‹ Variétés canadiennes;Chapitre 34 sur 36 · DE MONTREAL A PARIS · texte numérisé non relu

DE MONTREAL A PARIS

J^'AI lu quelque part que quand la vie ... économique d'une nation passe aux (sf mains des sujets étrangers, il est nécessaire qu'elle attire peu à peu la vie politique, jusqu'à l'absorber entièrement. Le caractère national s'efface, le citoyen disparaît, la race étrangère envahit les institutions, les mœurs, prend à l'ancien ennemi jusqu'à son nom et règne à sa place sur son sol, sur sa patrie*

Ce qui nous est arrivé depuis 1 763 démontre bien la vérité de ces paroles. Nous ne fûmes jamais plus français que le jour où le drapeau blanc, messager de nos derniers adieux, s'en retourna chez nous, c'est-

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à-dire en France ; nous ne connûmes pas de douleur plus vive qu'en ce même jour oùf plus français que jamais, force nous fut de nous proclamer anglais, de nous inféoder à l'Angleterre et de jurer de mourir pour elle, devant Timage, devant la tombe à peine refroidie des braves qui venaient de tomber en lui faisant la guerre.

Sevrés de tout rapport avec la mère patrie, réduits à ne faire de la vie française que par le souvenir et pour ainsi dire, en cachette, ne pouvant plus aimer ouvertement la France sans commettre le crime d'indisposer l'Angleterre, envahis par l'immigration, le commerce et les institutions de celle-ci, forcés de prendre, chaque jour, un peu de ses méthodes, de ses mœurs, de son langage et de ses traits, nous avons bien gardé, par l'inBuence des traditions, le culte mystique de celle-là, mais il est évident que dans la pratique, nous avons fini:

par ne plus prouver parfaitement ce ^ue veut dire être français* En perdant laliberté d'être, sous les autres rapports, ce que noua sommes par le sang, nous avons perdu le meilleur stimulant du patriotisme»

de la solidarité et de la fierté nationales, et à ces belles choses, nous avons vu se substituer graduellement l'apathie, la somnolence, l'hermaphrodisme psychique, peutêtre plus convenables, après tout, à des gens cédés à l'Angleterre et recédés par elle à ses propres sujets.

Pourtant, les puissances qu'on a vu surgir et se développer ici depuis le traité de Paris, pour avoir jeté beaucoup d'eau froide sur le feu du sentiment français, n'ont pas tout à fait réussi à l'éteindre. Il a l'avantage de pouvoir si bien se conserver, même sous la cendre, qu'il s'avive encore au contact de ce qui, d'après sa nature, doit lui servir d'aliment. C'est surtout dans un voyage en France et en particulier à Paris, qu'un Canadien-français peut s'en convaincre. A ce point de vue, puisse ce qui précède, comme certaine partie de ce qui va suivre, ne pas manquer d'être utile.

: Quand aller a paris ?

De préférence en printemps ou au commencement de l'automne. A ces époques, là mer est moins agitée, la température

plus agréable, Paris plus vivant, plus semblable à lui-même.

Comment y aller ?

Indirectement, par les lignes anglaise, américaine ou allemande ; directement, par la ligne française. A moins qu'on entende visiter d'autres pays chemin faisant, cette dernière est préférable : moins de transbordements, cuisine et service supérieurs, puis, au Havre, un train express qui attend votre descente du navire, pour vous précipiter sur Paris.

A ces avantages, ajoutez le charme de la conversation, de la politesse et de la vie vraiment françaises dont vous êtes, pour la première fois peut-être, le bénificiaire assidu et réjoui. Ajoutez-y encore les ravissantes harmonies dont veulent bien vous gratifier de temps à autre les artistes français qui, par hasard, cheminent avec vous vers leur patrie après une tournée d'Amérique, et vous réaliserez comme il est doux pour le Canada de serrer la main à la France sur ce pont de bateau pour ainsi dire tout ému de bercer, çn présence du ciel et de l'océan, des frères qui s'étaient perdus et se sont retrouvés.

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En première ou en seconde classe ?

Question de cabine d'abord, question d'argent ensuite et peut-être d'abord.

C'est la situation des cabines qui détermine la classe. Celles du milieu du navire, naturellement moins sujettes à l'action du f angage, sont de première ; celles d'arrière sont de seconde, et la partie du pont réservée aux passagers de seconde ou de première, correspond à la situation de leurs «cabines. Mais tout passager de cabine a droit de circuler sur toute l'étendue de l'entrepont, c'est-à-dire d'un bout à l'autre de l'étage réservé aux passagers de troisième <:lasse. Cette dernière est surtout intéressante au point de vue des mœurs et de la -misère ; elle se synthétise dans une promiscuité non équivoque de ce qu'il y a de plus mal partagé parmi les enfants d'Adam.

C'est vous dire que sur mer comme sur terre, cette classe l'emporte sur les deux autres, au moins par le nombre.

■ La qualité de la cuisine, les heures des repas, le privilège des bains, etc, étant absolument les mêmes pour tous les passagers de cabine, il s'ensuit que sauf à subir

quelques oscillations de plus s'il fait du vent, et à n'en presque pas éprouver si le temps est beau, vous épargnez en voyageant en seconde, une soixantaine de dollars sur l'aller et le retour.

A cela,, quelle que soit la ligne ou la classe, joignez l'escompte de 10 o/o que vous gagnez en achetant tout de suite votre billet pour tout le voyage; joignez-y encore la prime de 5 o/o que vous réalisez en réduisant en francs dans une traite sur Paris, l'argent que vous destinez à vos dépenses de là-bas, et à moins que votre fortune vous permette de négliger ces petits points qui finissent par en faire de gros, vous serez bien aises de retrouver, pour jouir utilement du spectacle de la grande capitale, ces chères épargnes que vos mains attentives et prudentes auront gardées jusque là, plutôt que de les sacrifier sans profit,comme sans raison.

Quels bagages emporter ?

Cela dépend beaucoup de la saison, de l'objet et de la durée probable du voyage, mais à coup sûr, il ne faudra pas oublier la toilette de traversée.

Ce qui va le mieux aux deux sexes, c'est la casquette marine à visière, ce sont les épaisses chaussettes de laine, les larges pantoufles de drap aux semelles de feutre, le costume de mer (sailor), gris ou bleu marin, d'étoffe assez commune, car le salin endommage beaucoup les habits. De cette façon, vous évitez de gâter vos meilleurs complets, de vous enrhumer, de voir votre couvre-chef s'envoler sur Taile de la brise, et vous n'êtes pas à tout moment exposé à glisser et à perdre l'équilibre. De fait, le pont d'un steamer sur la haute mer est quelque chose d'encore plus remuant qu'un vain peuple ne penserait. Vous le concevrez très bien, pour peu que vous veuillez vous souvenir qu'un de nos auteurs va jusqu'à appeler un navire transatlantique fine planche qui galope I

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