NOCES D'OR DE L'UNIVERSITÉ VICTORIA
Monsieur le Président de r Université,
Messieurs,
iEJA,en deux circonstances qui ont laissé les plus heureuses traces dans mon souvenir, j'ai eu rhonneur d'assister à vos agapes fraternelles. Ce soir, je reviens avec vous célébrer les gloires d'une institution qui a fourni à la science tant d'illustrations^ à la patrie tant de valeureux représentants que Ton se plaît à rencontrer aujourd'hui, non seulement dans les limites de ce pays, mais encore dans tous les coins du globe où a pu pénétrer le rayonnement de la civilisation.
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Tous ne sont pas présents, maïs tous ne sont pas entièrement absents, car quelque chose me dit que leur esprit et leur cœur voltigent en essaim joyeux autour de nous, dans cette salle où Tamitié, la reconnaissance, le patriotisme et l'espérance s'embrassent et se donnent la main.
Si je ne puis me réclamer d'appartenir à la profession médicale, je suis fier de pouvoir, au moins, me dire avec vous membre de la grande famille française, et à ce titre, je serais ingrat, si au plaisir de revoir ici d'illustres compatriotes en qui j'ai toujours salué les plus bienveillants, les plus généreux des amis, je n'ajoutais le devoir si doux d'offrir à notre commune Aima Mater un immense tribut d'hommages accompagné des plus tendres fleurs du sentiment, à l'occasion de ses mémorables noces d'or.
: Vous inspirant d'une vieille devise qui dit que l'union fait la force, vous avez cherché la force, non dans l'absorption, non pas précisément dans l'union, mais dans l'adjonction des deux grandes universités françaises de cette province. Je souhaite de tout mon cœur que vous l'ayez trouvée.
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non pour faire triompher des vues autoritaireSi mais pour le plus grand bien du pays, pour le plus grand bien surtout de cette jeunesse studieuse qui en est l'espoir le plus vivace.
Vous de Victoria, vous de Laval, vous êtes maintenant comme TOutaouais et le St-Laurent dont les flots s'épanchent côte à côte sans se confondre, mais aussi sans se nuire et sans nuire à la loi sacrée de l'équilibre, base de l'harmonie et de l'ordre universel.
Victoria a donné sa main à Laval comme la jeune fille au prétendant éperdu qui serait mort loin d'elle et sans elle. Depuis la consécration de leur union, tous deux, je dois le dire, ont fait assez bon ménage en dépit de sombres pronostics, car Laval nous rappelle un peu ces gendres qui ont maille à se faire accepter, mais savent très bien s'attacher leur monde, une fois la noce faite.
Comme l'épouse dans le mariage, Victoria a consenti à porter le nom de Laval sans, pour cela, renoncer au sien. Elle s'est réservé le droit de le reprendre et de le
porter avec tout l'éclat des anciens jours, advenant la mort ou le divorce de son con*> joint. Mais c'est là une note qu'il faut . bannir de notre pensée en ce moment solennel des noces d'or, où les membres des deux grandes familles universitaires se réunissent dans l'expression de leurs vœux les plus enthousiastes pour la prospérité de la nouvelle alliance.
Qu'elles fassent de plus en plus petite la part de l'intérêt personnel et tournent leurs aspirations vers des résultats plus conformes au bien général de ce pays. C'est ce qu'exigent d'elles, et lé progrès actuel de Funîvers qui dematide à tous des vues plus larges, et les graves questions qui, depuis quelques années, se soulèvent avec l'air de la menace autour de nôtre nationalité.
C'est le temps d'être tout simplement religieux par religion, patriote par patriotisme, d'être nous-mêmes, c'est-à-dire Canadiens, et de réserver dans nos cœurs une place aussi large que possible au désir de faire briller l'astre de la gloire sur notre commune patrie.
Messieurs, au nom de tous vos hôtes, je vous remercie avec toute TefFusion possible, d'avoir songé à eux. Je vous félicite de Véclatant succès de cette démonstration, je souhaite bonheur et longue vie à VAlma Mater et vous renouvelle, à vous, l'assurance de nos plus profondes sympathies.
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celle du prêtre pour rappeler : au cœur, les poésîês de notre enfance, les amours de notre jeunesse, nos joies, nos deuîls, nos repentirs sanctifiés par la religion au pied de ses autels : à la raison, le bonheur dans le devoir, comme contrepoids aux tristesses du pèlerinage de Thumanité en ce monde, rincertitude de la vie, la certitude 4e la mort, l'absolue vanité de tout ce qui passe, en face de Dieu qui reste.
Mais Dieu ne reste pas seul ici-bas. Il a avec lui l'Eglise, sa compagne éternelle, TEglise " brune comme les tentes de Cédar, belle comme les pavillons de Salomon, et qui s'avance comme Taurore," appuyée sur le bras du pontife chargé d'en prendre soin dans sa marche à travers les siècles.
Oîi la sublimité de ce pontificat s'estelle jamais mieux reflétée que dans la figure de Léon XIII, et pouvions-nous, en un pareil jour, élever nos âmes vers le Maître, sans confier en même temps aux ailes tout éployées du souvenir le doux
message de notre vénération pour le plus grand des serviteurs de sa Maison ?
Génie fécondé par la foi, non moins sensible aux gémissements de la terre qu'aux harmonieuses inspirations du ciel, ce pape nous apparaît comme le plus admirable point de ralliement entre l'homme et son divin auteur.
Tout en proclamant les belles conquêtes de l'intelligence sur la matière, le progrès moderne pouvait, par réaction, nous asservir à celle-ci, soit qu'il eût fait jaillir de la matière seule les jouissances de l'être humain ou bouleversé les peuples par la .passion d'un idéal aussi dangereux par l'éclat de sa nouveauté que par la séduction de ses mensonges. Or, en épurant ce progrès, en le proportionnant à la capacité de notre charpente, en mariant l'étincelle divine à l'étincelle électrique, Léon XII I a réconcilié l'homme avec l'homme, la religion avec la liberté, la science avec la foi, la créature avec son créateur, le bonheur de l'une avec le bonheur de Tautre»
A un grand siècle, il fallait un grand
pape. Or, la Providence avait marqué, dans le débile enfant de Carpineto le iutur géant de son siècle.
" Lumen in cœlo P Ah ! c'est de lui qu'on pourra dire en toute vérité, qu'il fut la lumière parmi la lumière et que quiconque Ta suivi n'a point marché dans les ténèbres.
Loin de rabaisser la gjirétienté au-dessous d'elle-même en cherchant à la conduire par la crainte des anathèmes et des gibets, il l'élève jusqu'à lui par l'onction de sa parole^ la douceur de ses regards, l'incomparable charme de son accueil. Au cœur, il ne demande pas de se racornir, mais de se dilater pour mieux aimer Dieu et le prochain, a la raison, il ne prescrit point de se fermer, mais au contraire, de s'ouvrir toute grande à la rosée de l'infinie vérité, afin de mieux comprendre ce qu'elle aura cru et de mieux croire à ce qu'elle aura compris.
Elève à Viterbe, au collège romain ou à l'académie des jeunes nobles, délégué à Bénévent ou à Spolète, évêque à Pérouse, cardinal ou Pontife à Rome, Léon XIII — c'est son plus bel éloge — est toujours resté semblable à lui-même. Philanthrope, il
pleure sur les maux de la société humaine, il en recherche les causes et les remèdes, diplomate, il fait tomber les armes des mains de la protestante Allemagne, règle la question agraire en Irlande et efface du coup les haines jurées par l'Angleterre au Saint-Siège depuis les jours de Palmerston. A sa prière, la Suisse révoque Texil des évêques et ses lois anticatholiques touchant les écoles primaires, pendant que la Russie accorde à la Pologne la réouverture de ses temples avec la réhabilitation de ses prêtres, puis, dans un suprême effort, son génie achève de grouper les sympathies des puissances temporelles autour du trône de St-Pierre, par la consécration officielle du gouvernement de la France.
Oui ! c'est ce prince dépouillé de ses états, sans, armée, sans suite, c'est ce mo« deste vieillard, c'est ce serviteur des serviteurs, c'est lui qui réunit sous son sceptre vjnystique les rois de toute la terre, avec l'innombrable multitude de leurs sujets.
Mais ce qu'il faut admirer, ce n'est pas tant le dépositaire, que le souverain généra-
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teur de cette force: Celui qui, pour le maintien de l'équilibre universel, suscite, quand il lui plaît, des guerriers aux noirs cortèges ou des pacificateurs de peuples, des ouragans ou des zéphyrs, des ténèbres ou de la lumière, de l'esclavage ou de la liberté.
De la liberté ! ah ! Léon XIII en a semé à pleines mains, sans, pour cela, oublier les droits sacrés du *'non licet'' et du *'non possumus"*; j'en atteste ses protestations de noble et ferme allure au Président Grévy, à l'Autriche- Hongrie contre le mariage
Théologien et publîcîste, philosophe et poète, il n'a pas moins chanté les refrains de la liberté dans sa lettre sur Christophe Colomb, que dans les immortelles encycliques : " Arcanum,'* " Diuturnum," " Huma* num Genus,** " Immortale Dei,** " Libertas,'' "Patemi Patris," "Rerum Novarum," ♦'Sanc^ ta Dei Civîtas." Du Brésil à f Afrique, de l'Afrique aux divers pays de l'Extrême^ Orient, partout sa sollicitude a réclamé la double » émancipation de l'esclave et de l'ouvrier, l'avènement de la justice égale,
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des droits égaux pour tous les membres de la grande famille humaine.
En ce jour où tout nous rappelle sî éloquemmentles beautés de notre culte, certes, il convenait d'avoir une pensée pour Léon XIII, notre pasteur à tous et le bienfaiteur si particulier de notre cher Canada.
Hélas I faut'il se Tavouer, cet astre aura bientôt fourni sa carrière ! ce père aura dit rétemel adieu à sa famille éplorée, sa forme même, sous laquelle il apparaissait aux regards des foules sî avides de le contempler, se sera évanouie jusqu'à se confondre avec les atomes que le vent emporte dans sa course, mais il revivra dans la mémoire des civilisations, sous des traits encore plus augustes que ceux qui composent les figures périssables de ce monde, si ornées qu elles soient des dons de la nature.
Pareil à l'arbre des Saints Livres et par l'effet de ses grandes œuvres, il renaîtra, pour ainsi dire, de sa cendre avec plus de
sève et de vigueur que jamais, " car cet arbre n'est point sans espérance ; quoiqu'on le rase, il ne laisse pas de reverdir et ses branches poussent de nouveau. Quand sa racine serait vieillie dans la terre, quand son trône serait mort dans la poussière, il se recouvrira de feuilles comme aux jours de sa première jeunesse," pour continuer d'abriter sous son bienfaisant ombrage les voyageurs qui passent par ce monde pour se rendre dans les mystérieuses régions de l'éternité.
Je porte donc ce toast à Léon XIII, la plus noble illustration du siècle le plus fécond en grands hommes et en grandes choses.