nostre face hideuse et laide pourtraicture S’en moque estrangement, et surtout est tenu A desdain et mesprisde nous le chef cornu.
Mais malgré tous moqueurs soit sur terre ou sur l’onde ie veux désormais faire adorer par le monde Les cornes tellement qu’heureux s’estimera Celuy qui les voyant les genoux fléchira.
Pource en ce creux manoir tenebreux où s’assemble Tout effroy, toute horreur et toute peine ensemble
Je veux que nous fassions un bonnet de drap noir Qui sera tout nouveau ettoul estrange à voir, Bonnet qui cauteleux et plein de tromperie Quatre cornes aura où toute l’industrie Et l’infernal sçavoir sera si bien compris Qu’il sera proprement de nostre enfer le prix ,
Il sera courtisé non d’amour, mais de crainte,
Et sera respecté comme une chose sainte.
Il fera tort, injure et desplaisir à maints,
Et sera une peste et malheur aux humains,
Et bref ce seul bonnet par son grand maléfice Pourra faire aisément cy après nostre office,
Sans nous donner soucy ni peiner autrement Pour mettre les humains en quelque troublement. Besongnons donc soudain, et que chacune rage S’employe obstinément à ce gaillard ouvrage.
Lucifer se teut lors, et les diables cornus Sont à ceste semonce autour de luy venus.
Satan baille le drap qui fut fin au possible : Lucifer 1 prit l’aiguille et poignante et nuisible, Et les filles d’Erebe et de la Nuit ont pris La charge d'apprester le fil aux noirs esprits.
Le bonnet fut taillé et chacun d’eux à force De faire ce bonnet diligemment s’efforce :
Tous les esprits malins jusques au chien portier Exercèrent ce jour l’estât de bonnetier,
Haut louant Lucifer pour la haute entreprise. Ainsi la noire bande à la besongne mise Sans qu’aucun se trouvast contre l’œuvre estrivant Firent en premier lieu la corne de devant.
1 Le texte publié par M. de Montaiglon porte Belial; cette leçon est préférable.
Pointue en aiguillon; et mirent en icelle.
Pour premier ornement rapine et sa sequelle, Tromperie, fierté, dissimulation,
Hypocrisie, fard, fraude et présomption;
Larcin caut et couvert qui n’espargne personne Peut logé dextrement en la corne felonne Ayant pour compagnons faux semblant, sans raison Orgueil, fardé conseil, finesse, trahison,
Cruauté, infamie, erreur avec failace,
Puis en continuant sans partir de la place Firent à ce bonnet deux cornes aux costés Où furent mises lors mille mescbancetés,
Cornes promptes à mal, fascbeuses et iniques.
Qui brouillent un chacun par de fausses pratiques. Celle du coslé droit eut pour sa part soudain Opiniastreté, division, desdain,
Ambition, envie, injure, outrecuidance,
Paresse, volupté, vanterie, arrogance,
Monopole, traflcq, traverse, faction.
Ruine, vanité, discord, corruption.
Honte avec convoitise; et n’estant du tout pleine Eut encor pour renfort hargne, dispute, haine, Desloyauté, desbat, bon bec, caquet ruzé,
Dont maint amy se voit bien souvent abusé; Avidité, feintise, invention nouvelle,
Perverse opinion, avarice, caulelle,
Infidelle promesse, abus, déception;
Puis de la gauche après prirent possession Vcndition de cause et la mère de vice,
La noble (sic) oisiveté, vanterie, artifice; Renversement de droit, usure, faux serment, Flatteuse piperie et fin d’espuisement,
Mondanité, luxure, injustice, asnerie,
Falsification, vieille chicanerie.
Exploits, appointements, congés, productions, Désertion d’appel, anticipations,
Etiquettes, factums, mesmoires, escriptures, Contumaces, arrests, espices, signatures,
Decrets, prise de corps, enquestes, examens.
Amandes et reliefs, appels, acquiescemens,
Et mil petits procès et nouvelles instances Qui s’engendrent d’un scel, forclusions, sentences, Ajournemens, defauts, delais et contredits,
Pôur brouiller les plus saintsqui soient en paradis; Bref, tous les meschans tours que l’enfer imagine Furent mis dans le creiix de la corne maligne. Lors un nombre d’esprits despiteux et ardens Vindrent à l’autre corne et se mirent dedans : Aussi feirent soudain les furieuses rages,
Afin que par leur ire et superbes courages Le bonnet endiablé, dangereux et pervers Fut conduist et gardé par tout cet univers.
Le bonnet donc parfait, Lucifer qui commande Au grand nombre d’esprits de l’infernale bande Prend ce bonnet cornu qui luy donne plaisir.
Le tourne et le retourne et contemple à loisir, Tant que considérant ces quatre corne ensemble Il se tourne esperdu et de peur mesmeen tremble, Prévoyant bien les maux qu’il estoit asseuré Que feroit quelque jour ce beau bonnet quarré. Ce fait, fit apporter feu ardent de son gouffre,
Et respandant dessus venin infect et souffre, Fulmina tellement ce bonnet malheureux Que qui le voit en ost tout craintif et poureux, Puis en roulant les yeux, de sa griffe le touçbe Et profera ces vers de sa vilaine bouche :
Bonnet infernal et damné Sur la terre bien fortuné,
Bonnet lequel au doigt se monstre, Bonnet qui ressemble à un monstre Comme celuy que Lucifer A voulu luy mesme estoffer.
Bonnet infidèle et inique,
Bonnet qui ne sçait que pratique, Bonnet des autres bonnets dieu, Bonnet qui a le premier lieu De toute la rotonde terre,
Bonnet qui toujours fera guerre, Bonnet quarré, bonnet cornu,
Qui rendra son voisin tout nud, Bonnet fait à quatre malices,
Bonnet la source de tous vices, Bonnet qui ne veut aucun bord Pour ne borner haine et discord, Bonnet l’horreur de tout le monde, Bonnet auquel tout mal abonde, Bonnet sur tous autres meschant, Bonnet de tous costés tranchant, Bonnet qui porte nom de sage.
Jouera si bien son personnage.
Que les plus grands l’honoreront D’aussi loin comme ils le verront ; Bonnet remply de tricherie.
Bonnet qui par chiquanerie,
Rendra maint prudhomme indigent, Bonnet amateur de l’argent,
Bonnet paillard, bonnet infâme, Bonnet qui sçait par cœur sa gamme, Bonnet flnet, bonnet accort,
Qui fait d’un fort bon droit le tort,
Bonnet plus poignant que sagettes,
Avecques ses quatre braquettes,
Bonnet qui fait des loix rempart Et n’en tient que la moindre part,
Bonnet malin, bonnet fort chicbe,
Bonnet sur tous les autres riche,
Bonnet duquel le seul regent Et seul gouverneur est l’argent.
Bonnet où tout malheur s’assemble,
Bonnet qui au diable ressemble Fors en ce point que nous fuyons Soudain quand la croix nous voyons,
Mais elle te saura complaire.
Te gaigner, te vaincre et t’attraire;
Bonnet pédant, cocu, pointu,
Bonnet ennemy de vertu.
Bonnet hideux, bonnet fantasque,
Bonnet bon pour aller en masque,
Bonnet menteur, bonnet bavard,
Bonnet qui saura par son art Souvent donner mainte traverse Au droit de la partie adverse;
Bonnet fardé, bonnet maudit,
Bonnet de tout bien interdit;
Bonnet qui sent bien sa marmite,
Bonnet qui fait la chattemite,
Bonnet qui disnera pour rien Et mangera d’autruy le bien,
Bonnet fuyard, bonnet farouche,
Inventeur de maint escarmouche,
Bonnet qui tout ras et pelé Sera soudain renouvellé Pour quelque instance survenue,
Bonnet qui trottant par la rue
Aux petits enfans fera peur,
Bonnet subtil, bonnet trompeur, Bonnet propre pour tout mal faire, Bonnet de tout bien l’adversaire, Bonnet inventeur de procès,
Bonnet qui donnera l’accès Pour appauvrir tout un lignage Et troubler tout un voisinage ; Bonnet qui gaignera plus d’or,
Plus d’argent et de bruit encor Lorsque mieux en sa plaiderie Il dira quelque menterie Qu’un autre en disant vérité ; Bonnet qui estant irrité.
Fera mesme trembler les cieux.
Bonnet par trop audacieux,
Bonnet moqueur et satyrique, Bonnet cruel et tyrannique Bonnet pire qu’un Antéchrist, Bonnet contraire à Jésus-Christ, Bonnet oint de poix et de souffre Pris au val du stygieux gouffre; Bonnet que l’on doit bien fuir, Bonnet qui ne peut s’esjouir Qu’à mal, bonnet hautain et brave, Pour un asnier qui n’a que bave,
Et qui ennuye de caquet Un juge, une cour, un parquet; Bonnet qui ne vaut une pite, Bonnet plein de fureur despite, Obstiné, lourdaut et mutin,
Bonnet plus ardent au butin Qu’une armée à piller apprise Au sac d’une ville surprise ;
Bonnet outrageux et nuisant;
Bonnet tout malheur produisant,
Bonnet qui semera encore Plus de maux que ne fit Pandore,
Bonnet faux, orgueilleux et fier,
Auquel il ne se faut fier;
Bonnet fascbeux, insatiable,
Léger, inconstant, variable.
Oppresseur, ingrat, captieux,
Bonnet iraislre et pernicieux,
Bonnet triste, chagrin et morne,
Bonnet dont l’une et l’autre corne Se remplissent de tant de mal 1 •
Du tenebreux gouffre infernal.
Lieu seul de ta naissance digne ;
Bonnet vilain, bonnet indigne,
Bonnet brouillon, litigieux,
Insolent, inepte, odieux,
Tracasseur, mordant, lunatique,
Bonnet soupçonneux ,mechanique,
Mal plaisant, moleste, éhonté,
Bonnet turbulent, effronté,
Bonnet qui mille lacs sga.it tendre,
Bonnet prompt et habile à prendre,
Bonnet plus que tout autre vil.
Maussade, indiscret, incivil,
Bonnet de tous bonnets le pire,
Bonnet qui se plaist à mesdire,
Bonnet pipeur, larron, pillard,
Causeur, vanteur et babillard,
Bonnet lasche, couard, difforme,
Bonnet d’espouvantable forme,
1 11 vaudrait mieux lire : de tout le mal.
Bonnet autheur de maint tourment, Bonnet qui ressemble à l’aymant Lorsque l’aymant à soy attire Le fer, et toy l’argent tu tire; Bonnet qui ne laisse eschapper Ce qu’il sçait une fois happer, Bonnet sur tous bonnets terrible,
Né au fond de l’enfer horrible, Bonnet sans foy, bonnet fatal, Bonnet qui pour faire du mal Ne se fera guère semondre,
Bonnet qui trouveroit à tondre Dessus un œuf, bonnet qui poind, La mort hideuse qui tout point N’offensera *, pour ce qu’au monde Te voyant, bonnet si immonde Si fin, si pervers, si mesehant, Craintive ne t’ira cherchant,
Ains de peur de se voir seduite, Legerement prendra la fuite En te voyant, croyant parfois Que la mort de la mort tu sois; Bonnet plein de meschantes choses Qui sont au creux d’enfer encloses, Bonnet remply d’inimitié,
Bonnet sans raison ny pitié,
Bonnet sot et opiniastre,
Bonnet fol et acariaslre,
11 te convient acheminer Par le monde et y dominer,
1 Au lieu de ce vers on pourrait mettre: Ne t'offensera, car au monde, et le sens serait plus clair.
Bannissant par tout la concorde ‘
Pour y faire regner discorde Et mettre chacun en soucy,
Desloge donc vite d’icy,
Traversant l’obscur de ces nues De tes quatre cornes pointues,
Et va prendre possession De ta vraye habitation,
Où Lucifer, tout*pl e * n de joje,
Pour ne faire que mal t’envoye.
Sitost que Lucifer, présents tous ses supposts,
Eut mis fin à ces dits et damnables propos,
Le jour s’esvanouit et l’obscur vint sur terre,
Puis après tout à coup un esclat de tonnerre Entremeslé d’esclairs, vint monstrer ses efforts, EspouvaDtant d’un coup les hommes les plus forts. Voix de malins esprits furent lors entendues,
Çà et là voltigeant la nuit parmy les rues.
Adoncques ce bonnet de l’enfer s’absenta,
Et aux tristes humains brave se présenta,
En ses lacs les surprend, les attire et menace,
Et leur fait faire joug sous sa cruelle audace,
Puis les tond si souvent, qu’on cognoist en tous lieux Que de tous les bonnets c’est le plus dangereux.