Chapitre V. — Que la profession d’accoucheur est rarement nécessaire
Chapitre VI. — Que la coutume de se servir d’accoucheurs est moins un usaye à recevoir qu’une entreprise à réprimer.
Chapitre VII. — Que les femmes sont aussi capables de pratiquer les accouchemens que les hommes.
Chapitre VIH. — Où l’on répond au reste des objections qu’on fait contre les Safjes-femmes.
L’auteur démontre d’abord que ranti(|uité accorda toujours sa coufiance aux sabres femmes, et 11 en conclut que le mélier d’accoucheur n’appartient pas aux hommes. Ce n’est en eux (ju’une usurpation ou une entreprise téméraire fondée sur la timidité des femmes, (jul ont cru par cette indigne soumission assurer leurs vies, et sur la crédulité des maris, qui, par cette dangereuse complaisance, ont cru [)lus sûrement conserver leurs
T. A VI K IMMVI'K D’ A U T H E FO 1 S .
leinnics. Mais on verra dans la suite que c’est abuser de la coufiauce des nus et des autres, en moiitraut que le secours d’un accouclieur est rareiucut nécessaire, et que cette jirofessioii est intruse dans le monde, sans titre et de nouvelle invention, dont on s’est toujours aisément passe et dont on peut sûrement se passer encore ' . »
Hccquct dévelojipe ensuite cette thèse qu’une femme oublie toute pudeur et maïupie à ses devoirs de cbrétienne quand elle tolère les soins d’un accoucheur :
A quels dangers ne s’exposent pas des chrétiennes livrées aux mains d’nn acconchenr? Car enfin ce sont lonjonrs do jeunes personnes, d’anlani plus susceptibles par conséquent de vivacité et de tendresse à la présence d’nn homme qui les louche qu’elles auront été pins retenues et moins accontnmées à en souffrir d’autre que leur mari. Dans cette disposition, il est mal aisé de répondre de leur imagination, et on doute qu’elles en puissent sûrement répondre elles-mêmes. Dans le temps qu’elles ont à se défendre contre le plus impérieux des sens, la pudeur du moins risque beaucoup alors et n’a pas peu à souffrir.
Prétendra-t-on que le danger des attouchemens ne doit s’entendre qu’en matière grave et de con-
' l’ajje 9.
VARIETES eu IRERGICAEES.
séquence et lorsqu’ils se permettent à mauvaise intention, et qu’une femme en travail se trouve occupée tle tout autre sentiment que celui de la présence et de l’action d’un homme? IMais ce n’est point toujours au moment de la douleur c]u’un accoucheur rend visite à une femme; c’est souvent en pleine santé et de sens rassis qu’on l’appelle : comme dans un doute de grossesse où les femmes veulent s’assurer de leur état...
Voudroit-on excuser ces attouchemens et dire qu’ils doivent être sans dan^^^er, parce qu’on ne les accorde qu’à hou dessein et dans des occasions sans conséquence ?M ais tout est à craindre à la pndenr, et il n’y a rien de snr on méprisahie pour une clirétienne en cette matière : c’est même un commencement de crime pour elle si elle ne craint point assez. Un Père de l’Eg;lise compare la moindre liberté en matière d’impnreté à ces petites pierres qn’on jette dans un fleuve : elles n’y excitent d’abord, dit-il, qn’nn foible trémoussement, mais qui tout d’nn coup passe dans une agitation universelle par les ondes redoublées qui croissent, s’étendent et pullulent, et portent le trouble jusqu’aux bords du fleuve. Ne seroit-ce point ainsi qn’nn attonebement accordé à un accoucheur par une personne sa{je que la mode, la crainte et la complaisance rendent trop docile dans cette occasion pourroit devenir criminel? Car enfin, la volupté est trompeuse, et souvent elle fait d’étranges progrès, pour peu qu’on s’y laisse surprendre. Du moins no ponrroit-ce point être un appas vers le crime? car à force de se laisser toucher par des hommes, ne
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|)oiin‘oi(-oii [):is se familiariser à des attoiiclieinens élran{;ers et daiijjereiix ? l'J en ee ras, la fidélité dans les marla{>es seroit-elle bien en snreté?...
.ladis, si une vier{fe chrétienne était soupçonnée dn crime d’impureté, ce ii’étoit point à l’examen des hommes (pi’on s’en rapportoit, mais à celui des Sajjcs-femmes. IMaljjré cette précaution , il s’est trouvé d’hahiles auteurs (|ni ont trouvé à redire même à celle coninme d’exposer le corps d’nne Hile aux veux d’une femme; car outre que cette jirenve étoit fort incertaine et sujette à méprise, quelques-uns ont crû que c’étoit vendre trop cher à une personne sajjo la preuve de son innocence, et d’autres que c’étoit détruire ce dont on vouloit s’assurer. Que n’auroient donc )ias dit ces sajjes auteurs de voir aujourd’hui la plupart des jeunes femmes chrétiennes sous les veux et entre les mains des accoucheurs? Que d’obscénité n’auroient-ils point remarqué dans cette infâme coutume! Que d’inconvéniens jionr la pudeur! Que de dan^jers pour l’Innocence !
L’aulcur cntrcjtreiul ensuite de réfuter les objections élevées contre l’einploi des sa(jesfeinines.
Les accoucheurs, dit-on, sont plus habiles :
3Iais cette habileté n’est pas nécessaire pour les accouchemens, car une saye-femme peut en sçavoir là-dessns autant qu’un homme. Enfui, s’il a plus de cette science inutile, il a de trop encore sa qualité d’homme, qui est un empêchement dirimant
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pour SC Faire acooiiclieiir hors tics cas de uccessité.
Les suges-leninics se trompent sou\eiit, et les ex.em[)les sont nombreux des accidents arrives par leur tante :
Si l’on ramassolt avec autant de soin et aussi peu de charité les làutes des accoucheurs, peut-être ne trouveroit-oa d’autres difTéreuces entre les làutes des uns et des autres, si non qu’on a soin d exposer au [frand jour les Fautes des unes, tandis (pi’on se tait sur celles des autres. ^lais accordons cette ijjnorance si exa(jérée, à (pd pins raisonnahleiuent s en prendre, on aux temmes, ou à ceux ([ui les interrompent et qui les reçoivent? Ce sont messieurs les chirurgiens enx-inéuics qui jugent de riiahilete des sagcs-Femines ; s’ils les trouvent mal instruites, pourquoi les donner au [)uhlic poiu habiles .
On est maintenant habitué à se servir d’accoucheurs, et le monde n y trou^e point a redire :
;Mais à quoi ne s'accoutume pas le monde, et à quoi ne nous accoutumeroit-ll pas, si on le prenoit pour {piiide en Fait de religion? La passion même lui paroit souvent aimable, et il autorise ordinairement d'indignes lisages. 11 sera encore un plus mauvais jum'c cpuind les choses 1 intéresseionl autant que celle-ci; car qui ne craint de contrarier une Femme grosse, qui a déjà assez a sonlFrir de son état, et à quoi ne se résout-on jjasen sa la\eui ii la veille de ses couches et lorsqu’elle va donner un héritier?
l,A VI K P RI VE K D’AUTREFOIS.
La ACi'lu, la [iiidcur des femmes « a-t-elle donc plus à souffrir alors, que (juand une femme, une fille, une religieuse se livrent à un clili'urqien pour endurer des opérations dans des parties seci’ètes? Lst-il plus honteux Il une femme de se laisser accoucher par un homme (pi’à une fille, peut-être à une religieuse, de se soumettre à l’application de certains remèdes capables de salir ou d’exciter rimagination ‘ ? 55
Les opérations que souffrent ces jîersonnes par la main des chirnqjiens sont pour guérir des maux incurables sans ces secours, que d’antres que les chirurgiens ne peuvent administrer; la nécessité donc excuse ces o])érations... Ouant aux ordonnances qui se font de certains remèdes dangereux à la |mdenr, on n’entreprend pas de les justifier; car on ne voit pas trop les raisons cpi’on peut avoir de mettre des consciences à de telles épreuves. I^a santé de ipii que soit, surtout d’une chrétienne, ne doit pas être rachetée à des conditions si humiliantes à la nature et si périlleuses à la vertu; la mort en ce cas devient préféralde.
Ce plaidoyer eu faveur des sages-femmes fit grand bruit, mais il faut bien reconnaître qu’il
Ml V a ici en noie : « Eiicmata ulciina , nascalia, >> l'oinèclcs ijui ne me semblent {juère tic nature à salir l’iina- (jination.
lie convertit personne. Moins tle ti'ois ans après son apparition, Louis XIV accortlait des lettres de noblesse à Clément et Dionis écrivait en 17 17 : « Les princesses et toutes les liâmes de (jualité choisissent des accoucheurs; les bonnes hour.f>eoises suivent leurs exemjiles, et l’on entend dire au.x lemmes des artisans et du menu peuple ipie si elles avoient le moyen de les payer, elles les préféreroient aux
' Il Encore (|uc l’anohlisscmcnl et les antres litres d’iionncur c|ne nous acconlons soient le plus ordinairement la récompense des services cpie nos sujets nous rendent dans la protession des armes, cependant nous n’avons pas laissé de départir (pielqnelois ces {jràces à ceux (pii ont en l'honneur lie nous rendre leurs services ilans des charges (pii les. ont approchez de pins près de notre |)ei’sonne, on (pii dans des professions ou emplois ipii demandent de rcxpérience, de la sajjesse et de la conduite en ont donné des maripiessolides.
Et comme notre cher et hien amé Julien Clément, l’un de nos chirurjjiens et premier valet île chamhre de notre petite-hlle la Dauphine, après s’ètre appliipié pendant [ilnsieurs années aux accouchemens, avoit mérité d’èlre choisi pour rendre ses services en cette qualité ;i fenè notre fille la Dauphine, et ipi’il a eu riioniieiir de recevoir au monde nos petits-fils le Dauphin, le roi d’Espajjne et le duc de Hcrry, (pi’il a reçu de même les enf’ans dont il a jilii à Dieu de hénir le mariajje de ces princes et princesses de notre saii{j royal dejniis plus de Ircntc-ciiKj ans : iS'ous avons cru ipic sa {jrande capacité, ses soins et sa sagesse mériloient une maripie iriionneur...
Et pour lui donner eniaire un témoijjnajje plus aiilhentii[ue de notre estime, nous lui permetlous d’ajouter auxililes armoiries une fleur de lis d’or sur champ d’azur... «
LA VIE PRIVEE D’AUTREFOIS
saj’os-l'cMimes ' . » I’diFui, Prospcr Marcliaïul ajouta en note dans rédlllon du Diclionnairc de liavle qu’il tlonna en 17Ü0 : «La (jrandc mode de l‘aris est de se sei‘\ ir des accourheurs et non pas des saqes-reinmcs. I>e lcnij)s viendra peut-cti’e (pie la inémie mode ré^jiiera dans la jilupart de l’iMirope. La houle subira le sort de mille autres choses soumises aux lois hi/arres et inconstantes de lacoulume*. y>
Pour Paris, la question (3tail résolue; mais l’on s’y préoccupait encore des conditions physiques qu’il fallait rechercher chez un accoiichenr. Devait-il c'ire jeune ou atcux, beau ou laid? C’était un point controversé. ,
Il y a des (;eus, écrivait ^lauriceau qui disent qu’un chiruryieu qui veut j)rati([uer les accouche- ( meus doit estre mal propre ou à tout le moins fort | ué(>li{)é, se laissant venir une loiqjue barbe sale, afm de ne pas donner aucune jalousie aux maris des femmes qui l’envoient cpiérir pour les secourir, j A la vérité, ou eu voit qui croient (pie celte p hlique leur peut faire donner beaucoup de pratiques; mais (ju’ils s’en désabusent, car nneseudilable mine ressemble plnslost à un boucher qu’à un ebi-
' Pa{jc V48. Voy. aussi p. 444.
- ItoUcrdam, 4 vol. iii-folio, t. 11, p. 14G8.
^ Traité dex maladiex dex fcnimex yroxscx, p. 20Ü. Je rite toujoms l’éililion de 1(575.
VARIETES cm IIÜUGICALES.
nii’jjicn, dont les lemmes ont déjà assez de peur sans qu’il se ilégrnise ainsi.
Dlonis (lit de son côté :
Celui qui embrasse les accoucliemens tloii être bien fait de sa personne, u’avaut aucun défaut corporel ni rien de clioquant dans son visa(jc. Il faut qu’il soit tait de manière qu’une femme puisse se mettre entre ses mains sans aucune répugnance. 11 ne doit être ni trop jeune ni trop vieux; il faut qu’il soit dans la vi(jueur de son â(;e et qu’il ait de la force pour pouvoir lùire un accouchement laborieux, qui le met quelquefois tout eu sueur'.
Tout le inonde convenait ({ii’iine feinnie enceinte devait être saijjnce à (jiiatre mois et demi, à sept mois et à neuf mois, « le pins près possible du terme de raccoiicbement ^ » I.es chirurgiens s’accordaient moins bien sur le chapitre des purgations '*. Mais ils ne s’entendaient plus du tout cjuaiid il s’agissait de savoir si une lemme, durant sa grossesse, devait se refuser à son mari. Mauriceau dit oui et Dioms dit non. Ce dernier appuie son opinion d’expériences personnelles qui ont bien leur valeur : « Mauriceau, conclut-il, ne peut avoir lait ces observations par lui -même,
' Traité f]é né rai des accoucliemens, 1718, in-8", p. 413.
- Mauriceau, p. 123. — Dioiiis, p. 138.
^ Ilionls, p. 139.