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VAR I ETES G II I R U RG I CALES

au Grand-Thomas. Celui-ci, le plus illustre des opérateurs en jileiu veut, avait lait des études sérieuses. Garçon chirurgien à ITlotel- Dieu, j)uis reçu maitre à Saint-Côme, il exerçait avec l’autorisation de la Faculté.

■ Las sans doute d’attendre la clientèle dans sa boutique, il était venu, entre 1711 et 1719, s’établir sur le Pont-lSreuf ;

Environ mil sept cent dix-neuf,

Peut-être dès mil sept cent onze,

11 s’établit sur le Pont-Neuf,

Vis à vis du Cheval de bronze.

Il y figuroit avec lui.

En opérateur d’aujourd’hui.

Vêtu l’hiver comme en automne,

Et l’automne comme l’été.

Au spectateur qui l’environne Il annonçoit sa qualité L

Il paradait sur un char composé d’une larqe })late-lbrme montée sur quatre roues basses, entourée d’une balustrade à hauteur d’appui et surmontée d’une toiture bombée". Grand et fort, avec une voix de stentor, Jean Tbo-

^ Apothéose du docteur Gros-Thomas, publiée par Éd. Fournier, Histoire du Pont Neuf, t. I, p. 2(51.

^ On le trouve représenté dans le Magasin pittoresrjue, t. IX (1841), p. 352, et dans les Mémoires de la Soeiété de r Histoire de Paris, t. VII (1880), p. 61.

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mas SC présentait à la foule vêtu d’un habit roujje (jalonné d’or, et coiffé d’un vaste tricorne empanaché de plumes de paon ; un énorme sabre pendait à sa ceinture : « Il étoit rccoiinoissable de loin, dit Mercier, par sa taille gigantesque et l’ampleur de ses habits. Monté sur un char d’acier, sa tête élevée et coëfféc d’un panache éclatant, figuroitavec la tête royale d’Henri IV ; sa voix mâle se faisoit entendre aux deux extrémités du pont, aux deux bords de la Seine'. « Il se mêlait de médecine, possédait un spécifique contre la syphilis ^ et contre bien d’autres maladies :

Sur un char ceint de gardefoux.

Construit d’une forme nouvelle.

Il y débitoit pour cinq sous La médecine universelle.

Le foie et les reins entrepris Par son remède étoient guéris.

* Tableau de Paris, t. I, p. ICO.

® Avis SAi.cTxinK AU rriiLic.

Par brevet et permission de M. Dodart, premier médecin du Poy.

Guérison railioalc pour tou les les inalaclics secrètes les jilus caractérisées, sans {jarder le lit ni la cliambrc, par le sieur GnANO-TiiOMAS, cy-devant chirurgien dans les hôpitaux du Roy, expériineutée sous les yeux de Messieurs Ferinelhuys et Lcmery, docteurs-régens en médecine de la Faculté de Paris, sans passer par la friction et la salivation.

Vu le brevet. Permis d'imprhner et d'afficher. HÉbault.

Et par une secrette cause

Qu’il connoissoit dans tous les maux,

Il ordonnoit la même dose Pour les hommes et les chevaux.

Mais c’est surtout comme arracheur de dents qu’il devint célèbre :

Sa main surpassoit son conseil,

J’en atteste l’expérience ;

Et le titre de Sans-Pareil Lui fut acquis par sa science.

Dentistes, qui suivez ses pas,

Bientôt vous n’en douterez pas.

Lisez sa mémorable histoire :

Elle annonce pour évident Qu’il arrachoit une mâchoire Plus vite que vous une dent.

La gloire du Grand-Thomas brilla de tout son éclat vers la fin de l’année 17^9. Au mois de septembre, Marie Leszcinska devenait mère d’un Dauphin, et la France à cette nouvelle faisait éclater des transports de joie. Dans Paris surtout, l’enthousiasme ne connut pas de bornes. Les cloches sonnèrent pendant trois jours et trois nuits, on tira le canon, on distribua au peuple de la viande et du vin, de solennelles processions parcoururent la ville et des Te Deiim furent chantés dans toutes les églises. Le Grand-Thomas trouva l’occasion

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belle pour augmenter sa popularité au moyen d’ime imjiosaute réclame. 11 annonça que, pendant quinze jours, il arracherait gratis toutes les dents (ju’on lui jirésenteralt, et que, le lundi 19, il donnerait un grand banquet en plein air sur le Pont-Neuf. L’avis suivant fut affiché et distribué dans tout Paris :

Le Guand-Tjioimas, reçu à Saint-Gosine et fameux opérateur pour la partie qui concerue les dents, donne avis au public qu’il arrachera les dents pendant quinze jours gratis, en réjouissance de l’heureuse naissance de Mgr le Dauphin; et qu’à cette occasion, il tiendra lundy prochain, 19 du présent mois de septembre 1729, table ouverte sur le Pont- Neuf depuis le matin jusqu’au soir, et donnera pour le dessert une petite réjouissance d’artifice.

Sa demeure est (juay de Conly , proche L’hôtel de Conly. On le trouve toujours chez luy ou à sa place ordinaire sur le Pont-Nettf, vis à vis le Cheval de bronze.

La police crut devoir interdire le banquet et le feu d’artifice L Mais notre opérateur ne se tint pas pour battu. SI.v semaines après, il se rendit à Versailles, alla porter au roi et à la relue ses félicitations. C’était un usage reçu en pareille circonstance; tout le monde,

* Voy. le Journal de Barbier, 12 septembre 1729, édit de 1860, t. II, p. 81.

l'nc-simile rciliiit (riine estampe contemporaine.

même les gens appartenant à la classe la plus humble, était admis à voir le petit roi *. I^e Grand-Thomas voulut donner à cette visite un éclat exceptionnel. Il partit à cheval, en habit tout couvert de broderies; sur sa tète brillait un casque d’argent qui pesait près de deux kilos et portait, sur un semis de fleur de lis, les armes et la devise du roi.

Le Grand-Thomas se retira, en 1754, dans une maison qui lui appartenait et qui était située quai d’Orléans. Il y mourut le 19 mars 1757, laissant 55,900 livres d’argent comptant et un très modeste mobilier. Dans l’inventaire, qui lut dressé par M® Bioche, notaire au Châtelet, on voit figurer :

Un chariot démonté, qui servoit au défunt lorsqu’il se plaçoit sur le Pont-Neuf pour arracher les dents et débiter ses marchandises.

Une roquelaure écarlate à brandebourgs d’or, un manteau écarlate, un bonnet brodé en or et quatre paires de bas de soye à coins d’or.

Un bonnet d’argent, surmonté d’un coq aussi d’argent, un soleil et une plaque d’argent-.

' Voy. les Variétés gastronomuiucs^ p. 204.

® Voy. un curieux article «le M. A. Chevalier, dans les Mémoires delà Société de V histoire de Paris ^ t. VII (1880),

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III. — Les dents de Louis XIV'. — Qui en avait soin? — On se sert pour lui d’instruments en or. — Comment on arracliait les dents au dél)ut du dix-liuitièine siècle. — Accident arrivé à Louis XIV'. — Dentistes royaux. — Les dents de madame de Maintenon. — Les dents de Louis XV et du Dauphin. — On arrache une dent à Madame Victoire. — Perfectionnements apportés à la j)rothèse. — Curieux procédés employés pour airêtcr la carie et calmer la douleur.— Les dentifrices. — La j)rofession de dentiste interdite aux femmes. — Epreuves imposées aux dentistes par les statuts des chirurgiens. — Principaux dentistes de Paris en 1777.

Louis XIV avait de très mauvaises dents. Dès 1G85, trente ans avant sa mort, il ne lui en restait presque plus à la mâchoire supérieure, et celles du has étaient toutes cariées. L’honneur de soigner ces augustes chicots se partageait entre le premier médecin, le premier chirurgien et le dentiste royal. D’Aquin, pour calmer les douleurs, employait l’essence de girofle et celle de thym ' ; quand il se formait un abcès, il appliquait sur la joue un cataplasme de mie de pain Si une opération semblait nécessaire, le chirurgien et le dentiste étaient consultés, et c’est le dernier qui opérait^. Dubois, longtemps investi de ces

' Journal de la santé de Louis XIV, p. 135.

^ Journal de la santé de Louis XIV, p. 140. ^ Journal de la santé de Louis XIV, p. 163.

fonctions, arrachait les dents du roi au moyen d’un élévatoire d’invention nouvelle, et dont le chirurgien Dionis fait un grand éloge. Il ne nous dit pas quelle matière avait servi pour sa fabrication, et ne se montre explicite qu’en ce qui concerne les instruments « propres à nettoyer les dents. « Une phrase charmante nous apprend que « ces instruniens sont ordinairement d’acier, mais ceux dont on se sert pour le Roy et pour les Princes sont d’or; et s’il y avoit encore un métal plus précieux, on l’employeroit à leur service, parce qu’ils récompensent magnifiquement *. «

Nous avons vu que ce même Dionis engageait les chirurgiens, ses confrères, à ne pas pratiquer l’extraction des dents. Toutefois, lorsque lui-même daignait y consentir, voici comment il procédait :

On fait asseoir à terre, sur un carreau seulement, celui à (pii on veut arracher une dent. L’opérateur se met derrière luy, et ayant engagé la tête entre ses deux cuisses, il la luy fait un peu hausser. La bouche du patient étant ouverte, il y remarque la dent gâtée, afin de ne pas prendre l’une pour l’autre; puis avec le déchaussoir il sépare la gencive de cette dent, qu’il empoigne

* Cours d’ opérations de chirurgie, p. 512 et 519.

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ensuite avec l’instrument qui luy aura paru le plus convenable, auquel il l’ait faire la bascule pour extraire cette dent. Quand on ne l’a pas manquée, le malade cracbe sa dent avec le sanjj qui sort de la (jencive ‘.

Par ce procédé ou par un autre, Louis XIV avait été fort maltraité. L’on s’aperçut, en 1685, qu’il existait à sa mâchoire supérieure « un trou qui, toutes les fois qu’il bu voit ou se {^ar^jarisoit, portoit l’eau de la bouclie dans le nez, d’où elle couloit abondamment comme d’une fontaine. Ce trou s’étoit fait par l’éelatement de la mâehoire arrachée avec les dents, qui s’étoit enfin cariée et causoit quelquefois quelqu’écoulement de sanie de mauvaise odeur. » Dubois n’employa en cette circonstance d’autre remède que les cautérisations au fer rou{]e, et il réussit ainsi, paraît-il, à {juérir radiealement le malade

Mme de Maintenon , devenue vieille, n’avait pas de meilleures dents que son royal

' l’ü{fc 520.

^ Journal de la santé de Louis XIV, j). 162 à 164. Voy. encore p. 294.

La jolie réponse du cardinal d’Estrées à Louis XIV qui se plaijjnait de la perte de ses dents est trop connue pour que je la reproduise ici, j’indique seulement f(u’elle a été mise dans la circulation par Saint-Simon, Mémoires, t. X, p. 354.

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époux. Elle écrivait, le 9 juillet 1714, à la princesse des Ursiiis : « Je ne vois presque plus, j’entends encore plus mal , on ne m’entend plus, parce que la prononciation s’en est allée avec les dents E »

En 1712, le dentiste du roi, dit aussi « chirur{jlen opérateur pour les dents, » était Charles-Arnault Forjjeron, qui touchait par an 2,295 livres de (jages. Il remplissait le môme office auprès du Dauphin et de la Dauphine, et recevait encore de ce chef 1,500 livres. H II a soin, écrit Traboulllet, de nettoïer et couper les dents, et fournit de racines et d’opiat quand le Roy lave sa bouche »

Au cours du dix-huitième siècle, l’art dentaire réalisa de sérieux progrès, dus surtout à quelques opérateurs de Paris, au nombre desquels on doit citer Gerauldy, dentiste du duc d’Orléans; Robert Bunon, dentiste des Enfants de France ; Pierre Fauchard; Mouton; Anselme Jourdain; Capcron ; Bourdet , dentiste de Louis XV® et de Louis XVI. Ils combattirent

* A. Geffroy, Madame de Maintenon, d'après sa correspondance, t. II, p. 352.

® Etal de la France pour 1712, t. I, p. 178.

^ L’on prétendit, après la mort du roi, (juc “ Hourdet, en lui visitant la bouche, avoit reconnu aux gencives les approches d’une maladie grave. '> Voy. les Mémoires secrets dits de Ilachauinont, 13 juin 1774, t. VII, p. 180.

LA VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS

l’abus (les extractions, contre lc(|iiel Dionis protestait dès le début du siècle : « Il y a, disait-il, des {]ens si impatiens, qu’à la moindre douleur ils font sauter leurs dents. Mais, c’est une méchante maxime que de courir si-tôt à l’arracheur; il ne faut venir à cette opération cpie (piand la dent est tellement gâtée (ju’il n’y a plus moyeu de la sauver, ou quand la douleur cpi’elle excite à la gencive est devenue continuelle et insupportable’. «

Pourtant, tout le monde n’offrait pas sa bouche à l’acier aussi facilement que le jirétend Dionis. Au mois de février 1738, le Dauphin souffrait des dents, Caperon dentiste du roi, fut consulté, et déclara qu’il n’y avait d’autre remède que l’ablation.

Le Dauphin, disent les Mémoires de Luynes^, montra beanconp de fermeté dans cette occasion. M. de Ghàtillon l’avoit averti le matin qu’il étoit nécessaire d’arracher cette dent. 31. le Dauphin demanda (pielque temps pour prendre sa résolution. 31. de Ghàtillon étant sorti environ une demiheure, 31. le Daiq)hin lui dit en rentrant que sa

' Page 515.

- Ou Capron, on trouve les deux orlliograplies. 11 occupait aux Tuileries un logement qui donnait sur le Pontlloyal.

* 27 février 1738, l. 11, p. 49.

résolution étoit prise et que ce seroit à quatre heures. Quatre heures étant sonnées sans que personne parlât à M. le Dauphin de faire arracher sa dent, il demanda de lui-inôine où étoit Gaperon. On a fort loué cette action de courage.

Il la renouvela encore deux fois en moins d’un mois, car on lui arracha une seconde dent le 1®’’ mars et une troisième le 27 *.

En 17 42, ce Gaperon trouva le moyen de casser deux dents à Louis XV, pendant qu’il lui nettoyait la bouche. Le roi montra une grande patience, écrit Barbier, « il a souffert extraordinairement sans se plaindre, sans dire des choses trop désagréaltles à ce dentiste^. «

Mesdames, filles de Louis XV, avaient pour dentiste un sieur Mouton qui, en dépit de son nom, faisait une belle peur à ses royales clientes. Il dut un jour arracher une dent à l’une d’elles, à Madame Victoire, qui était plus pieuse que brave. Il en résulta une scène de famille qui a été très bien racontée par le duc de Luynes^. Le morceau, (pioi(|u’un peu long, est trop curieux pour que je tente de l’analyser. Le voici donc à peu jirès en entier.

* Duc de Luyncs, Mémoires, t. II, p. 52 et 77.

■ Journal, 24 novembre 1742, t. Vlll, p. 199.

® Mémoires, 17 avril 1748, t. IX, p. 11,

no

LA VIE PlUVEE D’AUTREFOIS,

M. ]\Ionton avoit prononce qn’il falloil arracher une (lent à Mme Victoire. Cette sentence, conflrim'“e par la Faculté* et approuvée par le Roi, étoit sans appel. IMais 3Iine Victoire ne pouvoit se résoudre à la laisser exécuter.

C'étoit le dimanche même de Pâques que la dent devoit être arrachée. Mme Victoire remettoit de demi-heure en demi-heure, et enfin la journée se passa sans qu’on pût la déterminer.

Le lendemain, même incertitude, mêmes délais. ]M. le Dauphin et ÎMesdames renouvelèrent leurs instantes sollicitations. Enfin, le Roi prit le parti d’y aller après les vêpres, et y resta deux heures et demie. M. le Dauphin se mettoit à genoux devant Mme Victoire, et à toutes les exhortations (pie la religion et l’amidé lui inspiroient, il ajoulolt des réfiexious touchantes sur la bonté du Roi, (jui auroit pu ordonner (pv’on la tint et qu’on lui arrachât par force, et qui cependant vouloit bien attendre et compâtir à sa foiblesse et à sa déraison, mais qu’il no fallolt pas cependant abuser de cette bonté. En effet, le Roi ne pouvoit se résoudre à donner ordre que l’on arrachât la dent; il différoit toujours, et IHme Victoire lui faisoit pendant ce temps-là mille amitiés.

l'dlc finit par tlcmaiuler au roi de la lui enlever. Louis XV ne voulut pas empiéter sur les privilèges de ropérateur; il tint Madame Victoire d’un coté, tandis que la reine la tenait de l’autre, et Mouton fit sauter la dent.

ni

Sébastien Mercier écrivait en 1783 : « Les habiles dentistes s’attaclient pins à conserver les dents qu’à les extirper; ils n’arment plus si fréquemment leurs mains de l’acier douloureux. » Toutefois, si vous y tenez, ils ne vous refuseront pas ce service. « Si une rage de dents vous saisit dans la rue, vous n’avez qu’à lever les yeux. Une enseigne, qui représente une molaire grosse comme un boisseau, vous dit : montez! Le dentiste vous fait asseoir, relève sa manchette de dentelle, tire votre dent d’une main leste et vous olfre ensuite un gargarisme. » Désirez-vous remplacer les os précieux qui vous ont été ainsi enlevés, les dentistes sont encore à votre disposition : « Le plus étonnant dans son art se nomme Catalan, rue Daiqibine. Il vous fera un râtelier complet, avec lequel vous broyerez tous les alimens sans gêne et sans effort*. »

La prothèse employait alors presque exclusivement rivolre, les dents humaines, celles du bœuf et du morse En 1780, « le sieur Ladoucette, l’aîné, chirurgien-dentiste, reçu au collège de chirurgie, quai Pelletier, près

‘ Tableau de Paris^ cliap. cccLXxxii, t. V, p. 75.

- Geraulclv, L’art de conserver les dents, 1737, in-12,

172 I.A VIE PRIVÉE D’AUTREFOIS

la Grève, maison (l’im parfumeur, » annonçait au public qu’il venait « (rimaginer de nouveaux ressorts en or, pour maintenir, avec toute la solidité possible, les mâchoires artificielles dans rusa(je de la mastication et de la parole. Ces mâchoires sont conformées de manière à imiter la belle nature et â exécuter tous les mouvemens de la bouche sans être exposées â la fragilité; elles servent surtout, au défaut de dents naturelles, â une trituration des alimens : ce qui, comme l’on sait, est la base de toute l’économie animale G » Parmi les movens de calmer la douleur ou d’arrêter les profp’ès de la carie, deux surtout furent â la mode au début du siècle, le corail en bâton maintenu (piebjue temps sur la dent, et l’attouchement par la main de l’opérateur. Bunon écrit â ce propos : « La {^piérison des maux de dents par le simple attouchement du doig[t est une merveille de nos jours que je ne puis passer sous silence. On prétend que la vertu de rattouchement est l’effet d’une préparation dans laquelle le (jucrisseur a trempé sa main, on conjecture meme que c’est du cérumen ou de cette espèce de cire qui se

' Affiches, annonces et avis divers, n® du 20 dcceiuLre 1780, p. 201.

Y A 1 1 ; T E s CHIRURGICALES.

forme clans l’oreille, mise secrètement au bout du doigt : quoi qu’il en soit, il est aisé d’en faire voir l’alius. Tout ce que peut opérer rattouchemcnt, c’est de tranquilliser le malade par la confiance d’étre guéri »

Billion mourut en 17 48. Sa veuve continua le commerce de cjuelques dentifrices inventés par lui, et, en 1769, elle céda ses droits à son fils. Celui-ci, non moins dentiste que sou père, s’empressa d’informer l’humanité souffrante, qu’il tenait à sa disposition :

1“ Un élixir antiscorbutiqiie, qui raffermit les dents, dissipe le gonflement et l’inflammation des gencives, les fortifie sensiblement, prévient toutes les affections scorbutiques et calme la douleur des dents. Les plus petites bouteilles sont de 30 sous.

2" Une eau souveraine, qui produit une partie des mômes effets, qui de plus guérit prouq^tement les cbancres et les boutons formés dans l’intérieur de la boucbe, qui la tient saine et dans un bon état de fraîcbeur, et qui corrige la mauvaise baleine. On peut en user tous les jours. Prix 24 sous les plus petites bouteilles

Il y avait aussi l’eau admirable dite de Mme de la Vrillière, et l’apothicaire chargé

* Essay sur les maladies des dents, 1743, in-12, p. 178 et 191.

* Afjrches, annonces et avis divers, n® du 7 juin 1769.

LA VIF, PRIVFE D’AUTREFOIS

de la débiter avait trouvé pour raunoncer une formule naïve qui n’aurait sans doute pas beaucoup de succès aujourd’hui :

Un particulier, souffrant liorriblenieut d’une dent cariée, fut conseillé de se servir d’une eau appelée eau de ^ladaine de la Vrillière, qui se vend chez j\I. Régnault, maître apothicaire , successeur deM. Brouguiard, à Paris, rue delà Harpe. Gomme il étoit las de se faire tirer des dents, il s’est servi de cette eau avec tant de succès que depuis il u’a eu aucun mal. Il l’a conseillée à plusieurs de ses couuoissauces, qui eu ont éprouvé le même bien. Il croiroit, dit-il, manquer aux droits de l’humanité, s’il ne faisoit point part au public d’un remède aussi avantageux pour un mal si commun '.

Ce désintéressé bienfaiteur de l’humanité avait soin de ne faire aucune allusion à un procédé simple et peu cotïleux, qui venait d’être inventé et qui valait bien son remède aquatique. On était sûr du succès en acbetant une « petite barre aimantée, » dont le prix était de 50 sous (3 livres avec l’étui). Ceci fait, il suKisait « de tourner le malade au nord, de poser la pointe de l’aimant sur la dent douloureuse, et de l’y laisser quatre minutes. Si la douleur coutinue, il faut toucher les dents voisines. Get aimant ne guérit

’ Journal général de France, n® du 28 février 1786.

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