‹ Variétés canadiennes [microforme]Chapitre 52 sur 96 · RD DR RD DR RER RL RL VLR LILI LILI GILI VS · texte numérisé non relu

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Investi des hautes fonctions du gouvernement, il s’'appliquera, non pas à faire de la pose, mais de l'ouvrage, non à s'amuser, mais à préparer de bonnes lois, non à piller le peuple, mais à le soulager. Il le respectera et à son tour, il en sera respecté. Juge, il fera consister les soucis de sa charge, non pas à jongler avec la justice, mais à la distribuer à tous selon le mérite de chacun. Puissant par le charme de sa parole et la profondeur de son savoir, il ranimera le courage des faibles et l'espérance viendra s'asseoir à leur foyer. Riche des biens de ce monde, il aimera se rappeler que les pauvres n'ont point cessé d'être ses frères. Au lieu de les écraser sous les roues d’un char insolent, il leur tendra une main secourable, et mêlani ses larmes aux leurs sous les regards du ciel satisfait, il apprendra de son propre cœur qu'il n’en est pas de plus douces que celles que fait couler la charité.

À ce que je viens de vous dire,permettezmoi d'ajouter qu’en puisant dans le christianisme l'inspiration de ses devoirs, le pauvre lui-même envisage son état avec plus de calme, et voyageur abandonné dans la vie

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comme dans un désert, il supporte avec plus de courage la faim, la soif, la tempête, les sables brûlants, parce qu'il ne cesse de songer que chaque pas qu'il fait le rapproche des fontaines, des doux ombrages et des fruits délicieux de l’oasis désirée. Loin de maudire son indigence, il s’en inspire, au contraire, pour augmenter en lui-même le désir des impérissables biens, auprès desquels ceux d’ici-bas qu'on lui refuse, ne sont pas plus que ce qu'est à l'océan une goutte d’eau, ou à la terre un grain de poussière; persuadé d’ailleurs, d'une grande vérité quant à ceux-ci: c'est que, les eût-il possédés tous, il en devait jouir fort peu de temps, car ils ne durent pas plus que la vie, et la vie elle-même dure à peine ét ne remplit jamais le terme que nos illusions lui avaient fixé.

Combien n'en voit-on pas gémir, après tout, sous le poids même de leur immense fortune ? Pensez-vous qu'un homme va s'élever au faîte des honneurs ou atteindre aux millions, sans veiller plus tard, sans plus s’agiter, sans braver plus de périls que l’humble artisan ? Et si tant est qu'il par-

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vienne à ce poste si enviable en apparence, osera-t-on dire que c'est en se croisant les bras, qu’il va le conserver ?

La capacité de l'être humain étant limitée, l'économie politique et domestique enseignent donc avec raison que pour la nation comme pour la famille, l'aisance vaut mieux que l'excès de richesse. Encore faut-il déduire de la somme de contentement susceptible d'en résulter, la somme de misères intérieures qui, par un très curieux effet de notre impressionabilité, augmente presque toujours avec l’amélioration externe de notre état.

Pourquoi ?

Parce que d'abord, ce qui nous fait trouver tant de charme à certaines situations, c’est l'illusion qu'elles nous produisent. À son tour, l'illusion porte dans l'âme le désir de les posséder. Mais comme on les connaît mieux à mesure qu'on les possède, on se dégoûte plus vite, souvent, d’une façon plus radicale, toujours, de celles-là mêmes qu'on avait le plus enviées, pour l'excellente raison que l’ardeur de nos soupirs avait justement pour mesure

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la grandeur de nos illusions. Or, qu'est-ce que l'illusion, sinon ce trompe-l'œil qui nous fait prendre pour vrai ce qui est faux ?

Donc, plus nos illusions sont grandes, plus elles nous préparent de désenchantements pour le jour où l'habitude de la possession aura fini par nous découvrir l'entière vérité. C'est ce qui a fait dire à quelqu'un: “ l’on hait ce quel'on a; ce qu'on n’a pas, on l'aime.”

À quelle autre conclusion en arriver, lorsqu'on a vu des empereurs renoncer au trône pour la solitude des champs ? lorsque dans son palais de la Cinquième Avenue, un Vanderbilt à regretté son ancienne ferme de Staten Island? lorsque ce millionnaire si malheureux de l'être, a écrit : ‘une fortune de 200 millions de dollars est ‘un fardeau trop lourd pour un homme.

‘“ Ce poids m’écrase et me tue. Je ne veux ‘“ pas imposer une pareille charge à l’un de “ mes fils. Je n’en recueille aucun plaisir, je “ n’en retire aucun bien. En quoi suis-je “ plus heureux que mon voisin, qui possè- “ de un demi million ? Il goûte mieux que “ moi les vrais plaisirs de la vie. Sa maison

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‘“ vaut la n.ienne, sa santé est meilleure, il “ vivra plus longtemps, et lui, du moins, “ peut se fier à ses amis. Aussi, quand la ‘“ mort me débarrassera des responsabilités “ que je porte, j'entends que mes fils se “partagent, avec ma fortune, les soucis “ qu'elle impose.”

À quelle autre conclusion en arriver encore, lorsque maudissant la vie dans ses somptueuses demeures de New Court et de Gunnersbury House, Nathan Rothschild a pu confesser un jour à sir Thomas Buxton, n'avoir d'autre plaisir que de donner parfois à un pauvre une guinée ?

‘“ Rien d’amusant, disait-il, comme de “voir la surprise de l'individu. Presque tou- “ jours il croit que je me suis trompé, que “ je lui aitrop donné, que je vais m'en “ apercevoir et lui redemander ma pièce, et ‘il décampe à toutes jambes.”

Qu'est-ce que tout cela prouve ?—Deux choses: lo un égal malaise peut résulter des états les plus différents; 20 étant donné que nous sommes les enfants d’un même père et qu'il a pour chacun de nous une affection égale, ce qu’un membre de la

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famille a en moins, l’autre l'a en plus, et vice versd. Toutes les positions comportent des avantages avec des inconvénients, et iln'enest pas de si modeste qui ne puisse se comparer victorieusement à une autre par quelque côté, pourvu que l'appréciation se fonde sur la nature même des choses et non sur nos caprices.

Je crois donc à la loi des compensations comme base fondamentale de l'équilibre universel et comme expression de la souveraine justice dans la société. Je crois à l'infaillible avènement de cette justice en dépit des plus noirs calculs de la malice humaine pour l’empêcher. Cette loi se manifeste dans tout l'univers et jusque dans les moindres mouvements de chacun des êtres qui le composent. Quant à l'homme, il en a l'intuition par sa raison et sa conscience. Il sait que selon qu'il l'aura respectée ou violée, elle produira pour lui des résultats consolants ou terribles. : C'est pourquoi la crainte qu'on en a, coïncide avec le commencement de la sagesse. Et le sage ayant appris que toute action porte en soi ses conséquences, est forcé d’'ad-

d'etre

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mettre l'excellence de cet axiôme : #7 medio stat virtus, la vertu se tient dans un juste milieu.

Quiconque, en effet, reste en-deçà ou va au-delà de ce milieu, se trompe. Il manque à un devoir ou il abuse d'un droit. Qu'il vive obscurément ou qu’il brille au premier rang de la société, qu'il en soit le monarque absolu, qu'il s'élève assez haut dans l'échelle des privilèges, pour pouvoir se dire audessus de toutes les lois humaines, il n'échappe pas au châtiment qui dérive de l'inexorable loi des compensations.

Quelle puissance, par exemple, fut plus grande que celle de Bonaparte et comment l'avait-il édifiée ?

Fort du seul droit de son ambition, il avait assassiné le duc d'Enghien, ajouté à la répudiation d’une épouse modèle, la honte d'un convol adultère, promené le carnage de l'occident à l’orient, noyé l'univers dans le sang, donné un code à son empire et transoressé lui-même toutes les lois.

Qu'est-il arrivé? On s’est emparé de lui, au mépris le plus flagrant du droit des gens et on l'a fait périr misérablement à Ste-Hélène.

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