‹ Variétés chirurgicalesChapitre 16 sur 51 · V A R I F, IFS CHIRURGICAL F S · texte numérisé non relu

V A R I F, IFS CHIRURGICAL F S

Reçues (lès lors membres de la corporation, de uomlireux devoirs leur Incombaient, que les statuts énumèrent ainsi.

Elles se comporteront en tonte circonstance « safjement, liouiiestement et vertueusement, et n’ useront de paroles nv gestes dissolus. » Elles ne loucheront les patientes « qu’au préalable elles n’avent osté leurs bajjues de leurs doi{;ts, si elles en ont, et lavé leurs mains E v Elles seront aussi diligentes à secourir les jiauvres que les riches, à fin cjuc Dieu par ceste charité aye agréable leur travail". »

Si l’enfant se présente autrement « (jue le chef devant, qui est l’accoucbement naturel, » ou s’il se présente })ar les pieds « qui est un autre accouchement, le premier après le naturel, » elles feront aussitôt appeler soit un médecin, soit un chirurgien, soit une « des anciennes maistresses et matronnes jurées®. » Sous ])eine de mort, elles ne provoqueront l’avortement d’aucune femme, « soit mariée ou non mariée^. «

Elles « ne délivreront aucunes femmes

' Arliclo tt.

= Arliclc 10.

^ Arliclc U.

^ Article 12.

LA VIL PKIVLL D’AUTREFOIS

(ju’olles lie les advertissent du devoir de clireslleii, et aussi de la nécessité à toutes créatures raisonnables du sacrement du baptesine qui se doit conférer à l’enfant nouveau nay * . »

Elles « n’oublieront h undover les enfans si elles cojjnoissent qu’ils ne puissent jiarvcnir audit S. sacrement de baptesme^. »

« S’il y a un homme, et notamment un bomme d’Éjjlise, au logis ou adviendra ladicte nécessité de undover, qu’elles luy défèrent cet bonneur si c’est après l’enfantement, et non autrement®. »

« One sur toutes choses, elles vivent en femmes de bien et d’honneur, ainsi que le nom do Matronne ou Saige femme honorable les y convie

l'dles « ne mosdiront les unes des autres et ne se ]u’ovo(|iieront d’iiqures ny de paroles, ai ns se comporteront saigement et comme prudentes femmes®. »

Elles devront dénoncer toute femme qui

' Article 13.

* Article I V.

^ .Article 15. — Sur les trois articles qui précèdent, voy. ci-dessous, p. 7(5 et suiv.

* .Article K).

'* .Article 22.

VARIÉTKS CHIRURGICALES. 65

exercerait le métier sans avoir subi Texamen accoutumé et prêté serment ^

Elles devront également dénoncer celles d’entre elles qui seraient connues pour « tenir mauvais train, pour recevoir ou enseigner mauvaises et dissolues compagnies^. »

« S’il advient qu’aux cimetières des saints Innocens, es rues ou en Chastelet, il ait esté exposé quelque enfant vif ou mort, » elles sont tenues d’obtempérer à toute invitation « de le venir trouver, pour voir si elles le recognolstront ^ » .

Elles ne « feront rapport de la pudicité, corruption ou grossesse des filles ou femmes, » sans aA’oir appelé le médecin et au moins l’un des deux ebirurgiens du Châtelet. « Joint qu’est besoin escrire et signer lesdits rapports, et peu d’icelles savent cscrire C »

Chaque sage-femme sera tenue d’avoir •< une copie imprimée « de ces statuts, et le plus ancien des deux chirurgiens du Châtelet conservera une liste de toutes les sagesfemmes autorisées â exercer

' Article 8.

■ Article 17.

^ Article 20.

* Artic le 23.

* Article 2V.

LA VJL rinVLK D’AIJTKKFOIS.

On né{jli(jea de dresser celte liste, et au mois d’avril 1587 dix-neuC sajjes - femmes furent dénoncées comme exerçant illéjjalement, car elles n’avaient ni subi l’épreuve cxijjée, ni prêté serment. Le prévôt de Paris leur lit défense de « s’immiscer eu l’exercice dudit estât de malrosue, qu’elles n’ayent esté expérimentées et reçues. » Il ordonna en même temps « que les ensciques ])ar elles mises et pendues devant leur maison soveut rompues et desmolies. » On les autorisait toutefois à « présenter requeste pour j)arvenir à leur réception et examen « ce <pie presque toutes tirent aussilôf.

Il fallut aqir de même en 1595. Le lieutenant criminel enjoignit à toutes les sagesfemmes de présenter au Gliàlelet « leurs lettres <le piovisiou et réception » .

Cinq ans plus lard, uu fait grave fut révélé au lieutenant criminel. Certains barbiers s’étaient permis d’assigner des femmes connues pour soigner les accouchées; ils préten- <laieul « les interroger et leur faire faire ser-

' Jieifjleineitt pour lex xaqex-femmex. 2C avril 1587. 8 j>a{»os in-8“.

- Extniicl (lex regixtrex de la chambre criminelle du Chastellet de Parix. 17 noveinhre 1595. 4 pages in-8'’.

VAKIKTÉS CIIIUURGIGALES, 6T

ment. » Les matrones durent encore apporter leurs titres au Châtelet, et de nouveau l’on ordonna « estre Fait un re^jislre et roolle certain, contenant les noms, surnoms et demeurances des matrones, selon l’ordre de leur réception ' . »

On se décida en (in à dresser cette liste si souvent réclamée, et le Châtelet la fit imprimer sous ce litre : Roolle des Malronnes ou Saiqes femmes qui ont juré garder les statuts et reiqlemens cy devant escrits '^, pardevant Monsieur le Prévost de Paris ou ^[onsieur le Lieutenant criminel, du consentement de Monsieur le Procureur du Roy audict Chastellet. Lesquelles Saiqes J'emmes sont tenues advertir l’ancien des deux Chirurgiens jurez du Roy audit Chastellet de leur demeure, au cas qu’ils'^ changent de logis ou quartier^ .

Ce rôle contient les nom et surnom de soixante sa,{Tes-(emmes ; on y indi(jue pour chacune l’année de sa réception, mais sans

* Même titre (|uc ci-dessus. 18 décembre IGOO. 4 pajjes in-8".

^ Ceux (|ue j’ai analyses tout à l’heure.

^ Il faudrait <ju ’e//w.

L’exemplaire que j’ai consulté a appartenu à une sa{»efemme cpii a coiiqilétc à la main la liste im[)rimée, en y inscrivant le nom des sajjes-femmes reçues jusqu’en 1009.

LA VIK PRIVEE D’AUTREFOIS

inenlionner son adresse. Je retrouve parmi elles la plupart des femmes dénoncées au pré- \ ôt en avril 1 5S7 .

Les sa^es-femmes sont classées par ordre d’ancienneté, l^enr dovenne, Mme Claire Bellaimer, dite la Malescote, avait été reçue en 15()7. La dernière se nommait Mme A(jnès Marcel, dite de la Rue, et sa réception datait du 12 mars IGOl. Les deux sa^jes-femmes jurées au Châtelet étaient Mme Mar^juerite Thomas, dite du Puv, et Mme Péronne Boyadan, deux importantes matrones que nous ne tarderons pas à retrouver. Péronne Boyadan avait été sans doute l’institutrice de toute sa famille, car je vois qu’en même temjis qn’elle exerçaient :

Gennaino Assart, sa fdlo.

Catlierine Boyadan, sa sœur.

Marguerite Assart, sa fille, sœur de Germaine.

Pérouue du iMoustier , sa petite-fille, fdle de Germaine.

.Marjjuerite Fontaine, sa nièce.

Je m’arrêterai plus longtemps sur une autre mention, qui est ainsi conçue :

iMadame Louyse Bourgeovs, femme de M. IMartin Bourssier, reçue le 12 novendjre 1598

* Dana son Esfjuisse historique sur Louise Bourgeois

•VARIÉTÉS CIIIRURGICALKS. 69

fiOuise Bourgeois accouclia six fois Marie de Médicis. Elle a puhlié sur l’art obstétrical quatre ouvrages, et je lui sais gré surtout d’avoir raconté dans l’un d’eux comiiieut à cette époque on devenait sage-feinine b

Issue d’une famille aisée appartenant à la bourgeoisie, son père possédait au fauboui'g vSaint-Gennain plusieurs maisons. En 158 4, elle épousa Martin Boursier, barbier-chirurgien^, qui avait été élève d’Ambroise Paré, et qui servait alors dans l’armée du roi. l’endantsou absence, Louise Boursier habitait avec sa mère et ses trois enfants, une de ses maisons patrimoniales. Quand Henri de Navarre vint mettre le siège devant Paris, le faubourg Saint-Germain, situé hors des murs, fut envahi un des premiers par ses troupes; elles le saccagèrent si bien que T.ouise Boursier, avant vu ses maisons pillées et démolies,

(1852, in-8"), M. le docteur Cliéreau écrivait ; « 5'ous ne croyons pas nous tromper l)eaucoup en rapportant la date de sa rcce[)tion à l’année 1599. «

• Comment fay appris l'art de saçje-femme. Dans les Observations diverses sur la stérilité, perle de friiiet, foecondité, accouchements et maladies des femmes et enfants nouneau.x naiz, amplement trailtées et heureusement praticquées par L. Bourgeois, dite Boursier, sage-femme de ta Boine. 1620, in-8", t. II, p. 104.

* Vov. Les chirurqiens.

LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS

jiassa presque siililtement de l’aisance à la misère. Obli^^èc de vendre « tous les jours pièce à ])ièce » le peu (pi’elle avait sauvé du désastre, elle se mita travailler, conFectionna divers ouvra^jes de Femme, « petit jiolnct, petit mestier, broderies en jarretiers ' . Mais il était bien difficile de faire vivre ainsi cinq jiersonnes, et la courajjeuse femme, pressée ])ar la nécessité, allait enfin obéira sa vocation. Je lui laisse la parole.

Une lioimcste femme, qui m’avoit accouchée de mes enfans, qui m’aymoit, me persuada d’apprendre à eslre sa(>e femme, et que si elle eust sceu lire et escrire comme mov, qu’elle eust laid des merveilles ; que le cœur luy disoit (pie si je l’eutrepreiiois, je serois eu pende temps la jiremière de mou estât; que mon mary, qui avoit demeuri'! vinjjt ans eu la maison de feu maislre Ambroise Paré, premier chirurgien du Uov, me pourroit beaucoup a P P rendre.

Je ne m’v ponvois résoudre quand je peusois à porter des enfans an ba|)tesme ; euHii la crainte <pie j’eus de voir de la nécessité à mes enfans me le fis faire. Je me mis ii estudier dans l*aiv et m’offris à accoucher la femme de nosire crocheteur. Je l’accouchis d’uu fils qui estoit roiiv* jiar tout le

' Mrodcrics sur jarrctii'rcs.

■ lloujjc.

corps, d’autant qu’il y avoit avocliiy un deiny seau d’eau, .l’avüis leu et retenu qu’il ne faut pas laisser dormir une femme qui vient d’accoucher de peur (ju’une faiblesse ne l’emporte, à cause de l’évacuation. Je demeure seule ; comme je remuois l’enfant, je parlois quelque fois à elle. Une fois, elle ne me répondit point; je mis l’enfant sur un oreiller à terre, et conrns à elle, que je trouvay esvanoiiye ; je clierchay du vinaigre et de l’eau, et la fis revenir à bonne heure.

De petites (j^^ens à autres, je fus employée grandement. Le premier enfant que je portav baptisera Salnct-Gosme, il me sembloit que les murailles des Ci^rdeliers- me regardoient. Je practiquay environ cinq ans avec pauvres et médiocres, au bout desquels je me fis recevoir jurée à Paris.

11 doit y avoir à la l’éception d’une sage-femme un médecin, deux chirurgiens et deux sagesfemmes^. Ainsi l’on m’envoya voir les deux sagesfemmes, qui estoient la dame Dupuis et la dame Péronne'* •*. Elles me donnèreut jour pour les aller trouver ensemble. Elles m’interrogèrent de quelle vacation ® estoit mon mary ; ce que sçacbant, elles ne vouloient pas me recevoir, au moins madame Dupuis, ([ui disoit à l’autre : « Pardieu, ma compagne, le cœur ne me dit rien de bon pour nous ;

* Sur ccttc coutume, voy. ci-ilcssous, p. 106.

" Voy. Le^ chirurgiens.

•* Conformément à l’art. 4 des statuts (|uc j’ai analysés plus liant.

* Voy. ci-dessus, p. 68.

“ De (jucl métier.

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