I.A VI K Plîivr.l-: D’A UT HE FOI s
jjiie suite (le siècles, le tout à Végout fut ifjuoré faute (ré{]outs convenables, mais on connaissait bien le tout à la Seine J^e lî) juin IG()G, une orcloimauce de police défendit, non-seulement de jnnser de l’eau entre la place jMaubert et le Pont-Neuf, mais même aux blancblsseuses d’y laver leur llu(je, « à cause de l’infection et impureté des eaux qui y croupissent, d Cette ordonnance n’était pas la première rendue à ce sujet, et ce ne fut pas la dernière, car on dut la renouveler le 8 juin I G()7, le 1 5 avril 1 GGl), le :28 août I (577, le !22 juin lGt)7, le 22 août 1708^, etc., preuve évidente du dédain avec lequel étaient accueillies ces sajjes prescriptions.
Revenons maintenant à l’IRHel-Dieu, et ])cnétrons dans les deux salles réservées aux maladies chirurgicales.
J. CS salles (leslinécs au.\ opérations chirur^jicales doivent être privilé(jiées dans les hôpitaux: c’est là que l’art vient an secours de la nature par des moyens souvent terribles. A quoi sert de faire sonCfrir un inalbenrenx, si l’on n’a pas la probabilitc' de le sauver, si on n’augmente pas cette probabililé par tonUîs les précautions possibles ? Ces pré-
' Voy. L' hygiène.
Voy. Dclamarie, Truité de la police, l. 1, p. 557 et suiv.
V A II I E T i : s CHIRURGICALES.
caiitionssont la tranquillité des malades, la propreté du local et la pureté de l’air.
Mais quelle tranquillité peuvent avoir les blessés à riJôtel-Dieu, dans la salle Saint-Paul ? Cette salle a lll lits, 78 grands et 83 petits. Le G janvier, elle contenait '272 malades; elle en pourroit contenir beaucoup davantage suivant l’usage de l’Ilôtel-Dien. Ce grand nombre d’bommes réunis, et celui des hommes employés à les servii', est un premier obstacle à la tranquillité; mais cette salle est le passage qui conduit à l’office Saint-Paul, an.v offices an pain et au vin, aux caveaux pour l’écliangeage ', pour le linge sale et pour le sable. C’est par cette salle, et en suivant sa longueur an milieu des blessés, que l’on porte les charges de bois, do linges, de vivres et de tous les antres objets nécessaires à plusieurs salles; c’est dans cette salle que les pauvres du dehors s’assemblent, tons les aprèsmidi, pour consulter le chirurgien-major; et la confusion du bruit des pas et des voix augmente la rumeur. Comment dans cette agitation, parmi tons ces gens en mouvement, procurer aux malades, après un pansement douloureux, ces premiers moments de repos qui décident souvent de leur conservation?
La propreté exige plus de soin dans une salle de blessés que dans toute autre. La pureté de l’air y est plus difficile à maintenir, à cause du sang et du pus qui entachent sans cesse le plancher. Il est
* Décrassage du linge avant son envoi à la lessive. — Essangeage serait plus conforme à l'ctymologie.
LA VI !• PlUVKL D’ALTJtEFOIS.
impossible de nettoyer ou de bien nettoyer ce planclier, au milieu de quatre raiijjs de lits, dans une hir(jeur de 3i pieds Ces lits eu occupent 21, les deux files du milieu se toucbeut, et il ne reste entre celles-ci et les autres qu’un passajje de (> pieds et demi de cbaque côté. 11 est difficile d’v iiiaiiiteiiir la propreté, lorsqu’on accumule dans un écbangeoir et dans un caveau de cette salle tout le liuye chargé de pus, de sang et d’antres matières fétides : c’est un foyer d’infection qu’on y conserve. D’ailleurs cbaque lit en est un. Le 12 janvier de cette année, il v avait 258 blessés pour 1 11 lits; il y en avoit donc un dans cliacun des 33 petits lits et 225 dans les grands : c’est trois par lit. Tous les soins du monde ne peuvent tenir propre et sans odeur un lit ou il se fait tous les jours trois ou six pansemens. Ajoutez à ce tableau les latrines, qui sont trop près de la salle, troji petites pour le nombre des malades, et toujours salies dès l’entrée ; les lits des agonisans, qui, souillés, sont un nouveau foyer d’infection; les exhalaisons que fournit l’escalier et qui montent de la salle Saint-Charles placée au-dessous, où sont trois à quatre cents fiévreux : et ce tableau est celui de la salle des blessés.
La salle dite des o/)crfdions est destinée en effet aux opérations les plus graves et les plus délicates, et elle est entourée de toutes parts de tout ce qui peut en infecter l’air. Elle communique à la salle Saint-Paul, dont nous venons de décrire la fétidité.
* Environ il “25*'.
VAPv I I-:TKS CIllRURGICALKS. /,{)
TMacce presque sur la salle des morts, elle eu reçoit les CMiiauatious par les croisées. A l’eucoi^jiiure ilu mur extérieur est uu plomb, qui, dans les chaleurs, répand une odeur iul’ecte ; et du côté du midi elle a des terrasses qui, placées au-dessous de plusieurs lo{jemens et des salles des accouchées, en reçoivent les immondices et les vidang^es.
Un grand malheur pour ceux à qui on fait ou à qui on doit faire des opérations, pour ces infortunés qui ne doivent souffrir que de leurs propres maux et à qui toute émotion est dangereuse, c’est que ces opérations s’y font au milieu de la salle même. Ou y voit les préparatifs du supplice ; on y entend les cris du supplicié. Celui qui doit l’être le lendemain a devant lui le tableau de ses souffrances futui’es, et celui qui a passé par cette terrible épreuve doit être profondément remué et sentir renailre ses douleurs à ces cris semblables aux siens. Et ces terreurs, ces émotions, il les reçoit au milieu des accidens de rinllammation ou de la suppuration, au préjudice de son rétablissement et au hasard de sa vie.
Aux iuconvénieus qui naissent du défaut d’espace dans l’intérieur de 1 1 lôtel-Dieu se joignent d’autres iuconvénieus qui tiennent à sa position. I.e bâtiment méridional est placé sur la rue de la Hùcberie. C’est par cette rue que débouche, et sans cesse, un nombre considérable de voitures de pierres, de bois de charpente et de bois à bn'der. Un a fait compter ces voitures, et l’on en a vu passer jusqu’à IG8 eu une heure. Le hasard ou l’inattention ont placé, dans ce bâtiment et sur cette rue,
ÙO
LA VIK PIllVKK D’AUTliLFOIS.
les salles deslinécs aux maladies ebiiairj’ieales el aux opénitioMs, celle des taillés, celle des femmes eu couche. Ou sait que le bruit est coulraii-e aux femmes (|ui sont dans cet étal; ou sait que les ébraidemeus sont nuisibles aux hommes et aux femmes (|iii ont subi des opéi’alious. 'Poutes ces salles sont au pi’emier et au second éta{>e où les vibrations sont plus sensibles. Ces ébranlemens répétés portent des secousses teri ibles à la tête des malheureux trépanés, excitent des tressailleniens, donnent souvent des convulsions à ceux à qui on a coupé la jambe ou la cuisse, ii’ritent on jirécipitent au tombeau une foule d’infoi’tunés, victimes de ces dispositions )ual entendues...
Si nous ne pouvons pas constater, par l’expérience, le danger de ces ébranlemens, nous avons un témoignage qui dépose du daii!;er de rinfection de l’air; c’est celui de Tfionis, démonstrateur d’anatomie sous Louis XIV el premiei’ chirurgien de madame la Dauphine. « A Paris, dit-il *, le trépan est assez heureux, et encore plus à Versailles, où l’on n’en meurt presque point ; mais les trépanés |)érissent tous à l’IIôtel-Dieu de Paris, à cause de l’infection de l’air »
Qiiebjucs cliiffres officiels serviront de conclusion à ce navrant tableau. Il mourait en moyenne :
^ Rapport des commissaires cltarges de l'cxamcn du projet d'un nouvel Hôtel-Dieu. Dans V Histoire de l'académie royale des sciences, année 1785 (imprimée en 1787), p. 2.
V A R l !•; T I- S C I n lUJ R O I C A lÆ S .
A riiôpikil crEcHiuboiir^'
— du Saint-Esprit '
— do Saint- Denis
— do Versai lies
— do Saint-Snlpico
— do la (jliarité
A riIùtoI-Dion
malade sur 25 12
<t Ce chilTre, écrit Tenon surpasse toutes les mortalités connues. p]lle s’éléveroit encore })liis haut si, dans cette maison, l’on avoit é(jard aux enfans venus vivans et sains, aux accouchées bien portantes, ainsi (ju’anx (juatre cents enl’ans (jni en sortent tous les ans pour aller mourir incontinent de rinduration ou de la gelée à rhôjiital des Enl’ans Trouvés. 55 On voit (|uc la mortalité était bien moindre à la Charité, rétablissement de Paris où, après l’Hotel-Dien, se laisalent le plus d’opérations. En 52 ans, l’Ilôlel-Dieu sur 1,108,741 malades en perdit 244,720, soit 1 sur 4 1|2; la proportion étant de 7 1|2 seulement à la Charité, cet hô[)ital n’en eiit perdu (jue 108,700. D’où il résulte (pi’en 52 ans l’Ilôtel-Dicu a enlevé à la Erance au moins 70,020 individus, rpil eussent survécu
' A Rome.
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LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS
s’ils eussent été placés dans de meilleures conditions liv{]iéni(jues. Et non seulement la France eût conservé ces 7G,00ü citoyens, mais elle eût réalisé une importante économie d’ar^jent, car la durée movenne des maladies, qui s’élevait à 43 jours à l’IIôtel-Dieu, était de 23 jours seulement à la Charité*.
Mais à la Charité, chaque malade était seul dans son lit, les salles étaient vastes et bien aérées, le volume d’air accordé à chaque malade variait entre 47 et 74 mètres cubes En 1786, les salles commencèrent à être chauffées, on y plaça un poêle en terre, avec des tuyaux de cuivre^. » Pour comprendre toute la valeur de cette innovatiou, il faut SC rappeler que, durant les hivers ri^jou-
* .remprunte tons ces chiffres au Rapport des commissaires )iom)iie's par l'Académie des Sciences, p. 70 cl 72.
■ Savoir :
Salle .Saint-Louis 52‘".
— .Saint-Rapliael 53"'30'
— (le la Vicrjfc 59"25'‘
— .Saint-.lcan 52‘".
— Saint-Au{justin 48'" iO'^
Inlirmcric des frères 47‘“.
i^Mcmoires de Tenon, p. 37.)
L’aeadenue des .Sciences atlriluic à chacpic malade de la salle de la Vierge 10 toises cubes d’air, soit e.vacteinent 74,0380. (Voy. p. 51.)
^ Voy. Tenon, p. 40.
Infiriiicric des frères de I;i (ilinrité. — ft’nprès A I)r;di;iin lîoss
reiix, les malades des hôpitaux avaient souvent le nez ou les oreilles (jelées; on leur en faisait sur place rainputation, et tout était dit * .
A la Charité, la salle attribuée aux maladies chirurgicales commuulquait avec une salle de fiévreux, et l’on constata un peu tard les dangers de ce voisinage. L’Allemand .lean Ilunezovsky, venu en France pour y étudier 1e régime des hô[)itaux, écrivait vers 1783 :
C’est une chose remarquable que les maladies chirurgicales, placées à la Charité dans le voisinage des fièvres putrides, ne guérissent que lentement. Il leur survient souvent des symptômes qu’il est impossible de prévoir, et qui résistent à toutes sortes de traitemeus. i^a gangrène se iiuH aux plaies les plus simples, les ulcères deviennent malins, et toutes les maladies externes, qui d’ailleurs ne demanderoient pas beaucoup de teins pour être guéries, y prennent un mauvais caractère. Ce qui ju’ouve incontestablement que celte sur-addition de symptômes et de maux insolites proviennent de ce que la salle de cbirurgie communique avec celle où sont les fièvres putrides, c’est que tous ces accidens n’ont lieu que sur les malades dans les cinq ou six lits les plus proches de la salleaux fièvres putrides. Pour s’en garantir, on a pris le parti de ne plus mettre de plaies ni d’ulcères dans cws lits, mai«
Voy. Les chirurgiens, p. 50.
i,A VI r: pr.ivi:i- d’autrefois.
seulement des malades avec des tumeurs, et dont la peau n’est pas entamée.
Il est 1)011 (le laire reinaiYjuer (ju’un espace (le six lits à la Cliarilé représentait un peu nioiiis (le douze mètres.
$AGi:S-FEMMES