A L'UNION DES COMMIS-MARCHANDS
(au monument national)
Monsieur le P résident ^
Messieurs les commis-marchands
de la cité de Montréal^
E jour de la fermeture de bonne heure ^ vient de luire, et les acclamations qui ont salué le règlement adopté à cette fin par le conseil de ville, le 3 1 octobre dernier,me portent à vous appliquer ce qu on chantait le lendemain dans nos temples : '' ils moissonnent dans l'allégresse ce qu'ils ont semé dans les pleurs."
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En effet, je ne dis pas ce privilège, mais ce simple droit qui vient de vous échoir, vous est-il gratuitement échu?.. Non!
vous Tavez payé par des sacrifices de toute nature, et en Tabsence de preuve intrinsèque, ce qu'il vous a coûté suffirait peut-être à faire voir combien il est précieux !
Quoi ! isolés dans les divers quartiers de la cité, ne fallait-il pas, d'abord, vous grouper en un bataillon compact ? Pauvres, ne s'agissait-il pas d'accumuler des souscriptions ? Impatients d'un sort meilleur, n'avez-vous pas dû attendre longtemps sous les armes, les oracles de la Législature et de TÉdilité ? Altérés des eaux vives de l'oasis, ne couriezvous pas le risque de fîéchir devant les désenchantements d'un mirage trop persistant?
Milice jeune encore, ne méprisait-on pas de tous côtés vos attaques ?
Si vous avez fini par dicter des conditions aux adversaires les plus redoutables, à quoi le devez-vous d'abord, sinon à votre stratégie, à votre courage, à votre union, à votre espoir maintenus, fortifiés par quoi ? . • par les dangers de chaque jour !
Oui! c'est le moment de vous réjouir,
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puisque après de telles fatigues et malgré tant de périlleux hasards, vous avez définitivement conquis à votre drapeau les sourires de la victoire.
J)îeu me garde, cependant, de vous âatter ou d'insulter aux hommeSs qui vous ont combattus! Sur une question libre comme celle-là, certes, il leur était permis de ne point partager votre opinion. Qu'ils aient formé la leur sous l'inspiration de la conscience ou de l'intérêt, c'est leur affaire. Appuyée sur de solides assises, votre cause. Dieu merci ! n'en a pas moins fin; par réussir. Or, n'est-ce point assez, pou:
la satisfaction d'un soldat, que de revenir vainqueur?
On vous l'a dit bien souvent : à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Permettez-moi d'ajouter que sans les ardeurs de la lutte qui vient de se terminer, vous auriez peut-être attaché moins de considération à votre noble entreprise et préparé 4vec moins de soin, comme avec moîna
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d'assurance, le mémorable succès du 31 octobre que vous .célébrez aujourd'hui en le savourant si délicieusement, par cette solennelle manifestation, sous les voûtes mêmes du Monument National.
Quel était votre but ? • • D'un côté, on vous en a attribué plusieurs et de bien différents, d autre part, on s'est demandé s'il était vrai que vous en eussiez même un seuL Pour moi, j'ai cru vous en découvrir un, et c^est votre âge qui me l'a fait deviner. Vous êtes jeunes: or, quand la jeunesse est en pleine floraison, le coéuf se contente des rayons de la liberté, comme l'œil, de la lumière du jour. Cette liberté, cette place au soleil, vous qui, sans arrièrérpensée ni calcul, les aviez toujours voulues si larges* pour les autres, en étiez . arrivés à les souhaiter pour vous-mêmes, et d'un commun élan, vous les demandiez à vos patrons, à vos députés, à vos échevins.
Parmi les première, bon nombre souscri-.
virent à votre requêta Quant aux seconds.
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ils finirent par • se rendre "au' patriotrque appel du représentant de la division StT Jacques, Le re$te, vous le ssivez- . Tous, à la fin, comprirenl: vos aspirations^ tous même y devinrent sensibles, et si les suffrages ne furent pas unanimes, c'est que de dures nécessités yienneiît parfois refermer les valves du sentiment ou rétrédr les voiles de notre barque sur ce fleuve agité de lexistence qui nous entraîne tous si diversement, mais ,d une .manière fatale, vers de si mystérieux océans.
Forcé de répondre aux exigences d'une position, d'un commerce d'où doit venir le pain quotidien, on s'évertue bien moins à ressentir qu'à soustraire, à diviser, à additionner, à multiplier, enfin à supputer le profit d'après les caprices réels ou supposés dé rélecteur ou du client. Si belles que soient les choses du cœur et (de l'esprit, si gracieusçment . qu'elles puissent s'exprimer dans les sciences et les beaux-arts, ou; si Vous voiliez, dans l'amitié, ;dans l'amour^ dans la liberté, principal apanage de l'homme, si captivantes que soient les merveilles semées avec tant de profusion , dans Ici
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sublime écrîn de Tunivers, îl faut qu'à tout cela, on tourne parfois le dos, pour ramasser» en se baissant jusqu'à terre, ce qui doit être notre nourriture. Qu'on le veuille ou non^ rînstînct de conservation personndle, synthèse de tous les intérêts, restera jusqu'à la fin des temps la mesure quasi unique des actes humains.
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Messieurs, je vous ai parlé de victoire.
Ah ! Ja victoire, ce n'est pas tout de l'obtenir; il faut savoir en profiter.
Comment profiterez -vous de la vôtre ?
: On a dit que votre succès ferait tort aux marchands, en déroutant la clientèle du soio et vous tuerait vous-mêmes, en vous gratifiant d'une liberté dont vous n'useriez que pour rapprocher de vos lèvres la coupe empoisonnée du vice.
Tristes prétextes ! injures aussi révoltantes que gratuites J Comment !— nous vivons de traditions bibliques en ce pays — il est écrit au livre des Nombres que les Juifs dans le désert recueillaient chaque matin, avant f aurore, la quantité de manne destinée à
les nourrir pendant toute la journée, et notre peuple à portée de tout^ n'aurait pas assez du temps quî s'écoule depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, pour se procurer les provisions du soir ! Et poxir vous, les loisirs ne seraient pas autre chose que des moyens de vous vautrer dans la fange !
Ah ! mes amis, votre bon sens, vos sentiments d'honneur révoltés, sauront donner à ces odieuses imputations le plus catégorique démenti. Classe importante, dont les tendances naturelles s'adaptent si bien au développement de ce pays encore dans l'enfance et qui n'en sortira jamais que par l'induslrie et le commerce techniques, vous préparerez par l'étude consciencieuse des problèmes économiques, l'avènement de notre progrès, en même temps que votre élévation aux postes les plus epviables du monde commercial. Vous vous sauverez, vous apprendrez à vos enfants à se sauver aussi sur les hauteurs, au lieu de descendre vers l'ornière fatale des professipns, cfeusée dans notre sol par la routine et remplie par elle d'une trop infortunée pléiade de nobles cœurs, de brillantes intelligences quî vé-
gètent, râleiitét agonisent sous le poids de la nécessité, comm&ifioiis le talon des nouvelles recrues qu'une iSiffientable alliance de préjugés et de fausse éîïycation s'acharne à y engouffrer tous les joufi pour la gloire du déclassement et le malhefci^^ la. patrie.
Ses erreurs passées, misérablet ^^^^^^ ^^ la sujétion matérielle et morale, açt-^^êT^^' rance, du préjugé, de. lesprit de palfij ^^ la jalousie, de la duplicité en politique?
diquent clairement à notre race la route a suivre pour sortir dés impasses actuelles» ^ reprendre possession d'elle-même et 3e reconstituer sur la base de ses glorieuses traditions. Cette œuvre de réparation. s*impose ; vous y apporterez . votre concours. Dans cette vue, aidés de vos femmes : désormais si heureuses de pouvoir compter sur votre compagnie, vous, les rois du foyer, vous initierez plus soigneusement que jamais les 'chers petits êtres confiés à; votre sollicitude, au secret des hautes -vertus de nos pères, c'est-à'dire, non seulement à la thjéorie^ mais encore et surtout à la pratique constante, journalière du civisme, un des plus admirables éléments du vrai christianisme en action.
Voilà comment vous profiterez de votre vîctoîre; voilà aussi comment vous en remercierez les hommes courageux qui ont tant fait pour vous l'obtenir. Oh 1 ceux-là, leur modestie me défend de les nommer, mais leur mérite vous est connu et, j'en suis sûr, leurs noms qui vous le rappellent, resteront gravés dans vos cœurs comme sur les plus impérissables des monuments.
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A L'ALLIANCE NATIONALE de MONTREAL
Monsieur le Président,
Messieurs les membres de F Alliance Nationale^
|L y a de bien séduisantes promenés >t dans le nom de votre société. L'éclat de cette démonstration atteste jusqu'à quel point le loyal concours de vos efforts les a réalisées pour le bien des membres, de l'institution elle-même, du pays où elle est éclosë, où elle s'est fortifiée, et où elle ne saurait manquer de porter des fruits salutaires, puisqu'elle tire sa nourriture du sol
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fécond de la philanthropie et du patriotisme, du double amovu* . du. prochain et de la patrie.
Pour maintenir dans cette colonie le règne de leurs croyances et de leur nationalité, nos ancêtres n'eurent pas d'autre alternative que de labourer la terre et de se battre, de tenir d'iïne main la charrue, de l'autre Fépée.
Trois siècles ont passé sur leurs cendres, mais trois siècles n'ont pu éteindre en nous le culte de leur souvenir, ni la conscience des obligations qu'ils nous avaient léguées.
Or> entr autres devoirs, nous avons, comme eux, celui d'être des laboureurs et des soldats. • \
Des soldats ! car la lutte n'est pas finie ; il n'y a qùé les armes^ qui ont • changé. Pour le salut de la même cause, les Canadiens tiraient l'arquebuse avec le canon; ceux d'aujourd'hui puisent leurs moyeris de défense dans l'aràenal dès lois issues: dU' système f epfésentâtif, de là constitution qui y préside et qu'ils ont l'incontestable droit d'invoquer, chaque fois que Ton tente d'écraser leiirs prérogatives sous le hideux .pressoir de l'înîustice.
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Des laboureurs r Nous 'sommes à bondroit orgueilleux d'avoir vu le jour dans, cet hémisphère qui s'étend de l'Atlantique; au Pacifique et d'un pôle à l'autre, qui réunit tous les climats, toutes les richesses avec toutes les beautés naturelles de l'u-, nivers. Quelle que sôit ia partie de cet immense héritage que la' Providence nous destine à habiter, partout le triomphe du progrès et de la liberté^ s'impose* à nos vœux, mais tant que les faveurs du sort nous retiendront au pays natal, il nous incombera, en outré, d'y honorer spécialement l'agriculture, parce que l'agriculture, base fondamentale de la prospérité de tous les peuples, entre d'une façon plys particulière dans les destinées r du nôtre. C'est ce qu'avait compris rillùstre et vénérable apô^ tre de la colonisation, Mgr Labelle, lorsqu'il dévoua sa vie â la .réalisation de Fidéal
contenu dans cette maxime désormais Immortelle comme lui : '* émparons-nous du soir
Ah f pour peu que l'on songe à l'immense territoire dont la valeur de nos pèf es avait fait la conquête et que les traités humi-
Kants de Ryswîck, d'Utrecht et de Versailles leur ont ensuite ravî, nous est-îl possible d'entretenir au fond de nos cœurs une aspiration plus noble que celle de reconquérir, au moins en partie, ce bien de famille, cet incomparable patrimoine ? A nous vcnr aujourd'hui rapetisses, méprisés non seulement dans la confédération en général, mais jusque dans la Province de Québec, malgré des lois faites pour nous protéger, qui pourrait croire qu'il fut un temps où la Nouvelle France avec ses i2,ocx) âmes, tenait tête aux 200,000 de la Nouvelle Angleterre, qu'elle régnait en souveraine sur toute l'Amérique du Nord et renfermait dans son sein, outre Terreneuve, TAcadîe, la Baie d'Hudson et le Canada, la majeure partie du Maine, du Vermont, de la Nouvelle York, les cinq grands lacs Huron, Michigan, Supérieur, Erie et Ontario, la Louisiane avec toute la vallée du Mississipi, c'est-à-dire une étendue territoriale équivalant au quadruple de celle, de la France entière ? Que dis-je ! appliqué à la superficie de la Louisiane seule, le mot immense rendrait à peine; la pensée, puisque
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cette division embrassait tout l'espace qui s'étend de la Baie de Mobile au Nouveau Léon et au Nouveau Mexique !
Cest à même Tancienne Louisiane, oui c'est dans cette délicieuse patrie des fleurs, des zéphyrs et des rêves, qu'on a taillé TArkansas, le Missouri, TlUinois, le Texas, depuis le Rio del Norte jusqu'à la Sabine, la Louisiane actuelle, depuis la Sabine jusqu'à la Rivière aux Perles, le Mississipi, jusqu'à proximité de la Baie de Mobile, et enfin, l'Alabama, depuis les confins du Mississipi, jusqu'au littoral de la baie elle-même ! Cette vaillante époque, ce fut celle des d'Iberville, des La Salle, des Joliette, des La Vérendrie, des Marquette et des Frontenac, répoque des héros et des martyrs qui vinrent éblouir le Nouveau-Monde des rayonnements de l'âme française, en chantant à l'envi ces vers de l'immortelle chanson :
" Si mourir pour son prince est un illustre sort,
^' Quand on meurt pour son Dieu, quelle sera la
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Malgré ces dévouements, malgré les prouesses des Lévis, des Montcalm et de
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tant ' d'autres, lé . sort nous a détachés de la Normandie et de la blonde Bretagne^ pour nous introduire dans le giron de l'Angleterre;
Sujets anglais, nous avons tous les devoirs, mais aussi tous les privilèges qui^ se rattachent à ce titre. Remplissons les uns, faisons valoir les autres.
' En nous enseignant qu'une loi provinciale ne vaut rien, tant que le parlement fédéral ne Ta pas ratifiée, et qu'à son tour, une loi fédérale ne vaut pas mieux sans la sanction du parlement impérial, les premières pages du code civil noiis font voir que c'est l'Angleterre et .non pas le Canada qui tient dans sa main le bout de la ficelle qui fait mouvoir le rouage de nos prétendues libertés. En d'autres termes, nos institutions parlementaires sont à celle de la mère-patrie ce qu'est à nos institutions parlementaires le petit parlement de la rue Notre- Djame, c'çst-^à-dire images, simulacres de choses.
Mais, de 4iiême que celui-ci habituera jeunesse au parlementarisme canadien, ainsi nos Législatures, notre Chambre des Communes préparent l'âge mûr au désir et à
la pratique des vraies libertés constitutionnelles.
Dans rintervalle, une saine législation nous a gratifiés de la plus grande somme de libertés en ce qui concerne l'administration de nos affaires scolaires, municipales et de fabrique. A nous de prouver par Tusage de celles-là si nous en méritons de plus grandes sous d'autres rapports. Car ne l'oublions pas, la liberté ne sied bien qu'aux peuples assez sages pour en jouir ; autrement, elle s'établit chez eux plutôt comme un danger permanent, que comme une source de bénédictions.
A l'aide des avantages présents, préparons donc la naissance des aurores nouvelles, et en faisant monter le soleil du progrès à l'horizon de ce pays par l'intelligente exploitation de ses ressources, assurons aux Canadiens de l'avenir une place d'honneur parmi les nations.