LA VIL P 111 VE K D’AUTUEFOIS
puis c|ii’elle est la femme d’iiu sur(jeati elle s’eiiletul avec les médecins comme coupeurs de bources en foire; il ne nous faut recevoir que des femmes <rai‘tisans, ({ui n’entendent rien à nos affaires, » Elle me tlisolt que mou mary me devoit nourrir sans rien faire, et que si je falsois aul rement, il me faïulrolt brusler pour faire de la cendre aux autres.
l'dles me tinrent en telles loufjueurs et avec tant <le sols propos qu’un bel enfant que je nonrrissois eu nu)urut de l’eunuy que surtout la Dupuis me <lonna. Je dis cela pour faire voir comment Dieu scait veu(}er ceux à qui l’on fait du mal, lors qu’ils y pensent le moins. Cela se dira eu sou lieu^. Ayant été reçeuë de tout le reste, elle fut contrainte <le me recevoir à (jrand re^ji'et.
Avant été reçeuë, je continuois de practiquer, où )C servis (jrand nombre de femmes, tant pauvres (pie médiocres, dames (pie damoiselles, et jusqu es à des princesses...
Ainsi, l’on s’instruisait connnc l’on pouvait, le jilus souvent au hasard des circonstances, parfois dans un livre si l’on savait lire; et puis l’on accouchait tant bien ipic mal la femme d’im crocheteur pour commencer. Quand on avait de celte façon « pratitpic (jrandement »
' D’un cliirurjjicn.
■ t'ilc raconte, en effet, plus bas, coinnicnt elle supplanta cette vieille Dupuis, (pii avait accouclic Gabrielle d’Estrées et (pie Henri IV voulait donner pour accoucheuse à sa fciuiue. Voy. ci-dessous.
durant cinq ans, l’on sonjjeait à sc l’aire recevoir sage-l’einine. En vérité, il était l)ien temps.
Tout ceci se jiassait en 15!)8, et ne se modifia (jue très lentement. Trente-sej)t ans après, au mois de janvier IG35, les sajjeslemnies adressèrent une sup[)li<pieà la Faculté de médecine, sollicitant d’elle un cours d’onstétrifjue*. ^lais la Faculté était hicn trop occupée de ses (pierelles avec les clii nubiens pour répondre à d’aussi l’utiles requêtes.
L’Hôtel-üieu, ([iii recevait tant de l'emmes enceintes, eût pu servir de clinique. Il y avait là une maitresse sa{]e-renime, nommée après examen subi en présence de six médecins. Au mois de novemlire 1G57, le bureau d’administration décida qu’elle forait « toutes les six semaines dissection et anatomie de la matrice, « mais au profit seulement des «appreutisses » de l’I lôtel-Dieu
Une Déclaration de septembre I GG '<• chargea les clnrui’gieus d’instruire les sages-lémmes, tout en couléraut au doyen de la Faculté de
' ,I.-A. liazon, Eloge historique de lu l’uculle de médecine^ J). 29.
^ Voy. II. Carrier, Origines de la maternité de Paris, p. 18 et 7 V.
LA VIL PinVLL D’AIJTIILF OIS.
médecine le priv ilèjje de présider les e.vamens. Celle mesure lïil eomplélée un jieu })lus lard. Les slaluls accordés aux cliirurgiens eu novembre l()5)î) leur allribuèreut la réccpliou des sages-lemmes. A daler de ce momeul, elles soûl oFficicllemeul « ajjré^jécs » à la commuuaulé des cliirur^jiens, bouueur (pi’ellcs parlageul avec les reuoucurs, les herniaires, les dculisles, les oculistes el les litliolomislcs.
Les statuts de 1(191) exi^jeaieut des aspirantes que ;
1“ Elles eussent servi jieudaut trois mois à riIülel-Dieu, ou pendant trois ans chez une sa.oc-femme de l'aris, condition dont élaient dispensées les Hiles de sajje-lemme Les brevets d’apprenlissaye devaient être enregistrés au [|reffe de la communauté^.
2“ Elles présenlassent un cerlilicat de catholicité^ et de bonne vie el mœurs
3" Elles vinssent au jour fixé comparaître à Saint-C.ômc devant le jury d’examen'’, <[ui était ainsi comjmsé
’ Article 113.
■ .\rticlc 11-V.
^ L’édit du 20 février 1680 avait déjà interdit le métier au\ .sayes-femmes professant la H. I’. U.
^ Articles 113 et 125.
^ Article 117,
® Article 118.
Y A U I !•; r i ; s c 1 1 1 u u ii g i c a l i: s .
I, c premier cliirurfjiea du roi ou sou lieuleuaul.
J. es ([uatre prévôts eu cliaqje.
Les quatre cliirurqieus du Cliâtelet.
I>es (juatre sajjes- te mines du Châtelet'.
Le doyen de la Faculté de médecine.
Les deux médecins du Cliâtelet.
Le doyen delà communauté.
Le receveur de la communauté.
Les deux derniers prévôts sortis de charge.
Le receveur dernier sorti de charge.
Deux mai 1res du Conseil.
Deux maîtres de la classe.
A eux tous, ils se partageaient, chacun suivant son rang, les droits d’examen, dont le total montait à 1(39 livres G sous".
Cette somme une fois versée, il restait à prêter entre les mains du premier chirurgien du roi un serment dont la formule n’est pas indi- ([uée, « le serment ordinaire, » disent les statuts Nous possédons, au contraire, les termes du serment très comjiliqué que chaque sage-femme devait prêter à son curé. Il est assez curieux pour être reproduit en entier.
L’Église enseigne que les enfants morts sans haptême vont dans un Heu spécial, situé aux
' Un édit tl’aoiit i()7â- avait porté à c|uatrc le nombre des sajfcs-fcimiies jurées du Cliâtelet.
^ Article 127.
^ Arti(>le 118.
LA VIL PIÏlVLE D’AUTliLFOlS.
portes (lu paiadis et noiiiiiié les limljes. Il importait donc qu’en cas de danger la sagcl’emiue fît aussit(3t avertir uii prcitre. Dans une circonstance pressante, elle ou le cbirurgieu avaient inêmie le devoir d’ondover le nouveau-né. Graignalt-on (pi'll eût cessé de vivre, il fallait employer cette formule : « Si tu es vivant, je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il . » « De cette manière, dit sagement Dlonls * , si l’enfant est vivant, il est bien baptisé; s’il est mort, le baptême est nul, et les plus scrupuleux ne peuvent blâmer un tel procédé. « J^’ondoicment précédait donc toutes les opérations où la vie de l’enfant était menacée. Ainsi, s’il se présentait par la tête, et (]ue la dimension de celle-ci forçât l’accoucbeur â employer les fers, il devait d’abord mettre un peu d’eau sur la tète de l’enfant, soit au moyen d’une jielite cuillère, soit en y portant scs doigts mouillés. TiU {pistrotomie ne se prati(]uait guère (pi’après la mort de la mère, mais elle devait être tentée aussitôt après, si Fou soiqu'onnalt (]ue l’eidant j)ût être encore vivant. La matrice une fois ouverte, le cblrurglcn soulevait avec
* Traite ffcneral (les accouchement, p. 317.
VAIUKTKS CHIKL’llGICALES. ""
la main gauclie la tète de l’eufaiit, et l’ondoyait de la main droite'. On su|)pose toujours ici (ju’ancnn prêtre n’est présent; et en l’absence de prêtre, personne ne doit hésiter à sauver l’ànie du nouveau-né. Tout cela explique l’autorité exercée par les curés sur les sajTes-femmes, qui étalent tenues^ de prêter entre leurs mains le serment suivant :
.le N., épouse (ou veuve de M., promets et jure à Dieu, le crenteur tout puissaut, et à vous. Monsieur, qui êtes son ministre, de vivre et de mourir dans la foi de l’E^jlise Catholique, Apostolique et llomaiue, et de m’acquitter, avec le plus d’exactitude et de fidélité qu’il me sera possible, de la fonction qui m’est confiée.
.l’assisterai de nuit et de jour dans leurs couches les femmes pauvres comme les riches ; j’apporterai tous mes soins pour qu’il n’arrive aucun accident ni à la mère ni à l’enfant. Et si je vois quelque danger qui m’inspire une juste défiance de mes forces et de mes lumières, j’appellerai des médecins
' Voy. Dionis, p. 273, .31 1 et 315.
^ Sur cette oblijjation, Voy. Recueil des actes, titres et mémoires concernant les affaires du clergé de France. 1716, in-fol., t. V, col. 71 et siiiv.
■’ « Pour être snjjc-fcmmc, il faut être mariée. Il sicroit mal à une fille de vouloir eutrepreudre d’accouclier les autres, elle qui doit ijjnorer toutes les circonstances nécessaires pour faire un enfant. » Dionis, Accouchemens, p. 417.
LA VI K l'ItlVKK D’A U Tl! Kl- OIS.
OU des cliinir{;iens, ou des femiues e.xpérimentées <laiis cet art, pour ne rieu faire que de leur avis et avec leur secours.
Je promets tle ne point révéder les secrets des familles ni des personnes que j’assistei'.ii , de ne point user ni souffrir qu’ou use de superstition ou <le moyens illicites, soit p;ir paroles, soit parsi{jnes, ou de (pielque autre manière que ce puisse être, pour procurer la délivrance des femmes dont les couches seront difficiles et paroitront devoir être dan{>ereuses ; mais de les avei tir de mettre leur confiance en Dieu, et d’avoir recours aux sacremens et aux prières de l’Ejjlise.
Je promets aussi de ne rien faire par ven^jeance, ni par aucun autre mot if criminel ; de ne jamais consentii’, sous quehjue |)rétexte que ce soit, à ce qui pourroit faire périr le fruit ou avancer l’accouchemeut par des voies extraordinaires et contre nature ; mais de procurer de tout mou jK)uvoir, comme femme de bien et craignant Dieu, le salut corporel et spirituel tant de la mère que de l’enfant.
Enfin je promets d’avertir sans délai mou pasteur de la naissance des eufans; de n'en baptiser et de ne souflrlr qu’on en bajilise aucun à la maison, hors le cas d’une vraie nécessité, et de n’en porter aucun à l)apliseraux ministres des hérétiques '.
En (lépil de ces jirécaiilions, les sngesfeinines, stimulées par le besoin d’arjjent, se
’ Pa.ctorale Parisiense, 1780, V in-V", t. 111, j>. 75.
V A R 1 1: T i: s C II I R U R 0 I c A L !•: s .
prêtaient souvent à de eou[)abIes complaisances. On allait les cliercher chez elles, on leur bandait les yeux, et on les conduisait auprès d’une lemme (pii gardait un inasipie sur le visage durant toute la durée de l’accouchement. l^a sage-l’eimne reprenait ensuite son bandeau et était ainsi reconduite à son domicile ' .
Le nombre des avortements, des inranticldes et des abandons d’enfants était effravant^. Lestoile écrivait le 14 décembre 1 5t)() : « Y eut une garce pendue à la jilace Maubert, qui avoit jette son enfant dans les privés, chose assez commune à Paris. » On ajqiortait à riI(jtel-Dleu une telle (juantlté de petits cadavres qu’il avait fallu renoncer à les conduire au cimetière. Lue religieuse était chargée de les jeter au fond de la tour du limbe, avec un « ininot de chaux vive [lar-dessus, ])Our les brusler et consommer et empeseber la trop grande puanteur'^. » Patin raconte qu’en KHîO, les vicaires généraux de Paris vinrent se plaindre au premier jirésident
‘ H. Esticnne, .Apologie pour Hérodote, rilil. ilc 1879, l. 1, p. '59.").
■ Vov. ci-dessous.
■’ A . lloussclct, Notes sur l'niicien IIotcl-IHcu de Paris, p. :57.
so
i,A viK piiivi;K d’authkfois.
« que depuis un un six cents temines se sont conl’essées (ravoir tué ou étoufré leur fruit, et qu’ils V ont particidièreinent ])ris [jurde sur l'(u is (pi’on leur en avoit donné *. « Quand une sa(>e-fenime était reconnue complice d’un crime de ce (jenre, le parlement se montrait impitoyable. ÎNIlIe de Guercliv, séduite ]>ar le duc de Vitry et résolue à cacher sa faute, ol)tint d’une sag^e-femme, nommée Constantini, (ju’elle se prêterait à un avortement. Mlle de Guercliv étant morte des suites de l’opération, le parlement condamna la Constantini à être pendue et étranjrlée après avoir subi la question^.
Cet arrêt jeta un certain discrédit sur la communauté tout entière. Pourtant, ce que, à tort ou à raison, les médecins reprochaient depuis longtemps aux sa(]es-femmes, c’était
• fjCttrc à Falcoiict, 22 juin l(5(i0, t. 111, p. 22fi.
- Voy. Gui Patin, Lettre ilu lOjtiilIcl 1()00, t. 111, p. 230.
On a <lit (|ue oot événement avait été l’orijjinc iln eélèl)rc sonnet tie lMf07(o/j, qui eut [tour auteur le poète .lean llesnault, et <jui liuil ainsi :
l*eux tyrans o[)posés ont déciilé ton sort ; l/ainour, inaljjré l'iionneur, t’a fait donner la vie; i/lionneur, maljjré I amour, te fait donner la mort.
Mais lîayle a bien démontré (pi’il ne fut pas eomposc en cette circonstance. Voy. son Dictionnaire, édit, de 1720, t. 11, p. 1V2'k
En ce parfait taUeau le defatiîde pelnfure^
Se coih^noift aniourd huy clairement à nosyeuxi Tour ce tju et) ny peut lnoir cjue du corps U f^urei A' on l‘ef’r)t admiré pour chef d’cuuredes Cicux.
l.oiMSi'; iîoriiOEOis.
1‘ lonliîijiifc (le scs Observations sur la stérilité.
VAIUETKS Cil IRI RGICALKS.
surtout leur l^piorance. IG27, Louise Hour- («eois vit la duchesse de Moutpensier mourir eutre ses mains d’une afreclioii qui présentait tous les caractères d’une péritonite puerpérale. L’autopsie, pratiquée par cinq médecins et cinq chirurgiens, n’imputa point de faute à l’accoucheuse L Celle-ci n’eu avait pas moins été soupçonnée, et, avec autant d’imprudence (pie d’injustice, elle atta([ua le procès-verbal et les docteurs qui l’avaient rédigé'^. Charles Guillemeau, premier chirurgien du roi, se chargea de lui répondre. Ne gardant plus aucun ménagement, il déclara (jue la mort de la duchesse devait être attribuée aux manœuvres imprudentes de la sagc-lemme, aux tractions trop répétées et trop brutales exercées sur le placenta (pii adhérait à la matrice Louise Bourgeois était vaincue. Elle passa dès lors sa vie dans la retraite, et mourut le
‘ Voy. Bapport de l' ouverture du corps de feu Madame, 4 p. in-12.
■ Fidèle relation de V accouchement, maladie et ouverture du corps de feu Madame. — Apologie de Louise Bourgeois, dite Boursier, sarje-femme de la Boyne, mère du Boy, et de feue Madame, contre le rapport des médecins . Iii-12.
^ Bemonstrance a Madame Bourcier (sii'}, louchant son apologie contre le rapport que les médecins ont fuit de ce qui a causé la mort déplorable de Madame. In-12 tic 14 pages.
LA VIE PltlVEE D’AUniEFOIS.
:2() décembre 1630, â[)ée de soixante-treize ans.
Premiers ouvrages publiés par des ebinirgiens sur l’art des aceouebements. — Cas où leur intervention est nécessaire. — Premiers accoucheurs; d’où procède leur habileté. — Les accoucheurs préférés aux sages-femmes dès le milieu du dix-septième siècle. — Protestations. — Analyse du volume intitulé : De l’indécence aux hommes d'accoucher les femmes. — Louis XIV anoblit l’accoucheur Clément. — Succès des accoucheurs au dix-huitième siècle. — L’accoucheur doit-il être jeune ou vieux, l)eau ou laid? — llégime des femmes enceintes : saignées, purgations, rapjjorts conjugaux. — Itemède contre les chutes. — Le lit de travail. — Moyens pour faidliter l accouchement : reliques, saints, amulettes, etc. — Présentation de l’arrièrc-faix. — Peau de mouton noir. — Précautions à prendre après l’accouchement. — Premiers soins à donner à l’enfant. — Le sommeil île l’accouchée.
— Les neuf jours d’isolement. — Mauvaise volonté des chirurgiens vis-à-vis des sages-femmes. — La Faculté accorde deux professeurs aux sages-femmes. — Les statuts de 1758. — discrétion des sages-femmes. — Leurs ap|)artements. — Les accouchées à l’I lùtel-1 )icu. — La lièvre [nicrpéralo. — 8ages-fcmmcs et accoucheurs célèl-ircs.
Oii a vu, dans le volume consacré aux chirurgiens, quel dédain prolessaienl pour l’art obstétrical les médecins. Si Tun d’eux était z appelé auprès d’une femme en couches, il restait drapé dans sa solennelle nullité, fai-
sait j)ratiqucr le toucher par la sa^e-l’einnie, et, suivant les coustalatioiis qui lui étaient révélées, donnait ses instructions au chirur-
{|ien.
Ainhroise Paré, dès 1573, avait publié son ouvrage sur les acconchenients ‘ . Trente-six ans après, Jacques Guillemeau, son élève, faisait imprimer un traité plus pratlcjuc*, reproduit en IG49 dans ses OEuvres. « Si renhint, y est-il dit, est mal tourné, folblc ou languide^, et que la sajje-femme soit au bout de son expérience, il faut pour le {jarantir de la mort, et par conséquent la mère, (pi’on y apj)elle le cblruiqjien pour la délivrer et le mettre au monde. Ce (que je dlray en passant sans taxer aucunes) (pii se fait souventes fols trop tard, par l’opiniastreté des parens et sa^es-femmes « A l’époque ou Guillemeau
* De la génération de l'homme et manière d' extraire les enfans hors du ventre de la mère. Ensemble ce qu'il faut faire pour la faire mieu.x et plustost accoucher. Avec la cure de plusieurs maladies qui luy peuvent survenir. In-S".
* De la grossesse et accouchement des femmes, du qou-
vernement d'ia lies et moyens de subvenir aux accidens qui leur arrivent. in-8".
^ I.anj;uissant.
^ [je qouvernement de la femme enceinte durant les neuf ynois de sa grossesse. Et le moyen de la secourir ès rnaladies qui luy peuvent survenir durant le temps d'icelle. Dans les OEuvres. lOVU, in-folio, p. 257.